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Publié par Philippe Poisson

Le roman graphique, ni BD ni roman, mais des textes mêlés à des dessins, comme support à une immersion à la prestigieuse Brigade de répression du banditisme au 36 Quai des Orfèvres, voilà l’idée excellente de Raynal Pellicer (texte) et Titwane (dessin), pour un livre dense, passionnant de bout en bout, et sur le fil du rasoir.

Pendant quatre mois, Raynal Pellicer, auteur et réalisateur, a obtenu l’autorisation exceptionnelle de suivre le travail du groupe « Enquêtes générales », une unité chargée des braquages de plus de 300 000 euros. Des affaires que l’on imagine tortueuses, dignes des films les plus noirs, et c’est bien le cas. Le suspense est à son comble à chaque page, même quand un flash-back emmène le lecteur en 2008 lors du « casse du siècle » (même si le terme est souvent galvaudé…) celui de la joaillerie Harry Winston, avenue Montaigne, 80 millions d’euros de préjudice. Une affaire emblématique du travail de la BRB.

Pourtant l’immersion, bien négociée et carrée, ne s’est pas faite sans mal et sans a priori. Page 7, Raynal Pellicer raconte son entrée dans le cabinet du Directeur de la PJ, où un de ses interlocuteurs ne fait pas mystère de son agacement envers les journalistes et autres curieux : « Pour résumer ses propos : les différents services de la PJ sont saturés, sollicités de toutes parts. Télévision, cinéma, quotidiens, magazines, radio… Trop de demandes, trop de tournages, trop d’immersions…Les écrivains viennent « trop » sur la bête, ça suffit ! »

Mais l’accord est signé, l’immersion commence et encore plus vite que prévu. Alors qu’il arrive que des semaines se passent avant qu’un événement ne se produise, qu’une enquête progresse tout à coup, il n’en faudra pas autant cette fois : un ADN a « matché ». Nous sommes alors en mars 2012 et une dizaine de jours plus tôt, une petite société de métaux précieux a été braquée.

Téléphonie, filatures, planques, études des bandes vidéos souvent décevantes, gardes à vue : toute cette enquête, comme les autres, est brillamment reconstituée. Jusqu’à cet ambassadeur cambriolé qui préfère éviter de faire monter les enchères sur les enjeux financiers réels du vol. Est-ce pour autant un panégyrique sur le travail de ces policiers ? Non, doutes et erreurs sont aussi de la partie. Mais le récit donne à voir, dans son intégralité humaine, la réalité de leur travail de fourmis.

Le dessin, véritable oeuvre d’art à elle seule, se mariant avec fluidité avec le texte, permet à ce roman graphique de nous emmener là où nous n’avons pas l’habitude d’aller, malgré les multiples reportages télé. Immersion réussie.

Enquêtes générales, immersion au coeur de la Brigade de répression du banditisme

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