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Publié par Philippe Poisson

Le 31 octobre 1793, les députés girondins sont guillotinés. L'occasion de revenir sur le sanglant affrontement qu'y opposa les Montagnards victorieux en 1793 et les Girondins de Brissot. Pourtant, ces deux groupes politiques avaient commencé la Révolution ensemble mais, en 1792, les malentendus s'accentuent. Qu'est-ce qui séparait vraiment ces frères ennemis de la Révolution ? Deux conceptions de la république : l'une fondée sur le pluralisme et la liberté, l'autre sur la contrainte, affirme Guy Chaussinand-Nogaret.

La lutte qui opposa, dans un sanglant défi à la raison et à l'humanité, Girondins* et Montagnards* relève peut-être d'abord de deux éthiques contradictoires. L'une rendait à l'homme ce qui lui appartient - vertus et vices, égoïsme et générosité - et lui reconnaissait, avec ses légitimes aspirations au progrès et au bonheur, le droit au préjugé et à l'erreur. L'autre voulait ignorer les faiblesses au nom du double principe d'où naissent toutes les terreurs : l'angélisme et la vertu. D'un côté les disciples d'un humanisme indulgent aux misères humaines, de l'autre les écoliers d'une bible apocalyptique.

Les noms des deux partis antagonistes reflètent avec saveur, et sans tomber dans une onomastique mystérieuse, cette incompatibilité : aux uns le terroir, riant et capricieux, aux autres l'altitude, inaccessible et glacée. Les Girondins nommés fréquemment encore Brissotins ou Rolandins tenaient leur appellation de la députation de la Gironde, qui avait donné au parti quelques-uns de ses orateurs les plus distingués, Vergniaud et Guadet, Gensonné et Ducos. Ils apportèrent, à la Législative d'abord, à la Convention* ensuite leur jeunesse, leur bravoure, leur enthousiasme volubile de Méridionaux du bord de la Gironde, avec un fond d'idéalisme et l'indolence d'un atticisme raffiné. Leurs ennemis tirèrent aisément prétexte de l'abondance de leurs mérites pour les flétrir du nom de « voluptueux » et d'« hommes à talents ».

Si les Girondins portaient un nom qui les rapprochait de la terre et des hommes qui l'habitaient, les Montagnards tenaient le leur du symbolisme : il n'exprimait pas seulement la hauteur des gradins où ils siégeaient, mais leur conférait, avec la référence biblique et maçonnique c'est sur la Montagne, le Sinaï, que Moïse avait reçu les tables de la Loi, une magistrature idéale, presque divine, et faisait d'eux les législateurs de la Nouvelle Alliance. Ils étaient appelés, dans le secret des hauteurs purificatrices, à régénérer le genre humain et, tel Amphion, à bâtir la cité parfaite aux accords de leurs décrets harmonieux. L'intégrité exemplaire d'un Robespierre, le séraphisme théâtral d'un Saint-Just donnaient à ces chimères un accent de vérité et comme une matérialité d'évidence.

La lutte, dont on s'est plu à rechercher ici un écho allégorique dans la symbolique des noms, s'ouvrit entre les deux camps dès la fin de 1791 quand s'engagea le débat sur la guerre, qui révéla pour la première fois une rivalité qui ne devait plus cesser. D'un côté les Girondins, qui dominaient l'Assemblée et entraînaient le club* des Jacobins*, estimaient que la Révolution avait atteint ses principaux objectifs et que, pour sauvegarder et consolider les acquis et pour exporter les principes, la France devait déclarer la guerre aux dynasties européennes. Pour leur part, les Montagnards, à vrai dire encore fort peu étoffés aux Jacobins même, Marat, Robespierre, Billaud étaient presque seuls, étaient hostiles à la guerre qui risquait de marquer un coup d'arrêt à l'escalade de la Révolution en France.

La rivalité s'aiguisa ensuite lorsque, au printemps 1792, les Girondins s'emparèrent du ministère et déclarèrent la guerre. La mainmise des Girondins sur le pouvoir rendit furieux les Montagnards et ils virent dans la guerre, et bientôt les revers, l'occasion de reconquérir tout le terrain perdu, avec l'aide des sans-culottes* irrités par la peur et la faim, travaillés par une propagande que les Montagnards encourageaient, alors même qu'ils n'approuvaient pas toujours l'idéologie téméraire qu'elle véhiculait : la hardiesse des doctrines sociales et économiques des clubs populaires et des sans-culottes parisiens les effarouchait, mais ils avaient besoin de ces auxiliaires pour renverser la monarchie et abattre les Girondins. On put croire à la réconciliation, après le 10 Août, lorsque, d'un même enthousiasme, les deux partis proclamèrent la république.

[Lire gratuitement la suite de l'article de Guy Chaussinand-Nogaret, Les Collections de L'Histoire n°33, octobre 2004]

Girondins et montagnards : la lutte à mort

Infos - 30/10/2013 par Guy Chaussinand-Nogaret

Girondins et montagnards : la lutte à mort - Une page de la Révolution

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