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Publié par Philippe Poisson

Le sujet, la maternité dans un camp de concentration en 1944, est dur, le ton est dur, les mots sont durs. Mais dès les premières pages, on est happé par l'histoire de Mila, qui arrive à 22 ans, enceinte, au camp de Ravensbrück. On est happé par ces femmes, déportées politiques, qui vont tout mettre en oeuvre pour que Mila ait son bébé. Malgré la crasse, les insultes, les coups, les poux, le froid, la chaleur, la faim, la puanteur, les humiliations, elles restent entières, se tiennent debout, sauvent les derniers bouts d'humanité qu'il leur reste. Elles poursuivent leurs minuscules actes de résistance, énormes pour elles, même au sein de l'ennemi.

"Mais pouquoi tu fais ça pour moi ?"


"Parce que tu le ferais aussi..." Et parce que, sans doute, quand tout nous a été enlevé, reste l'humanité qu'on porte en chacun de nous, l'amitié de deux femmes, l'amour d'une mère pour son bébé.


A lire ! ! ! !

Evelyne Levallois recommande ce livre au micro d'Augustin Trapenard, dans Le Carnet du libraire, sur France Culture, en partenariat avec Lechoixdeslibraires.com

Longtemps après. Longtemps après, Suzanne Langlois parcourt les établissements scolaires pour raconter, témoigner. La question presque anodine d'une jeune élève la bouscule. Mi-avril 1944, elle partit pour Ravensbrück dont elle ignorait tout, comme cette jeune fille aujourd'hui. Kinderzimmer témoigne du départ de Mila, ni emblème de la résistance ni prisonnière politique, avec d'autres femmes depuis Romainville. Elles savent qu'elles ne seront pas fusillées comme les hommes mais déportées vers Ravensbrück. Mila ignorait également qu'elle ne partait pas seule, elle était enceinte. Rencontre d'un soir avec un résistant blessé, elle qui codait des messages au coeur de partitions. Quatre cents femmes débarquent au milieu des hurlements des Allemands et des chiens dans ce camp où plus de quarante mille femmes vivent. Le camp a sa propre langue et Mila doit vite apprendre. Rapidement, la vie du camp vient à elle, mais c'est une autre vie, «Une guerre dans la guerre», d'autres gestes, d'autres regards : «Le camp est une régression vers le rien, le néant, tout est à réapprendre, tout est à oublier». Le camp n'est pas hors du temps et de l'espace, le camp est dans le monde, dans la vie malgré l'omniprésence de la mort et la puissante horreur du quotidien. Les corps, leurs formes, leurs états, sont révélateurs, chacune voit son propre corps dans le corps de l'autre, de sa voisine, de la prochaine morte, de la prochaine condamnée ? Chaque geste est primordial, une lutte pour la vie, pour continuer d'y croire («... ne pas mourir avant la mort.»), sans nécessairement en prendre conscience : «N'empêche, rien ne change, vous êtes debout.». Comme partout, l'entraide et la solidarité demeurent salvatrices, une petite attention («De vraies humaines vivent encore ici.»), et la vie repart, mais jusqu'à quand ? Mila découvrira que son cas n'est pas isolé et qu'au sein du camp, une Kinderzimmer accueille les enfants nés à Ravensbrück, la vie et la mort côte à c ôte. Mila découvre son corps et s'interroge sur cette naissance. Elle et ses amies s'accrochent à ce petit bout de chair qui a déjà tant lutté dans le ventre de Mila et qui continue aussitôt l'accouchement de lutter pour sa vie. Mila et les autres mères se soutiennent, combattent pour ne pas perdre, ne pas abandonner, jamais. Mais la guerre fut longue, très longue. Un livre éprouvant, grave et émouvant, qui en maîtrisant parfaitement le lien entre fiction et histoire, grave dans le marbre «l'instant présent» vécu par des personnages simples qui ont aussi écrit l'Histoire.

Ravensbrück, camp de concentration pour femmes. D'une écriture courte et saccadée, Valentine Goby donne la parole à Mila, jeune déportée politique enceinte. A travers son regard apparaissent d'autres portraits de femmes mues par un seul désir : conserver l'envie de vivre envers et contre tout.
Beau roman qui a su évoquer l'horreur des camps sans tomber dans le pathos.

Dans le camp de concentration de Ravensbrück, elles sont plus de 40 000 prisonnières. Mila arrive par un convoi de «quatre cents femmes moins les mortes». Elle connaît le froid, la faim, la quarantaine, les SS, les conditions de vies atroces, la mort omniprésente, le travail harassant. Sauf que voilà, Mila est enceinte. Elle ne peut pas être la seule, entre toutes ? Alors elle découvre l'anomalie suprême : Ravensbrück a une Kinderzimmer, une chambre d'enfants. Un roman virtuose et lumineux sur la vie, et le prix à payer pour la maintenir.

  Auteur : Valentine Goby  Date de saisie : 23/11/2013  Genre : Romans et nouvelles - français  Editeur : Actes Sud, Arles, France

Auteur : Valentine Goby Date de saisie : 23/11/2013 Genre : Romans et nouvelles - français Editeur : Actes Sud, Arles, France

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