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Publié par Philippe Poisson

A 91 ans, Angèle Brettini Del Rio raconte l'un des premiers actes de Résistance toulousains. /DDM, T. Bordas.

5 novembre 1940 : le maréchal Pétain est à Toulouse. Une pluie de tracts s’abat sur son cortège, rue d’Alsace-Lorraine. Un hommage est rendu aujourd’hui par la mairie à l’une des membres du commando.

«C’était formidable à voir, on était fier de nous !» Angèle Brettini Del Rio, émue, se souvient de ce 5 novembre 1940. Elle a 18 ans, et avec cinq membres des jeunesses communistes (dont son futur époux), ils sont les Résistants toulousains de la première heure. «J’étais engagée dans les jeunesses communistes depuis 1937. À côté, je faisais aussi partie des Jeunes filles de France, un groupe qui avait décidé de s’opposer au régime de Pétain». À l’époque, le mot Résistance n’existe pas. «Dès que nous avons entendu parler de la venue du maréchal Pétain à Toulouse, nous avons décidé de faire quelque chose». Yves Bettini est apprenti architecte au 13 rue Alsace-Lorraine. Il connaît le bâtiment et a accès aux toits. Quelques jours avant, «les garçons ont confectionné une machine, sur le même principe que les tapettes à rat». D’un côté, une boîte remplie d’eau - «elle était percée et se vidait au fur et à mesure. C’est ce qui a permis aux garçons de descendre sans se faire prendre» - de l’autre «une centaine de tracts. Je crois qu’il y avait écrit «la jeunesse ne veut pas du maréchal félon». Nous avions lu cela dans un article de l’Avant-Garde». Angèle s’excuse de ne plus se souvenir exactement : «Nous ne savions pas que cela allait devenir un fait historique». Trois semaines après, le groupe est arrêté. «Quand ils nous ont mis en prison, on a déchanté. Nous avions déjà tracté, la police nous connaissait». Angèle est emmenée au siège de la police spéciale instaurée par Pétain, rue Roquelaine. Puis elle rejoint ses compagnons à la prison Saint-Michel. «Ils ont frappé les hommes, l’un d’entre eux s’est évanoui sous les coups. Le lendemain je ne reconnaissais plus mon fiancé. Pour moi, nous n’étions que des jeunes honnêtes et travailleurs». «Ma vie est une aventure, poursuit l’ancienne résistante. J’ai été enfermée dans des camps, je me suis évadée, cachée dans le Gers, je me suis battue pour récupérer la nationalité française». Aujourd’hui, celle qui a douze cotisations annuelles auprès d’associations du souvenir, témoigne dans les lycées : «Il ne faut pas accepter l’inacceptable».

En 2009, une plaque a été déposée au 13 de la rue Alsace Lorraine, «une sacrée reconnaissance». Une cérémonie organisée par la mairie a lieu aujourd’hui. Pour ne pas oublier ce 5 novembre 1940.

Publié le 05/11/2013 à 03:49, Mis à jour le 05/11/2013 à 13:38 - La Dépêche

Comment Angèle a résisté au maréchal Pétain

La prison Saint-Michel

Depuis déjà quelques années, l’avenir de la prison Saint-Michel fait débat. Aujourd’hui, il est acté que le castelet et les bâtiments autour de la cour d’honneur, classés monuments historiques et gérés désormais par la Ville accueilleront Espace Mémoire et équipements de quartier. Pour Angèle Bettini Del Rio, qui y a séjourné après son arrestation, y revenir «est à chaque fois un grand moment d’émotion. A l’origine, elle a été en partie payée par le conseil général. Elle appartient à la région, même si officiellement elle était propriété de l’Etat. C’est un symbole, un souvenir qu’il faut conserver.».

A 91 ans, Angèle Brettini Del Rio raconte l'un des premiers actes de Résistance toulousains. /DDM, T. Bordas.

A 91 ans, Angèle Brettini Del Rio raconte l'un des premiers actes de Résistance toulousains. /DDM, T. Bordas.

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