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Publié par Philippe Poisson

30/10/2013 - 20 février 2013 : coup de tonnerre à l'hôpital de Roubaix. Marie-Anne Babé, chef de service des urgences du centre hospitalier depuis 30 ans, démissionne de ses fonctions. «Ecoeurée», celle que son équipe surnomme «Maman», abandonne après avoir bataillé pendant des mois avec sa direction pour obtenir des postes de gardes supplémentaires la nuit. Alors qu'une page de sa vie se tourne, cette anesthésiste, devenue urgentiste par humanité, revient sur ses trente années passées au service des patients. Au nom d'une certaine idée de l'urgence.

Médecin urgentiste, chef de service, réanimatrice : Marie-Anne Babé a travaillé 70 heures par semaine pendant toutes ces années, accumulant les souvenirs de gardes avec ses collègues médecins, infirmiers, aide-soignants dans un service qui accueille 86 000 personnes par an. L'urgentiste joue un rôle primordial dans la société ; il se heurte quotidiennement aux cas de maltraitance envers les enfants et les femmes, aux problèmes posés par l'augmentation du nombre de personnes âgées, aux cas psychiatriques... Ce livre lui donne l'occasion de réfléchir aux évolutions des urgences depuis les années 70 : rivalités entre services, épuisement du personnel, conditions de travail qui se dégradent, la violence quotidienne... Elle livre une analyse crue que tout citoyen devrait lire pour comprendre l'hôpital de demain.

Marie-Anne Babé est originaire du Touquet. En 1976, elle entre à l'hôpital de Roubaix à 27 ans ; 5 ans plus tard, elle prend la tête du service des urgences. Elle est nommée Chevalier de l'Ordre du Mérite en 1999 puis obtient la légion d'honneur en 2009.

Amandine Sellier était journaliste à Nord éclair avant de rejoindre les rédactions de TV5 Monde, Canal+ et iTélé.

  • Les courts extraits de livres : 30/10/2013

1. Au four et au moulin

Fin de garde au Smur. Voilà déjà douze heures que je suis en piste. Il est 6 h 30 du matin, mon équipe est crevée, mais le bip sonne. Accident, piéton renversé, il faut y aller. Nous nous éloignons de la ville pour rejoindre à toute allure les routes de campagne qui mènent vers la Belgique. Trois maisons isolées, et au loin un homme corpulent apparaît à terre. Pas de voiture, juste quelques personnes au bord de la route.


- Vous êtes arrivés vite ! C'est terrible, il venait de sortir du Campanile, là-bas, raconte une des habitantes du hameau.
- C'est un habitué, il vient prendre son petit-déjeuner chez nous tous les matins avant d'aller travailler, confirme un serveur.
- Une voiture est passée à toute vitesse, a fait un écart et l'a renversé.
- Elle a pris la fuite !
Sous la pluie battante qui transperce nos blousons fluorescents, j'examine le blessé dont le cuir chevelu saigne abondamment.
- Traumatisme crânien, coma profond, pupilles inégales.

Cette unique pupille dilatée signale une souffrance cérébrale grave. Il n'y a pas de temps à perdre : scanner et neurochirurgie s'imposent. Mais avant tout transport, l'intubation est nécessaire. Sous la pluie, l'opération n'est pas commode. Le contenu acide de l'estomac est déjà dans la bouche, l'odeur est forte, l'aspirateur réclamé ne fonctionne pas bien, il se bouche avec les débris de pain mal mâchés du copieux petit-déjeuner que notre homme a ingurgité quelques minutes plus tôt. Les vomissures éclaboussent ma veste de Smur, mais je ne m'en aperçois pas. Tout ce qui compte : protéger les voies aériennes du blessé, vider son estomac, le stabiliser pour enfin le transporter vers le CHRU de Lille, établissement à la pointe pour le traitement des traumatisés de la route.

La police est arrivée, elle peut nous escorter sur ces dangereuses routes de campagne pour arriver au plus vite à Lille. Mais tout à coup, mon véhicule s'arrête. La portière arrière s'ouvre.

- Bonjour docteur Babé, désolée de vous interrompre, mais je viens vous relever !

Au fond du véhicule, la silhouette d'une de mes collègues urgentistes se dessine sous les bourrasques d'une pluie battante.

- Comment ça, que se passe-t-il ?
- Votre rendez-vous de 8 h 30 à la faculté ! Le directeur m'a envoyée vous chercher. Vous êtes attendue par les étudiants.
Concentrée sur mon intervention, je la regarde hébétée, étonnée par cette relève inopinée.
- Eh bien, merci... Ciao, l'équipe... À demain. Et pensez à me donner des nouvelles du patient !
(...)

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