Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Philippe Poisson

Pour le 70e anniversaire du départ du convoi des « 45 000 », l'un de ces résistants, Fernand Devaux, cinq ans de prison dont deux à Auschwitz, se confie.

À 90 ans, Fernand Devaux est un survivant. Doublement. D'abord parce qu'il a réussi à survivre à cinq années d'emprisonnement entre 1940 et 1945, dont trois dans des camps de concentration. Ensuite, parce qu'aujourd'hui encore, il a toujours la force de raconter ce qu'il a vécu. C'est ce qu'il a fait hier pour le Courrier Picard et pour les 70 ans de son départ de Compiègne vers Auschwitz. Fernand Devaux est ce qu'on appelle un «45000».

Mais avant d'être envoyé, comme 1175 autres hommes, dans les camps de concentration, Fernand Devaux avait déjà connu l'oppression. Jeune militant communiste de la première heure dans une usine automobile, il a fini par attirer l'attention de la police française:«On craignait l'arrivée d'Hitler au pouvoir. On participait à des manifestations, on distribuait des tracts», se souvient-il.

« Le premier camp de prisonniers de Pétain »

Quelques mois à peine après la réédition française, sous l'égide du maréchal Pétain, la police française l'embarque en septembre1940: «On était connu d'avant-guerre, on était une cible facile», commente-t-il, un sourire aux lèvres. C'est pour lui le début d'un long calvaire. D'abord incarcéré à la prison de la Santé, il sera rapidement emmené à Aincourt (Val-D'Oise): «Le premier camp de prisonniers de Pétain», explique celui qui n'avait alors que 20 ans. 20 ans et déjà au désespoir: «On n'avait aucune perspective, les Allemands étaient partout», glisse-t-il. C'est seulement en mai 1942qu'il arrive à Compiègne. Où il était loin de savoir ce qui l'attendait: «On partait, mais où?» Il découvrira, après deux jours de voyage en train sans ravitaillement ni eau, qu'il a été envoyé au tristement célèbre camp d'Auschwitz-Birkenau.

À son arrivée, la machine SS à broyer se met en place: «On nous a fait abandonner nos valises, contenant affaires et lettres de famille, on nous enlève tout, vêtements, bijoux et on nous rase la tête», énumère-t-il, placidement.

Le pire pour lui, fut la perte de son nom: «On n'est plus qu'un numéro, tatoué sur le bras, pour eux. On n'est plus humain». L'aliénation sera continuelle: «On nous séparait, on nous épuisait dans des travaux inutiles.» Brisé, il ne se demandait pas ce qu'était ces grandes cheminées toujours allumées: «Un jour, le chef de notre bloc nous a dit: "Ici, on ne sort que par la cheminée." On n'avait pas compris .» Pendant trois ans, il survit. Trois années où il changera plusieurs fois de camps face à l'avancée des Russes, à marche forcée. Il devra attendre avril1945 pour être enfin libéré de Dachau et rentrer chez lui, enfin libre. Il retourne rapidement dans sa ville, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), où il retrouve sa mère et ses deux frères, eux aussi résistants, et tente de reprendre une vie normale: «Beaucoup sont restés dans le camp » après leur retour.

Depui, Fernand Devaux, intervient dans les écoles pour «faire comprendre aux jeunes, leur faire sentir la nécessité de se battre. Il faut toujours résister dans sa vie », assène Fernand Devaux. Résister, c'est ce qu'il a toujours fait.

MAXIME MASCOLI - Le Courrier picard

Fernand Devaux, détenu à Auschwitz : « toujours résister »

Commenter cet article