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Publié par Philippe Poisson

11/12/2013 - « Si les Allemands nous arrêtent, moi, je survivrai parce que je suis fort, mais vous, non. » Ces paroles prononcées en 1943 par son père, assassiné à Auschwitz, Serge Klarsfeld ne les a jamais oubliées. Les vivants sont comptables des morts, se convainc celui-ci. Dès lors, Serge Klarsfeld se fait la promesse d'obtenir le jugement et la condamnation des principaux responsables nazis de la déportation, notamment ceux qui ont sévi en France. Il revient dans ce livre sur le combat de sa vie, et sur celui de Béate, son épouse allemande, pour que justice soit rendue et que nul n'oublie.

Distribution de tracts, manifestations, sit-in, tentatives d'enlèvement, coups d'éclat - ainsi Béate giflant le chancelier Kiesinger, en novembre 1968, «pour qu'on reparle de son passé nazi» -, la «méthode Klarsfeld» prouve leur obstination à débusquer ces anciens criminels qui occupaient encore des postes officiels en toute impunité. Grâce aux articles de L'Express rassemblés ici par le soin de l'auteur, nous redécouvrons sous les plumes aussi prestigieuses que celles de Raymond Aron, Jacques Derogy, Éric Conan, Fred Kupferman ou de Béate Klarsfeld elle-même, la traque d'Eichmann, Mengele, Lischka, Brunneret, bien sûr, de Klaus Barbie, jugé à Lyon en 1987.

Sans les actions et les ouvrages des Klarsfeld, René Bousquet, Paul Touvier et Maurice Papon n'auraient pas eu à rendre des comptes à la justice française. Sans eux, la notion même de crime contre l'humanité ne serait pas ce qu'elle est devenue.

Un document pour l'histoire, la mémoire et la justice.

Serge Klarsfeld, 78 ans, avocat, président de l'Association des fils et filles déportés juifs de France, est l'auteur du Mémorial de la déportation des Juifs qui donne les dates, les lieux de naissance et les adresses d'arrestation des 76 000 déportés Juifs de France.

  • Les courts extraits de livres : 11/12/2013

LE COMBAT D'UNE VIE

Un crime presque parfait

C'était il y a soixante-dix ans, peu après mon huitième anniversaire. Dans la nuit de la rentrée des classes, le 30 septembre 1943, les soldats allemands encerclent le pâté de maisons où se trouve notre immeuble, à Nice. Les projecteurs des camions s'allument et la chasse aux Juifs, appartement par appartement, débute. Elle est dirigée par Alois Brunner et son commando de SS autrichiens qui ont pénétré, le 8 septembre, dans Nice où les militaires italiens protégeaient les Juifs, jusque-là, contre toute arrestation. Il nous était impossible de quitter la ville dont les accès étaient bloqués et placés sous contrôle policier, à commencer par les gares.

Brunner a mené à Nice les rafles les plus brutales de l'Europe occidentale : vérifications soudaines d'identité dans les rues avec déshabillage des hommes suspectés d'être Juifs et, chaque nuit, des opérations comme celle que nous subissons. Mon père a pris la précaution de créer un double fond dans un placard profond afin d'y cacher ma mère, ma soeur et moi ; lui-même a prévu de se sacrifier pour ouvrir la porte aux Allemands et éviter ainsi une fouille violente qui mènerait immanquablement à notre découverte, tant notre protection est fragile.

Les gestapistes sont déjà dans l'appartement voisin, où vit sous un faux nom une famille juive : le père, la mère, une jeune fille et une fillette qui est notre camarade de jeux. Les Allemands se mettent à les battre, elle et sa sœur aînée, pour faire avouer aux parents l'adresse de leur fils. Notre placard est mitoyen de leur appartement et nous entendons distinctement leurs cris et leurs pleurs. La petite Marguerite répète : «Je ne sais pas ! Je ne sais pas !» Le père hurle : «Police française, police française ! Au secours ! Sauvez-nous ! Nous sommes Français !»

Je sais que, si l'on nous trouve, nous sommes promis à la mort. Quelques jours auparavant, notre père nous a dit : «Si les Allemands nous arrêtent, moi, je survivrai parce que je suis fort, mais vous, non.» La sauvagerie à laquelle nous assistons cette nuit-là nous plonge, ma sœur et moi, dans le silence et l'immobilité les plus complets. On frappe à notre porte : «Ouvrez, police allemande !» Mon père obéit, sinon la porte serait enfoncée. Tout de suite, l'Allemand demande en français : «Où sont votre femme et vos enfants ?» Mon père répond que nous sommes à la campagne parce que l'appartement vient d'être désinfecté. Les Allemands entament la fouille ; l'un d'eux ouvre la porte du placard, rabat les vêtements qui se trouvent sur la tringle, mais il ne touche pas le mur du fond qui est, en réalité, une mince cloison de bois.

Voilà comment nous avons eu la vie sauve. Au matin de cette nuit terrible, nous avons pu enfin sort

Auteur : Serge Klarsfeld  Date de saisie : 05/12/2013  Genre : Documents Essais d'actualité  Editeur : L'Express éditions, Paris, France | Tallandier, Paris, France

Auteur : Serge Klarsfeld Date de saisie : 05/12/2013 Genre : Documents Essais d'actualité Editeur : L'Express éditions, Paris, France | Tallandier, Paris, France

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