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Publié par Philippe Poisson

14/12/2013 -En Syrie comme ailleurs, le renseignement sert-il, d'abord, à faire la guerre ? Les services d'écoute de la NSA américaine (National Security Agency) et les grandes oreilles françaises, menacent-elles les libertés civiles et politiques ? Les "fadettes" mettent-elles en danger la liberté de la presse ? Les attaques de Toulouse et Montauban, comme celles des "loups solitaires" de Boston, de Londres et du quartier de la Défense à Paris, pouvaient-elles être anticipées ?

Liés à l'actualité politique nationale et internationale, symptomatiques de notre monde globalisé, ces différents dossiers ramènent tous, peu ou prou, aux services de renseignement, à leurs missions et leurs méthodes de travail.

En Grande-Bretagne, et plus généralement dans le monde anglo-saxon, les espions sont considérés comme exerçant un "métier de seigneur". Malédiction gauloise et mal français récurrent, ils sont toujours, dans notre pays, assimilés aux "barbouzes", aux coups tordus, à des "affaires" - objets de toutes les instrumentalisations politiques.

Cinq ans après une réforme majeure qui a débouché sur la création de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), aux lendemains d'un rapport parlementaire important dédié à la communauté française du renseignement, il est grand temps de refaire l'état des lieux des services spéciaux.

Ni réquisitoire, ni pamphlet, ni manifeste, ce livre à quatre mains est d'abord un hommage aux hommes et femmes de l'ombre. Il pointe les nouveaux enjeux du renseignement français, ouvre des perspectives et propose une Feuille de route pour la défense de la France et de ses intérêts à l'étranger.

Bernard Squarcini est préfet hors cadre (juin 2012). Consultant international (Kyrnos Conseil). Commissaire de police au sein de la Direction centrale des renseignements généraux (DCRG). Spécialiste des renseignements analytique et opérationnel dans la lutte antiterroriste (Bretagne, Corse, Pays basque, islamisme radical, etc.) en province et place Beauvau (1981 - 2003) ; numéro deux de la DCRG en qualité d'inspecteur général (2004).Préfet de police à Marseille durant trois ans et demi, il est nommé Directeur de la surveillance du territoire (DST) en juillet 2007. Il crée la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) en 2008.

Étienne Pellot est consultant international. Auditeur de l'IHEDN (Institut des hautes études de défense nationale). Collaborateur du magazine en ligne espritcor@ire - Observatoire de la défense et de la sécurité.

  • Les courts extraits de livres : 14/12/2013

Extrait de l'introduction -Renseignement, diplomatie et bombardements...

En 1976, la première édition de La géographie, ça sert, d'abord, à faire la guerre, fit grand bruit, bien au-delà des cercles académiques. Yves Lacoste y démontrait qu'existe aussi une autre géographie, plus ancienne et toujours actuelle : la «géographie des états-majors», ensemble de représentations et de connaissances rapportées à l'espace constituant un savoir stratégique utilisé par les décideurs politiques. II expliquait aussi que ces derniers font appel à bien d'autres expertises, dont celles des services de renseignement qui emploient non seulement des géographes, mais aussi des linguistes, des ingénieurs, des informaticiens et bien d'autres spécialistes.

L'examen approfondi de l'«utilisation politique» du produit de ces expertises par le pouvoir politique était alors très novateur, constituant même une question de plus en plus débattue, dans et hors de l'université. Gaston Bachelard, Georges Canguilhem, enfin Michel Foucault, nous avaient successivement alertés sur la dimension organiquement «idéologique» de toutes sciences (exactes, humaines et sociales) et de leurs applications techniques, ainsi que sur la complexité des rapports entre les savoirs et les pouvoirs. Ces rapports complexes répondent, sinon à des intentions plus ou moins maîtrisées, en tout cas toujours à des rationalités précises. À moins de se transformer en «procès sans sujet», toute espèce de rationalité provient de quelque cause plus ou moins identifiable.

Remonter aux causes... telle est bien la question qui se pose aussitôt que l'expertise des services de renseignement est sollicitée, citée, sinon dévoyée. Le 2 septembre 2013, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault présente aux présidents de l'Assemblée et du Sénat, des commissions des Affaires étrangères et de la Défense des deux chambres, ainsi qu'aux présidents des groupes de la majorité et de l'opposition, un document intitulé «Synthèse nationale de renseignement déclassifié». Celui-ci est censé démontrer qu'une attaque «massive et coordonnée» a été conduite dans la nuit du 21 août 2013 près de Damas, sur la Ghouta Est. «En parallèle, les localités de Zamalka, Kafr Batna et Ayn Tarma ont été touchées par des attaques chimiques. À six heures du matin, une offensive terrestre du régime a été lancée sur ces localités», précise encore le document.

Annoncée comme une «note rédigée par les services secrets français rattachés au ministère de la Défense - la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) et la Direction du renseignement militaire (DRM) -, la «synthèse» développe cinq éléments à charge contre le régime syrien :

- des images satellitaires montrant que les zones ciblées par l'attaque chimique étaient tenues par les rebelles ;

- ces derniers n'auraient pas les moyens de mener de telles attaques «massives et coordonnées», les roquettes utilisées étant «très vraisemblablement de fabrication industrielle» ;

- l'armée gouvernementale syrienne aurait fait bombarder la zone de l'attaque chimique avec la «volonté d'effacement des traces environnementales» ;

- le «caractère massif» du programme chimique syrien expliquerait trois cas «vérifiés» d'utilisation d'armes chimiques par le régime durant les derniers mois de l'année 2013 ;

- contrairement à ces précédentes opérations, qui utilisaient de «petites charges chimiques» et poursuivaient un «objectif de terreur», l'attaque du 21 août 2013 était «massive», avec un «objectif tactique, de reconquête du terrain».

Auteur : Etienne Pellot | Bernard Squarcini  Préface : Ange Mancini  Date de saisie : 14/12/2013  Genre : Documents Essais d'actualité  Editeur : Ellipses, Paris, France

Auteur : Etienne Pellot | Bernard Squarcini Préface : Ange Mancini Date de saisie : 14/12/2013 Genre : Documents Essais d'actualité Editeur : Ellipses, Paris, France

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