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Publié par Philippe Poisson

De très nombreux dossiers d'archives et ouvrages témoignent pour l'Histoire de l'univers rude et répressif du milieu carcéral et de son évolution au cours du temps. La porte d'Aigues-Passes et le clocher du Chapitre de la cathédrale évoquent encore aujourd'hui les anciennes prisons de Mende.

En 1436, deux grosses tours rondes fortifient les remparts de la porte d'Aigues-Passes.

À la fin du XVIIe siècle, elles enferment dans leurs grandes salles voûtées tant les coupables que des innocents.

La prison d'Aigues-Passes est une maison de justice civile et une salle de discipline militaire. Démunis, jetés en ce triste lieu sans interrogatoire, les détenus désespèrent d'obtenir l'instruction de leur procès. Ils manquent d'hygiène et de soins et se heurtent aux concierges corrompus et à l'administration intransigeante.

Des évasions rocambolesques et dramatiques

Le geôlier et sa famille partagent l'enfermement des prisonniers et des condamnés à mort entravés par leurs fers. Un seul feu chauffe et éclaire la grande salle. Tous y prennent le repas qu'ils ont monnayé. D'abondantes libations enivrent les détenus et dégradent l'atmosphère. Pour fuir ces lieux maudits les évasions se succèdent, rocambolesques ou dramatiques. La porte est lourde et les barreaux solides mais les planchers vermoulus et les murs en piteux état permettent aux écroués astucieux d'envisager la liberté. Parfois des expéditions punitives sortent de leur cachot des prisonniers impopulaires. Les gardiens indignes de leur fonction sont écroués à leur tour. La Terreur révolutionnaire de 1792 instaure sa justice et les suspects s'ajoutent aux criminels de droit commun : les prisons, surpeuplées, sont peu à peu décimées par la guillotine et les maladies. De moins en moins utilisées, les tours d'Aigues-Passes sont démolies en 1819.

Édifié au début du XVIe siècle, le petit clocher de la cathédrale possède cinq grandes salles voûtées et devient, lorsque l'exercice du culte est supprimé en 1793, une prison plus sécurisée que la précédente. L'enfermement y est insupportable et les tentatives d'évasion nombreuses et meurtrières.

Peu à peu, la vie carcérale évolue grâce à l'intervention des inspecteurs et des médecins. Dès 1804, l'installation de métiers à tisser endigue par le travail la déchéance physique et mentale des détenus. Chaque nouveau régime incarcère les fidèles du précédent. Ainsi le préfet et le sous-préfet bonapartistes sont parmi les derniers occupants du petit clocher en 1815.

Du couvent des Cordeliers à la nouvelle prison

Entre 1820 et 1884, les cellules du couvent des Cordeliers, abandonnées par les religieux à la Révolution, se prêtent à l'incarcération. Plus tard, le bâtiment détruit est remplacé par la caserne de gendarmerie bordant l'avenue du Père Coudrin.

Dès 1838, le ministère de l'Intérieur demande à ses préfets de contribuer à l'aménagement de la vie carcérale. Sont évoqués : l'hygiène, les soins et l'alimentation, les abus des gardiens et la violence, le travail, l'instruction et le secours religieux. En 1891, la nouvelle maison d'arrêt située au pied du causse est inaugurée.

À l'isolement et à la rigueur du climat lozérien s'ajoutent des bâtiments longtemps sans chauffage et privés d'eau. Cette prison reçoit le célèbre Jacques Mesrine en 1974. Les tribunaux et les prisons de Florac et de Marvejols sont supprimés en 1926. Seuls les tribunaux sont rétablis en 1934. Récemment menacée de fermeture la maison d'arrêt de Mende continue son histoire, sauvée par une forte mobilisation.

Au cours des siècles, de l'horreur des cachots au bracelet électronique, les pouvoirs publics ont peu à peu contribué à humaniser le milieu carcéral qui sanctionne les dérives de l'individu en le privant de sa liberté.

Cet article est extrait de la Lettre des Archives Départementales "Histoire et Patrimoine" d'avril 2012.

Les prisons de Mende

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