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Publié par Philippe Poisson

Le numéro du 19 juin 1898 du Petit méridional nous apprend qu’un ancien officier de marine demeurant à Paris, rue d’Alésia, avait rapporté d’un de ses voyages un jeune orang-outang...

Ce dernier, semblable en cela à tous les animaux de cette espèce, était devenu en prenant de l’âge assez brutal et difficile à vivre.

Quand son maître quittait le logis, le singe était enfermé dans une pièce vide de l’appartement où il gambadait en liberté. On avait dû, en effet, renoncer à l’enchaîner en raison de la colère épouvantable qu’il manifestait à l’égard de toute tentative de ce genre.

Or, un soir, tandis que l’officier était absent, on entendit sortir de l’appartement un bruit formidable, dans lequel on distinguait des cris de terreur folle mêlés à des grincements horribles. Des voisins et des agents se précipitèrent. On trouva le singe aux prises avec un cambrioleur qui s’était introduit dans l’appartement.

L’homme était entré, après avoir fracturé la porte, dans la pièce où se trouvait l’animal. Aussitôt, celui-ci lui avait sauté à la gorge qu’il serrait de ses mains nerveuses, et sous cette étreinte inattendue le misérable hurlait de douleur, tandis que le singe, excité par les cris, le mordait cruellement aux bras et au visage.

Quand, après bien de la peine, on se fut enfin rendu maître de l’orang-outang, on releva le cambrioleur inanimé. Mais en le conduisant au poste on s’aperçut que l’émotion de cette rencontre lui avait fait perdre la raison. Il poussait des cris épouvantables, et on fut obligé de le conduire à l’infirmerie du dépôt. S’il revient jamais à la raison, il conservera sans doute le souvenir ineffaçable de ce tête-à-tête inopiné.

(D’après « Le Petit méridional », paru en 1898)

(D’après « Le Petit méridional », paru en 1898)

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