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Publié par Philippe Poisson

... Au moment de passer devant la Gare de Lyon, dont nous reparlerons au cours d’une prochaine balade, je voudrais te parler longuement de ce qui fut la prison Mazas, de célèbre mémoire… juste devant la gare de Lyon. Du n° 23 au n° 25 : Tout le pentagone constitué par le boulevard Diderot, les rues de Lyon, Traversière, de l’avenue Daumesnil et de la rue Legraverend, toute cette zone était occupée par la Prison Mazas. Sur le plan, au début de la balade, la prison est indiquée en gris.

Du nom du colonel mort à la bataille d’Austerlitz (un de plus !). Cette prison occupait une superficie de 130 hectares, en face de la gare de Lyon. Le principe de base de cette prison reposait sur l’idée de la prison cellulaire. Suite aux nombreux débats qui avaient secoué différents pays d’Europe sur l’amélioration des conditions pénitentiaires et l’évolution de son système. On pensait que l’isolement complet le jour comme la nuit devait être la meilleure solution. La prison de la Maison d’arrêt cellulaire Mazas commença en 1845 sur des terrains jusqu’alors occupés par des maraîchers. Sa construction fut terminée en 1850. Elle fut considérée comme une prison modèle. Des sommes considérables furent employées. Deux architectes, Lecointe et Emile-Gilbert en furent les maîtres d’œuvres. Cette prison devait remplacer l’ancienne prison de la Force qui fut démolie la même année. Cette prison se situait rue du Roi-de-Sicile dans le IVe arrondissement.

Cette prison comportait 1199 cellules distribuées  en six corps de bâtiments réunis les uns aux autres autour d’un bâtiment en colonnes dont le rez-de-chaussée formait comme un poste de surveillance avec vue sur chacun des six bâtiments périphériques.

Les cellules mesuraient 2,60 m de haut sur 1,85 m de large et 3,85 de long. Le plancher était en briques.  Le mobilier était composé d’un hamac suspendu à des crampons à 50 cm du sol, une table, un tabouret en bois, d’un bidon à eau, de deux gamelles en fer battu, d’un siège d’aisance inodore à ventilateur, d’un bec de gaz et de quatre supports en bois placés aux angles. L’air chaud, en hiver, était distribué par ventilation, de même en été avec de l’air frais. Inaugurée le 19 mai 1850, ce jour-là, elle reçut les 841 prisonniers alors détenus à la prison de la Force.

Dans la nuit du 1er au 2 décembre 1851, Louis-Napoléon Bonaparte fit son coup d’Etat et fit enfermer  les députés de l’opposition comme Odilon Barrot, Berryer, le duc de Broglie, Falloux, Casimir-Perier, le duc de Luynes, Raspail et tant d’autres. Victor Hugo, en s’enfuyant échappa à l’arrestation.

On notera que jamais personne ne s’échappa de cette prison.

Cette prison inspira nombre d’auteurs de chansons. Je voudrais citer le principal, Aristide Bruant, dans une chanson célèbre intitulée

 

À Mazas

Pendant qu't’étais, à la campagne

En train d'te fair' cautériser,

Au lieur cd' rester dans mon Pagne,

Moi, j'm'ai mis à dévaliser,

Mais un jour, dans la ru' d'Provence,

J'me suis fait fair' marron su' l'tas,

Et maint'nant j'tire d'la prévence,

A Mazas

C’est en dévalisant la case

D’un' gerce, un' gironde à rupins,

Qu'on m'a fait avec Nib de naze,

Un monte en l'air de mes copain.

Faut y passer, quoi ! c’est not’ rente

Aussi, bon Dieu l j'me plaindrais Pas

Si j'avais d'quoi m'boucher la fente,

A Mazas.

 

Cette prison fut démolie en 1898. En vue de l’Exposition Universelle de 1900, il avait semblé que les touristes descendant du train à la gare de Lyon n’auraient pas goûté cette promiscuité… La prison Mazas fut donc remplacée par la prison de Fresnes...

Les balades parisiennes; numéro 16;michel ostertag - Ecrits...Vains

Du nom d'un colonel mort à Austerlitz : la prison de Mazas
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