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Publié par Philippe Poisson

Emblématique figure de la délinquance, l’incroyable Pontchiaux fit couler des larmes et de l’encre tout au long de son aventureuse vie. Albine Novarino-Pothier

En attendant le retour des beaux jours — dans tous les sens que l’on peut donner à l’expression “retour des beaux jours” — intéressons-nous aux truculentes aventures d’un certain Louis-Constant et de ses comparses. B en que nous soyons toujours dans le sombre univers des affaires criminelles, des cours d’assises et des prisons, dans la saga que voici, le pittoresque et une certaine fantaisie sont garantis. C est bien avantageusement qu’ils ont remplacé l’injustice, le déni, la calomnie et la mauvaise foi.

Un bien insolite trio

Lors de son audience du 5 novembre 1897, la cour d’assises de Saône-et-Loire ouvre le dossier de sa seizième affaire. A priori, il s’agirait plutôt d’une affaire sinon simple, du moins banale. Elle est étiquetée : “vols qualifiés”. Or des dossiers de ce genre, concernant les vols de poules, lapins, mottes de beurre, tonneaux de piquette ou d’effets usagés, la cour doit en juger presque autant qu’il y a d’étoiles dans le ciel, aux plus beaux jours de l’été.

Cependant, d’entrée, le chroniqueur de l’époque, nous laisse supposer que ledit procès risque fort d’être atypique. Les accusés sont au nombre de trois. Il y a Louis-Constant Bédouin, bizarrement dit Pontchiaux — pourquoi Pontchiaux ? Pourquoi Bédouin ? — qui est colporteur de métier. Il est sans domicile fixe, ce que l’on peut, à la rigueur, concevoir, compte tenu de la profession qu’il donne pour être la sienne.

Ses acolytes, plus étonnamment le sont également, alors qu’ils exercent officiellement le métier de cultivateur pour Michel Galabrut, et de jardinier pour Pierre Virot.

L’audience s’ouvre dès 8 h 30. Elle s’annonce riche en péripéties, puisque le chroniqueur précise d’emblée : « C’est ce matin que commencent les débats de cette longue affaire de vols qualifiés qui dureront aujourd’hui, demain et ne se termineront peut-être que dimanche. » Il ajoute, et le fait est assez rare pour être noté : « M. Pierre Dupuis, propriétaire à Bresse-sur-Grosne, est désigné comme chef du jury. Vu la longueur des débats, un treizième juré est adjoint aux douze autres. »

L’arrestation du duo

Entrons dans le vif du sujet. Le 11 juin 1897, à la suite de deux vols qualifiés commis à Saint-Maurice-lès-Châteauneuf et à Châteauneuf, la gendarmerie de La Clayette finit par arrêter, dans une auberge, deux malfaiteurs. Ces deux insaisissables sont considérés comme dangereux depuis longtemps. Toutes les nuits que Dieu fait, ils commettaient des vols qualifiés et avaient habilement échappé aux recherches dont ils étaient l’objet. Finalement alpagués par la maréchaussée, ils déclarent se nommer Galabrut Michel, et Pontchiaux Louis… sujets belges. Il n’échappe pas aux représentants de la force publique que ledit Pontchiaux semble dissimuler sa véritable identité. Il faudra cependant de longues recherches pour découvrir son état civil.

L’acte d’accusation précise alors : « Grâce à toutes les photographies répandues dans toutes les maisons de détention, il finit par être reconnu presque simultanément par le gardien Blanc, de la prison de Valence, qui fit connaître immédiatement son identité et le gardien Favre, de Chalon-sur-Saône, qui se rappelait avoir vu à la même prison de Valence en 1894 cet individu dont il avait oublié le nom. » On découvre alors le pot aux roses : « Le prétendu Pontchiaux n’était autre que l’accusé Bédouin, repris de justice dangereux et déserteur des bataillons d’Afrique. »

En réalité l’information a rapidement établi un bilan impressionnant des vols nombreux commis par Bédouin. Il a agi soit seul, soit en collaboration avec Galabrut ou Virot qui a été compromis dans les poursuites au cours de l’instruction, alors qu’il subissait une peine à la maison centrale de Clairvaux. La manière d’opérer des accusés était sensiblement la même : Bédouin a joué le rôle principal ; ses compagnons, que ce soit Galabrut, Varot, ou d’autres qui sont restés parfaitement inconnus, se bornant en général à faire le guet.

Un dossier facile…

L’identité de Bédouin a donc été établie. Il a reconnu qu’il ne se nommait pas Pontchiaux comme il avait tenté de le faire croire pour échapper aux poursuites. Mieux encore, lors des interrogatoires des 24 et 25 juin 1897, il avoue tous les vols qui lui ont été reprochés. Sauf que… Coup de tonnerre dans un ciel bleu d’été : au moment même où l’instruction touche à sa fin, au cours de la nuit du 13 au 14 août 1897, avec l’aide de deux anciens détenus de la prison de Charolles… il s’évade !

Bédouin en cavale

On le recherche et le 16 septembre, dans l’arrondissement d’Embrun, un certain Bonnet est arrêté, inculpé de vol qualifié. Or ledit Bonnet a un signalement qui correspond étrangement à celui de Bédouin. L’évadé de Charolles est à nouveau prisonnier. Quel sort va être réservé à ce personnage haut en couleur qui n’est pas sans inspirer une certaine admiration à toutes celles et tous ceux qui le croisent ?

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La prison de Charolles, d’où s’évada Bédouin. Collection particulière Albine Novarino-Pothier

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