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Publié par Philippe Poisson

19/02/2014 - Lorsque éclate la Première Guerre mondiale, Albert Jurquet est chef de division à la préfecture de Mende, en Lozère. Dès le 26 juillet 1914, il tient un journal, auquel il mettra un point final quatre ans et demi plus tard, le 31 décembre 1918.

Ce journal de l'arrière, tenu secret, ne sera redécouvert que dans les années 2000. Il s'agit d'une sorte de défouloir, un témoignage inédit sur la guerre et une vraie réflexion, dans lequel, à l'abri de la censure militaire très stricte à l'époque, Albert Jurquet nous fait partager ses opinions politiques, religieuses et morales en fonction des événements locaux, nationaux et internationaux.

Jean Guiloineau est directeur de publication de la revue Siècle 21. Littérature et société. Traducteur, historien, nouvelliste et biographe, il a reçu les titres de chevalier de la Légion d'honneur et chevalier des Arts et des Lettres. Il est l'auteur de Nelson Mandela. Biographie, Pion, 1990, Payot, 1994, et de Nelson Mandela. Naissance d'un destin, Autrement, 1998. Il a enseigné la littérature sud-africaine à Paris VIII et fut président des assises de la traduction littéraire en Arles en 1998.

 

  • Les courts extraits de livres : 19/02/2014

 

AOÛT 1914

[Les feuillets du journal sont classés dans des chemises, une pour chaque mois de la guerre. Les premiers feuillets, qui commencent le 25 juillet 1914, sont dans la chemise marquée «Août 1914».]

°28 juin 1914 : Attentat de Sarajevo.

25 juillet 1914

Télégrammes donnant l'ordre aux préfets, sous-préfets, commissaires de police, etc. de se trouver et de rester à leur poste et de revoir le carnet de mobilisation les concernant.

26 juillet 1914

Télégrammes précisant la coordination des moyens avec l'autorité militaire et la compagnie des chemins de fer.

27 juillet 1914

- Mesures prises dans les gares.
- Arrivée du préfet Pugeault à 11 heures.
- Toujours des télégrammes chiffrés arrivant à la préfecture.
- Les soldats permissionnaires reçoivent l'ordre de rentrer.
- Grosse émotion en ville.

28 juillet 1914

L'émotion s'accroît en ville.

L'Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie.

°30 juillet 1914 : Mobilisation générale en Russie.

30 juillet 1914

Détente.

°31 juillet 1914 : Assassinat de Jean Jaurès.

1er août 1914

Journée pleine d'angoisse. A 16 h 30, l'ordre de mobilisation a été lancé. A 16 h 35, le tocsin a sonné. La population est émue aux larmes. Que sera demain ?

2 août 1914

La mobilisation s'opère dans le plus grand calme. De l'émotion mais pas d'affolement.

Mes camarades du 13e sont arrivés en grande partie par le train de 5 heures du soir. Leur vue me gêne. J'ai honte d'avoir démissionné. Et pourtant je ne savais pas !

°3 août 1914 : L'Allemagne envahit la Belgique et déclare la guerre à la France.

3 août 1914

Même calme. Les réservistes et territoriaux arrivent dans de bonnes conditions et au chant de La Marseillaise. Oui, qu'on la chante, car c'est par elle qu'on vaincra. On n'entend pas les chansons stupides et d'ivrognasses de 1870. La mobilisation des chevaux et des voitures a lieu dans de bonnes conditions.

Les députés et sénateurs ont été convoqués dans la nuit par le président de la République pour 3 heures du soir.

Par télégramme officiel, on apprend :

1- que la frontière de l'Est a été violée en trois points par l'Allemagne ;
2- que l'Italie a fait une déclaration officielle de neutralité ;
3- que le ministère a été remanié par suite de la démission de Gauthier, ministre de la Marine, pour raisons de santé, et de la nomination des secrétaires d'État Jacquier et Ferry - Viviani conserve la présidence du Conseil sans portefeuille. Doumergue prend les Affaires étrangères, Augagneur la Marine et Sarraut l'Instruction publique.

Ces nouvelles sont acceptées avec satisfaction. Les soldats, les réservistes, conscients que l'Allemagne attaque, sont pleins d'entrain pour la défense de la patrie. Des bruits sur la sûreté de l'Angleterre circulent on ne sait pourquoi.

A 7 heures du soir, H. sur la place d'Aigues-Passes, se lamentant comme un veau à cause de l'incertitude qu'il éprouve au sujet de l'Angleterre. C'est un fâcheux.

On constate un peu de flou dans la réception des réservistes et des territoriaux. Rien de fait ou presque à la fin de cette journée. Les arrivés ne savent où aller coucher. L'habillement, l'équipement et l'armement des territoriaux commenceront demain. Un certain désordre.

(...)

Auteur : Albert Jurquet  Préface : Jean Guiloineau  Date de saisie : 18/02/2014  Genre : Biographies, mémoires, correspondances...  Editeur : Privat, Toulouse, France  Collection : Destins de la Grande Guerre

Auteur : Albert Jurquet Préface : Jean Guiloineau Date de saisie : 18/02/2014 Genre : Biographies, mémoires, correspondances... Editeur : Privat, Toulouse, France Collection : Destins de la Grande Guerre

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