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Publié par Philippe Poisson

" Je vous enverrai, mon fils, en maison de correction ! ".

Fort d'une puissance paternelle bien affirmée, base de la famille au 19e siècle, un père pouvait user des articles 375 et suivants du code civil de 1804, s'il avait " des sujets de mécontentement très graves sur la conduite d'un enfant ". Ainsi pouvait-il requérir une mise en détention pour son fils ou sa fille. Une intervention auprès du tribunal suffisait. Aucune trace écrite de la décision prise ne serait conservée. Tout se faisait dans la discrétion. Telles étaient les modalités de la " correction paternelle ".

Des petits Bordelais, garçons ou filles, y ont goûté(1).

Dans les premières décennies du 19e siècle, c'était dans la tour de la Poivrière(2) de l'ancien Fort du Hâ qu'ils pouvaient être détenus. Un endroit sordide, en contact " avec la population vicieuse des prisons ". Ce qui rebutait les familles. " L'autorité gémit de ne pouvoir sévir, sans les confondre avec les malfaiteurs contre les jeunes gens de familles honnêtes qui par leur conduite, méritent un châtiment particulier que les pères et mères ... réclament souvent ", déplorait le maire en 1815(3).

En 1837, c'est l'ouverture de lieux d'accueil plus spécifiques qui fit tomber les réticences. Un prêtre, créatif et entreprenant, l'abbé Dupuch, soucieux d'" arracher des enfants et des adolescents à la corruption contagieuse des prisons ", soutenu en cela par les autorités judiciaires et municipales, avait eu une idée. À cette époque, elle était pionnière : il s'agissait d'ouvrir un établissement qui offrirait un refuge pour ceux que l'on a appelé plus tard " petits sauvageons ", " exclus ", " jeunes délinquants ", " inadaptés ", bref de la " racaille ". Dans une ambiance très religieuse, ces jeunes, envoyés par les tribunaux, des petits " détenus ", pourraient acquérir une certaine instruction et apprendre un métier. Deux pénitenciers ou maisons d'éducation correctionnelle, un pour les garçons et un pour les filles, ont été conçus dans cet esprit. La tutelle du ministère de la justice et la bénédiction de l'évêché offraient toutes garanties pour la séquestration, en ces lieux, des enfants de la " correction paternelle ". Des cellules étaient prévues. Bien entendu aucun contact n'était prévu entre le fils de famille " honnête " et les petits " détenus ". Tout concourrait à rassurer les parents.

La "correction paternelle". - L'Union Scientifique d'Aquitaine

www.usaquitaine.com/article05062010.htm

Je vous enverrai, mon fils, en maison de correction ! ". ... On peut trouver dans les liasses d'archives relatives au pénitencier Saint-Jean, quelques registres où ...

Arrestation d'un jeune délinquant.

Arrestation d'un jeune délinquant.

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