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Publié par Philippe Poisson

   Quelques marches, à l'intérieur, un grand hall, deux drapeaux noirs SS brodés d'argent pendent du plafond jusqu'au sol, ou presque : immenses. Et nous tous alignés le long de ce mur, avec un gardien pour chacun de nous. Pas question de bouger !

    J'entends mon père hurler. On le frappe. Dans un mouvement de révolte, je fais face à mon gardien. Je reçois une gifle magistrale qui me fait retourner de nouveau face au mur, le nez sur ce drapeau SS.

    Une femme vient me chercher pour me conduire dans une pièce au rez-de-chaussée, à seule fin de me faire mettre nue pour une fouille intégrale [ … ]

   Le départ pour où ? Charleville. Pourquoi Charleville ? Je le sus plus tard. Mon père ayant fait une fausse ( mais vraie ) carte d'identité pour l'abbé Fontaine, curé de Savigny-sur-Ardres, alias, de ce fait, Victor Delcourt. Ce que je sus également plus tard : ce prêtre ayant été arrêté au maquis du Banel où il était allé. Torturé par la Gestapo, il parla et l'enquête se fit pour remonter ainsi jusqu'à mon père. Ce prêtre était à la prison de Charleville, ce n'était donc pas un hasard que de nous retrouver dans cette ville.

   Une prison ancienne, sinistre. À notre arrivée : munis de paquetages, séparés les uns des autres, sauf ma cousine et moi. Toutes les deux dans la même cellule : 38. Toi maman à côté dans la 36.

   Je ne devais plus te revoir jamais, maman. Mais sur le moment j'ignorais tout de ce qui allait se passer.

   Nous étions dix-huit dans notre cellule, deux fenêtres à barreaux obstruées par des planches allant en s'évasant vers le haut, ainsi que sur les côtés, ne laissant apercevoir qu'un rectangle de ciel, deux bancs, une grande table, durant le jour, nos châlits étaient superposés de façon à pouvoir circuler plus librement.

   Pas d'eau. Pas de lavabo. Dans un angle, les « tinettes » en guise de WC et quelques seaux d'eau. Ces fameuses « tinettes » que nous devions nettoyer au mieux, durant l'heure de la promenade du matin, profitant également de nous laver [ …]

   Nos geôliers, l'un grand blond, Prussien bon teint, Paul, l'autre, Georges, plus petit, presque insignifiant, sûrement bon bougre, il avait perdu deux fils à Stalingrad, désabusé, malheureux sûrement, il avait compris. Mais geôlier quand même [ ... ]

 

L'enfer de la prison Carnot 1940-1944 - Ville de Charleville-Mézièr

Tirés à part n°66 - L'enfer de la prison Carnot 1940-1944 (pdf - 1,49

Paul SCHLEISS - Cndp

 

  La prison Carnot à Charleville Dessin accompagnant l'article , " L'enfer de la prison Carnot 1940-1944 ", publié en janvier 2003 dans Charleville-Mézières Magazine

La prison Carnot à Charleville Dessin accompagnant l'article , " L'enfer de la prison Carnot 1940-1944 ", publié en janvier 2003 dans Charleville-Mézières Magazine

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