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Publié par Philippe Poisson

Outre les réfugiés – on en comptait 3.000 à Châteauroux, en 1915 –, l’Indre a abrité un camp d’internement pour les civils étrangers. Il était installé à Bitray.

Le camp de concentration de Châteauroux est un camp modèle. Journaliste à La Gazette de Lausanne, Georges Batault vient d'en effectuer la visite avec des confrères américains et anglais. En ce 23 avril 1915, il dresse un état des lieux précis.

« Nous avons quitté Châteauroux et nous arrivons après trois kilomètres de route à l'Asile de Bitray. » En ce mois d'avril 1915, Bitray, « ensemble de bâtiments formés d'une suite de pavillons bâtis en éventail autour d'une grande cour circulaire, donne abri à 560 internés répartis comme suit : 287 hommes, 193 femmes, 180 enfants. On compte 323 sujets allemands et 337 sujets austro-hongrois ».

Allemands, Austro-Hongrois, Tchèques, Croates, Trentins, Bosniaques, Polonais ou Alsaciens-Lorrains : dès le début du conflit, l'État décide le regroupement des ressortissants des pays en guerre contre la France. Tout d'abord prévu pour abriter les aliénés de l'Indre et du Cher, le centre de Bitray en cours d'achèvement, change donc d'affectation : jusqu'en 1917, date à laquelle il deviendra un hôpital de l'armée américaine, Bitray est l'un des vingt centres du même genre en France, où sont logés les civils retenus prisonniers.

Camp de concentration est le terme employé dans toutes les correspondances officielles. Aucun rapport, évidemment, avec les sinistres camps de la mort nazis de la Deuxième Guerre mondiale.

 Accusés d'espionnage

« Les habitants du camp de concentration de Bitray appartiennent à toutes les catégories sociales », écrit Georges Batault. « La grande majorité est faite d'ouvriers et de petits boutiquiers mais il y a aussi un certain nombre d'intellectuels et d'artistes […] Les étrangers sont répartis dans les divers pavillons, selon leur nationalité. »

Les civils prisonniers peuvent jouir de droits de sortie. La cohabitation avec la population locale est paisible. Et les débordements, réprimés : pour avoir frappé et insulté les ressortissants tchèques Havlicek et Pittner, trois soldats du 12e Dragons sont ainsi condamnés à quinze et huit jours de prison. Se promenant rue des Fontaines, dans le quartier Saint-Christophe, les deux Tchèques avaient été pris à partie par les militaires avinés, le 3 octobre 1915. Accusés d'espionnage, « ces étrangers ont pourtant toujours eu en ville une conduite et une attitude correctes », souligne la note du commissaire de police.

42

C'est le nombre de noms inscrits sur le monument aux morts de Sougé.

La commune comptait 386 habitants avant le début du conflit. Ces 42 disparus représentent 10,80 % de la population totale. C'est le pourcentage le plus important enregistré sur l'ensemble du département de l'Indre. La moyenne départementale se situe à un peu plus de 5 % de disparus.

la phrase

" Quand les Américains ont débarqué dans l'Indre, on les appelait l'armée du million de dollars. "

« Les Américains ont débarqué avec 50.000 tonnes de matériels. La ville d'Issoudun a été choisie, en raison de sa proximité avec la voie ferrée Limoges-Paris et aussi de son éloignement du front », expliquait l'historien Bernard Gagnepain, lors d'une conférence. 7.500 jeunes Américains furent cantonnés, formés et entraînés à l'aviation de combat sous la bannière du 3e Centre d'instruction de l'armée américaine, entre 1917 et 1919. Ce centre situé entre Issoudun et Vatan, oublié jusqu'à une date récente, fut avec ses sept camps, ses onze terrains d'aviation et ses deux hôpitaux, la plus grande base aérienne de l'époque. 171 jeunes Américains y trouvèrent la mort lors d'entraînements.

Le camp de concentration oublié de Bitray - La Nouvelle République

Le camp de concentration oublié de Bitray (Indre)

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