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Publié par Philippe Poisson

Le carnet anthropométrique d’identité en France

La plupart des régimes démocratiques nés en Europe à partir du XIXe siècle perpétuent les législations anti-Roms et entretiennent le mythe de la culpabilité intrinsèque des Roms. La sorcellerie, le cannibalisme ou le vol d’enfants sont des accusations largement répandues. La révolution industrielle les stigmatise définitivement quand les travaux agricoles ne demandent plus de main-d’œuvre abondante et itinérante.

 

France 1895 : un recensement du ministère de l’Intérieur, dénombre sur le territoire français « quatre cent mille vagabonds et vingt-cinq mille nomades en bande voyageant en roulotte ».

 

Le 16 juillet 1912 les parlementaires votent une loi instaurant un carnet anthropométrique pour les nomades, véritable titre de circulation sur lequel figuraient photos d’identité et empreintes digitales afin de soumettre cette population « potentiellement dangereuse » à un contrôle policier serré.

 

Les « gens du voyage » doivent tous tenir ce document à jour - y compris les enfants – et le présenter dans chaque commune qui, conformément à cette même loi, peut refuser le stationnement.

Ce fichage minutieux des Roms servira par la suite au régime de Vichy

 

Le carnet anthropométrique d’identité a été remplacé en 1969 par un carnet de circulation toujours en vigueur, véritable stigmate pour ses détenteurs.

 

France : derrière les barbelés jusqu’en 1946

Dés octobre 1939, les Roms sont assignés à résidence par les autorités républicaines qui soupçonnent en eux une possible « cinquième colonne ».

Le 6 avril 1940, Albert Lebrun, dernier président avant le régime de Vichy, signe un décret interdisant la circulation des nomades, soit tous les « individus sans domicile fixe, nomades et forains, ayant le type romani ».

« Leurs incessants déplacements, au cours desquels les nomades peuvent recueillir de nombreux et importants renseignements, peuvent constituer pour la Défense nationale un danger très sérieux, il est donc nécessaire de les soumettre à une étroite surveillance de la police et de la gendarmerie. (…) Ce ne serait pas le moindre bénéfice du décret qui vient de paraître, s’il permettait de stabiliser des bandes d’errants qui constituent du point de vue social un danger certain et de donner à quelques-uns uns d’entre eux, sinon le goût, du moins les habitudes du travail régulier. » dixit le ministère de l’Intérieur.

 

A partir d’octobre 1940, des familles entières sont enfermées dans trente camps d’internement français. De 4 à 5000 hommes, femmes et enfants dans la zone occupée et quelque 1000 autres dans la zone dite libre. Le nombre de Roms étrangers ayant subi ces politiques reste indéterminé.


Les Roms internés à dans le camp de Montreuil-Bellay - l’un des plus grand camps français - seront déplacés dans d’autres camps le 16 janvier 1945, cinq mois et demi après la libération de la région. Ils y resteront enfermés jusqu'en mai 1946, soit près de deux ans après l’armistice !


Les Roms internés ne retrouveront pas leurs biens spoliés et ne recevront aucun dommage pour les préjudices subis.


La France est cependant le seul pays occupé d'Europe de l'Ouest où "l'Auschwitz Erlass" du 16 décembre 1942 ordonnant la déportation des Tsiganes à Auschwitz ne sera pas appliqué.

 

« L’internement de ma famille dans ce camp, la mort de mon frère Maurice de malnutrition à l’âge de trois ans, la déchéance de la famille car dans l’impossibilité de remonter la pente à sa sortie, sont à l’origine de mon placement à la DDASS et en orphelinat pendant sept ans et demi ; sans oublier qu’il m’a fallu attendre d’avoir soixante ans pour connaître cette triste histoire, directement liée à celle du barbelé. J’ai du mal à imaginer la douleur et les souffrances qu’ils ont pu endurer, sachant que rien ne peut psychiquement affecter un Tsigane, sauf celui de porter atteinte à sa liberté ou de toucher à sa famille. Le nomadisme par définition n’est-il pas synonyme de liberté. De nomades, ils étaient devenus des gueux… Ma famille a fait partie de ceux-là. Mon ignorance à ce sujet m’a, tout au long de ma vie, coûté plus cher que de le savoir, parce que si j’avais su cette histoire, forcément ma vie eût été différente.J’aurai au moins su qui j’étais ».

 

Lettre de Julien Chevalier Schultz à l’historien Jacques Sigot.

 

La barbarie des nazis et de leurs sympathisants

 

Tout comme les juifs, les Roms d’Europe sont les victimes d’un plan d’extermination mise en œuvre par les nazis avec la complicité de leurs alliés et des pays occupés. Assassinées sur place ou déportées dans les camps de la mort pour y être gazés : le nombre exact de victimes est difficile à évaluer. Ce génocide, appelé « Samudaripen » en langue romani, demeure l’un des plus méconnus de l’histoire.

 

Le mode de vie des Roms, leur discrétion, la représentation parfaite qu’ils offrent de « l’Etranger », de « l’Autre » laissent la porte ouverte à tous les fantasmes. Avec la terreur imposée par les nazis et leurs sbires en Europe, l’horreur est à son comble. Le chiffre de 500 000 victimes roms des politiques d’extermination est le plus souvent avancé.

 

Allemagne :

 

Les nazis n’ont qu’à réutiliser le travail de recensement des Roms entrepris par les services de police bien avant leur arrivée au pouvoir. Dès 1899, une « centrale des affaires tsiganes est créée à Munich. En 1905, elle publie un rapport - le Zigeunerbuch - véritable base théorique des politiques anti-Roms.

 

En 1925, une loi pour lutter contre les « Tsiganes, les nomades et les fainéants » est votée en Bavière.

 

Sous le couvert de la science, les anthropologues nazis font subir des tests « biologiques, raciaux » aux Roms afin de justifier leur extermination. L’Allemagne théorise l’idéologie raciste anti-roms.

 

La politique nazie de destruction collective des Roms se fait en deux étapes. L’enfermement dans les camps d’internement des régions allemandes puis, à partir de 1938, sous l’impulsion de Himmler, la déportation dans les camps d’extermination.

 

Déportation de Roms pendant la deuxième guerre mondiale

 

Autriche, Pologne, Norvège, Pays-Bas, Pays baltes, Ukraine et Bohême-Moravie : les Roms sont soumis à la même déportation sans compter les massacres commis par les Einsatzgruppen, unités spéciales des SS chargés de l’extermination des juifs et des Roms à partir de l’été 1941.

 

Roumanie et Croatie : ces régimes fascistes se distinguent par leur sauvagerie. La Roumanie dirigée par le dictateur Antonescu entreprend des campagnes de stérilisation pour lutter contre les « risques de dégénérescence de la “race” roumaine du fait de l’assimilation des Tsiganes » et déporte ses Roms dans la province roumaine de Transnistrie. Victimes de la faim, du froid, du typhus beaucoup ne reviennent pas. Entre 30 000 et 50 000 Roms périssent sous ce régime. Même politique d’extermination dans « l’état indépendant de Croatie » dirigé par les oustachis d’Ante Pavelic. 40 000 trouvent la mort dans le camp de Jasenovac entre 1941 et 1945

Les Roms sont internés dans des camps en France, en Italie, en Suède, au Danemark. Assignés à résidence en Angleterre.

 

Les morts ne pouvant être évoqués sans enfreindre la tradition, les Roms portent seuls la douleur du génocide. Ce silence rituel contribue à l’absence de reconnaissance politique de leur extermination.

 

Aujourd’hui, il est nécessaire de reconnaître publiquement ce génocide et les responsabilités de l’époque pour que les Roms retrouvent leur dignité.

 

Sources :

 

Roms, Gitans, Manouches, Citoyens à part...entière ! - Histoire ...Le carnet anthropométrique d’identité a été remplacé en 1969 par un carnet de circulation toujours ... Histoire. Une migration qui ne cesse de se ramifier ...

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