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Publié par Philippe Poisson

Brigands dissimulés dans les forêts, guettant les voyageurs qui s'attardent à la tombée du jour ; hommes hirsutes, le visage barbouillé de noir et armes au poing, mais aussi chouans en Vendée, Bretagne ou dans les montagnes du Massif Central, autant de silhouettes inquiétantes qui ont marqué les contemporains de Robespierre. La Révolution française n'a pas engendré le brigandage, qui existe depuis la haute Antiquité, mais elle a été marquée par une poussée fiévreuse de cette forme de délinquance depuis la Grande Peur de l'été 1789.

A partir de 1793, le refus de la conscription militaire a jeté une partie de la jeunesse dans les bras de ces rebelles. Les difficultés économiques et sociales ou encore les affrontements politiques ont aussi contribué à l'aggravation du phénomène. Le brigandage est devenu un mal absolu sous le Directoire puis sous le Consulat, en un temps où la restauration de l'ordre devenait une priorité politique.

Mais qui étaient ces "brigands" ? Des délinquants de droit commun s'attaquant aux voyageurs et aux propriétés, violents jusqu'à la barbarie envers leurs victimes ? De pauvres gens, jetés sur les routes par la misère ? Des opposants politiques qui rejetaient brutalement les idées de la Révolution et les ruptures sociales qui en découlaient ? Ce livre fournit des pistes pour mieux appréhender les différentes formes de criminalité et de violence que recouvre le phénomène du brigandage.

Entre Mandrin, brigand populaire du milieu du XVIIIe siècle, contrebandier défiant l'Etat, et les bandes de royalistes assassinant les patriotes dans les bocages de l'Ouest ou les montagnes du Midi, peut-on trouver des solutions de continuités ? Cet ouvrage tente de montrer le hiatus entre le mot et la réalité complexe du brigandage dans un contexte révolutionnaire large, celui de la France des années 1750-1850, période troublée et tendue d'où peuvent s'observer les tensions politiques et sociales qui ont engendré l'époque contemporaine.

Valérie Sottocasa est maître de conférences en histoire moderne à l'université de Toulouse et membre du laboratoire Framespa (UMR 5136 du CNRS). Elle a publié Mémoires affrontées : Protestants et catholiques face à la Révolution dans les montagnes du Languedoc, ainsi que plusieurs contributions sur l'histoire de la Contre-Révolution et l'histoire religieuse de la Révolution française.

 Date de parution : 21/03/13 Editeur : PU Rennes

Date de parution : 21/03/13 Editeur : PU Rennes

Le Ruthénois Laurent Del Puech a participé à l’écriture de l’ouvrage collectif dirigé par Valérie Sottocasa : «Les Brigands, criminalité et protestation politique (1750-1850)».

Passionné d’Histoire, Laurent Del Puech a choisi, pour sa maîtrise, le thème du brigandage entre 1800 et 1815. «C’est un sujet qui n’avait pas été traité par les historiens. De plus, il y avait de nombreux documents aux Archives de l’Aveyron, territoire propice au brigandage», explique-t-il. C’est pour cette raison que Valérie Sottocasa, maître de conférences en Histoire moderne à l’université de Toulouse, a contacté Laurent à l’issue d’un colloque consacré à ce sujet. «Elle avait lu ma maîtrise et m’a donc demandé de participer à cet ouvrage collectif».

Laurent Del Puech fait donc partie des treize auteurs qui ont participé à l’écriture de ce livre, édité au cours de l’été aux Presses universitaires de Rennes. Son chapitre d’une trentaine de pages traite de «L’état en guerre contre le brigandage, un cas exemplaire : le département de l’Aveyron de 1799 à 1815».

«L’année 1800 a vu le début du règne de Napoléon Bonaparte, qui nomme le premier préfet de l’Aveyron, François Sainthorent, pour une mission précise : détruire le brigandage en Aveyron. Un brigandage au départ d’origine politique, qui sévit principalement dans le nord du département, le Lévezou, les Palanges, les causses du sud Aveyron et aux frontières des départements limitrophes», explique l’auteur qui précise : «Les brigands attaquent les caisses publiques, mal défendues. Ainsi, en avril 1800, celle transportant 40 000 francs et qui transitait de nuit de Rodez à Montpellier est volée à Gignac. Dès lors, le préfet Sainthorent prend des mesures de sécurité en faisant intervenir des troupes de lignes pour enrayer le brigandage, que Napoléon voyait comme un danger pour le régime. Cela se révélera efficace».

Ce n’est qu’un petit aperçu du très étoffé chapitre écrit par Laurent Del Puech, fruit de trois ans de recherche. Les férus d’Histoire vont sans nul doute apprécier la richesse de cet ouvrage en vente, notamment, à la Maison du livre à Rodez.

Rodez. Le brigandage vu par Laurent Del Puech

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Actualités

 

Laurent Delpuech a participé à la rédaction d'un ouvrage collectif sur le brigandage. Il s'est, tout particulièrement, intéressé aux brigands aveyronnais de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècles.

 

Certains d’entre eux ont considérablement nourri l’imaginaire collectif. Y compris de leur vivant. Et les plus célèbres des brigands, à l’image de Louis Mandrin ou Louis-Dominique Cartouche, ont inspiré écrivains, réalisateurs de cinéma et autres dessinateurs. Laurent Delpuech s’est lui intéressé aux brigands qui infestaient l’Aveiron. À une époque où il pouvait être périlleux de traverser certaines parties du département. Ce fut son sujet d’étude dans le cadre de sa maîtrise en histoire. Et l’attaché du groupe d’opposition au sein de l’assemblée départementale a remis le cœur à l’ouvrage, si l’on peut dire, en contribuant à la rédaction d’une publication collective consacrée à ces fameux brigands (entre criminalité et protestation politique), sous la direction de Valérie Sottocasa, maître de conférences en histoire moderne à l’université de Toulouse, et éditée par les Presses universitaires de Rennes. Le premier ouvrage collectif sur ce thème.

La chasse aux "ennemis intérieurs"

Depuis son enfance, Laurent Delpuech a toujours été fasciné par les brigands et autres bandits de grand chemin. Pour son sujet de maîtrise, il s’est plus précisément attaché à la période 1799-1815. "Le brigandage, c’est avant tout beaucoup de légendes, raconte-t-il. Ainsi, Mandrin serait passé en Aveyron et aurait donné un trousseau de chasse au seigneur de Belcastel."

La première référence aveyronnaise à un acte de brigandage remonterait à la fin du XVIe siècle, dans la région de Montrozier. Au début du XIXe siècle, il y avait quelques bandes, d’une dizaine d’hommes, principalement dans le Sud Aveyron et le Nord Aveyron, mais aussi quelques brigands solitaires comme le voleur d’Alpuech. Tous avaient un surnom. Ceux que l’on appelait les “ennemis de l’intérieur” sévissaient dans des endroits reculés. Loin des villes et près des frontières départementales, pour fuir les gendarmes qui avaient ordre de ne point les franchir. "Les brigands étaient généralement liés à un territoire. On les retrouve surtout en période d’instabilité, explique Laurent Delpuech. Ils attaquaient des convois transportant des caisses publiques qui partaient de Rodez vers Montpellier et il leur arrivait de redistribuer l’argent afin d’acheter leur tranquillité."

Une trop grande proximité avec les gendarmes, les maires et la population

"Beaucoup d’habitants de ce pays sont d’intelligence avec ces scélérats où s’ils ne sont pas d’intelligence, ils se taisent sur leurs brigandages, dans la crainte d’être assassinés ou de voir leurs propriétés incendiées", lit-on dans un rapport du 2 messidor de l’an VIII (21 juin 1800). Ainsi que le souligne Laurent Delpuech, la lutte contre le brigandage est une des étapes essentielles de la construction de l’État en France. En le combattant, l’État s’attaque à une forme de criminalité, qui prend naissance dans les espaces vides du pouvoir central. La mission essentielle du premier préfet de l’Aveyron, François Sainthorent est de détruire le brigandage. "Il va s’y atteler avec une grande efficacité." Après s’être rendu compte de la pauvreté des informations qu’il reçoit mais aussi de la trop grande proximité entre les gardes nationaux, les gendarmes, les maires et les brigands. Bref, il n’était pas toujours aisé de faire la part des choses et de déterminer les responsabilités de chacun. "On paye alors des mouchards, on fait appel à l’armée et on crée des tribunaux d’exception." La répression fut terrible. De nombreux brigands furent exécutés sur le champ. D’autres furent condamnés et déportés au bagne. Il arrivait aussi que les rôles soient inversés. "Une fois, des gendarmes s’étaient déguisés en paysans pour attraper des brigands et ils ont été faits prisonniers par des villageois, qui pensaient être attaqués..." Plus près de nous, Laurent Delpuech rapporte qu’un brigand surnommé “Masque rouge” aurait sévi dans la vallée du Lot et le Nord Aveyron, durant les années qui ont précédé la Deuxième guerre mondiale. Aujourd’hui, le brigandage a pris d’autres formes, encore plus violentes, comme la piraterie et les actes mafieux. Voire, le terrorisme. Et en Suisse, on continue à qualifier de brigandage une infraction pénale de vol aggravé. Comme quoi les temps changent et les brigands restent...

Ces bandes de brigands qui infestaient l’Aveiron !

JOËL BORN

04/11/2013, 12 h 11 | Mis à jour le 04/11/2013, 15 h 18

 

 

Laurent Delpuech s’est intéressé aux brigands aveyronnais du début du XIXe siècle. Et à la vaste répression engagée par le préfet Sainthorent. (J.B.)

Laurent Delpuech s’est intéressé aux brigands aveyronnais du début du XIXe siècle. Et à la vaste répression engagée par le préfet Sainthorent. (J.B.)

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