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Publié par Philippe Poisson

De nos jours cette congrégation est le résultat d’une union entre « Les Sœurs de la Miséricorde » de Bordeaux et les « Sœurs de Marie Joseph » du Dorat qui, après un décret signé à Rome le 1er mars 1971, a été effective. Cette union était une réponse à l’appel du Concile Vatican II invitant les Instituts de même affinité spirituelle et apostolique à s’unir sous de nouvelles règles. Elle s’appuyait, de part et d’autre, sur une tradition plus que séculaire d’un même dévouement au service du prochain le plus marginalisé dans nos sociétés modernes.

Nous nous bornerons à étudier l’histoire des Sœurs de Marie Joseph, institut qui accueillit les quatre fillettes venues d’Arnaud-Guilhem le 7 octobre 1861, mais aussi, comme nous l’avons déjà évoqué, sept autres jeunes filles venues du même village au Dorat entre 1865 et 1868.
 
« Les Charlottes » était, au cœur de la Terreur, une petite société de bienfaisance, fondée par Charlotte Dupin, servante d’un prêtre de Lyon, incarcérée en même temps que lui en 1793 sous la Terreur et qui est la première à avoir consacré sa vie au soin des prisonniers après sa libération. Au décès de celle-ci, une des associées, Jeanne-Louise Juliand, lui succède et, pour assurer l’existence de cette Société, lui donne un Règlement, approuvé par l’autorité ecclésiastique le 15 juillet 1805. Elle réunit les associées en une Assemblée Générale où l’on précise le rôle exact de chacune suivant ses forces et son temps : un groupe se consacre entièrement à la visite des prisons, tandis que d’autres membres étendent leur action aux hôpitaux et aux hospices. Les Charlottes sont alors bien connues dans la ville de Lyon. A cette époque les prisonniers sont réduits à la plus profonde misère : peu de nourriture, pas de soins, et encore moins d’hygiène. Les Charlottes ont donc fort à faire. Bientôt, pour faciliter leur tâche, l’Administration leur demande de loger dans la prison même.
 
En 1819, l’autorité diocésaine les engage fortement à s’affilier à une congrégation religieuse. C’est la Congrégation du Saint Joseph de Lyon qui est choisie. Mère Saint Jean Fontbonne, sa supérieure générale les y accueille comme « affiliées ». Elisabeth Dupleix, devenue Sœur Saint Polycarpe (1780-1849) devient provinciale des Sœurs de Saint Joseph, section « prisons » en 1825, Sœur Saint Augustin lui succède en 1835.

En 1826, le noviciat des Sœurs des prisons avait été transféré rue Montauban et, finalement, étant donné la différence de mission entre les Sœurs de St Joseph et les Sœurs de la branche « prison », celles-ci sont autorisées à se séparer par une ordonnance du Cardinal de Bonald, archevêque de Lyon, du 31 janvier 1841. Cette date est retenue comme celle de la fondation de la nouvelle congrégation : Les Sœurs de Marie-Joseph pour les prisons, avec Mère Saint Augustin comme fondatrice et Supérieure Générale. Celle-ci ne cessait d’appeler ses Sœurs à la totale confiance en Dieu, à l’humilité, à la simplicité et à la générosité au service des détenus sur qui elle porte un regard nouveau. « Souvenez-vous, leur disait-elle, que, sous l’écorce parfois rude des âmes, réside un tabernacle souvent bien souillé, mais auquel la grâce de Dieu peut toujours rendre sa beauté première. » Même si elle fut, à sa demandé déchargée de sa responsabilité en 1857 pour décéder deux ans plus tard, on peut penser que l’esprit qu’elle avait su mettre dans la congrégation perdurait lorsque les quatre fillettes arrivèrent. Ainsi nous retrouvons bien, dans la personnalité, dans les écrits, les traits que nous avons attribué à la Sœur du Bon Pasteur en vigueur dans la congrégation : la confiance en Dieu, l’humilité et la simplicité.

Mère Saint Augustin s’installe au Dorat dans la Haute-Vienne, le 20 avril 1841 et prend la devise « j’étais en prison et vous êtes venues à moi ». (Mt 25.36)
 
Depuis 1806, un mouvement de réforme des prisons se dessine au gouvernement. Il tient compte largement des mesures mises en oeuvre par les charlottes. Thiers, alors ministre de l’intérieur, s’écrie un jour à la Chambre : « Qu’on me donne 500 religieuses ! Je me charge de réformer toutes les prisons du royaume. Avec leur chapelet au côté, elles auront certainement plus d’influence que des gardiens avec leur sabre.» En 1829, l’Inspecteur Général des prisons demande à Mère Saint Augustin de se charger avec 200 religieuses des prisons centrales puis de toutes les prisons de France, ce qu’elle accepte à condition d’a
les soeurs du Dorat en prière sur le site de Picheloup
voir le temps de les préparer. Puis, en 1841, la congrégation sera reconnue comme étant la seule à se consacrer au service des prisons. Le 28 janvier 1852, un décret du Prince Louis Napoléon lui donne son existence légale et en 1873, le pape Pie IX lui donne son approbation définitive. Nous étudierons plus loin une lettre de la sœur qui a assisté à l’entrevue de la Supérieure Générale avec le Pape Pie IX pour cette occasion.
 

Les fondations se multiplient : 40 prisons de 1824 à 1876 auxquelles s’ajoutent, dès le début, des refuges pour libérées (8 du temps de Mère St Augustin), des sections correctionnelles pour mineures délinquantes (5) et des maisons d’éducation d’enfants sous différentes formes (27).Quelques communautés sont également présentes dans des séminaires ou des évêchés(10). La congrégation est en pleine expansion quand la séparation de l’ Église et de l’État lui porte un coup direct. La laïcisation des prisons commence vers 1880 pour se terminer en 1907. La congrégation quitte toutes les prisons sauf celle de « Paris-Saint Lazare » d’où est sorti en 1865 le Dépôt de la Préfecture de Police et plus tard Fresnes en 1927 puis La Roquette en 1932, enfin devenue « Fleury-Merogis » en 1973. Une communauté retournera à la prison centrale de Rennes en 1959. La séparation a entraîné des fondations en Angleterre, en Belgique et aux Pays-bas. A une époque plus récente, la congrégation a ouvert en France des centres d’hébergement pour libérées et femmes en difficulté.
http://www.soeursmariejosephetmisericorde.org/

Les religieuses des prisons ...

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