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Publié par Philippe Poisson

20/03/2014 - 21 août 1974. Dans les calanques de Marseille, deux jeunes touristes belges sont agressées et violées par trois hommes. C'est le début d'une affaire qui va marquer durablement les esprits. Car la question du viol révèle la misogynie profonde de la société, «réactionnaires» et «progressistes» confondus. «Le fait de porter des jeans moulants, de se parfumer, de se maquiller est-il sans effet ? La femme qui s'habille ainsi porte, à mon avis, une part de responsabilité si elle est violée» assène ainsi sans ambages un commentateur de l'extrême gauche. Même les féministes se divisent sur la question, certaines allant jusqu'à s'insurger devant la lourdeur de la peine : «Ce n'est pas l'emprisonnement de l'agresseur qui changera sa mentalité», s'exclame la représentante de la Ligue du droit des femmes...

En libérant la parole des victimes, en attirant l'attention des médias et des politiques, le procès qui a lieu à Aix-en-Provence en mai 1978 est bien plus que l'épilogue d'un fait divers : il est un des jalons qui ont changé l'histoire et fait avancer la cause des femmes.

Jean-Yves Le Naour est spécialiste d'histoire culturelle. Il a publié de nombreux ouvrages dont La légende noire des soldats du Midi (Vendémiaire, 2013), et Qui a volé la Joconde ? (Vendémiaire, 2014). Catherine Valenti, maître de conférences à l'université de Toulouse II-Le Mirail, spécialiste d'histoire culturelle et intellectuelle, a écrit notamment Bobigny, le procès de l'avortement (2010). Ensemble, ils ont publié l'Histoire de l'avortement, XIXe-XXe siècle (2003).

 

20/03/2014 - Extrait de l'introduction -La conspiration du silence

Avant les années 1970, le viol, cela n'existe pas. En dehors de quelques histoires crapuleuses qui font les délices de la presse de faits divers où l'on parle de femmes assassinées après avoir subi ce que l'on appelle pudiquement les «derniers outrages», le viol est absent des préoccupations médiatiques comme de celles de l'opinion publique, et tout autant des statistiques judiciaires. En 1965, on dénombre à peine 500 plaintes, dont pas même la moitié aboutit à une condamnation. Le plus souvent, c'est la parole de l'accusé contre celle de la victime. Et celle de l'homme vaut généralement plus que celle de la femme qui l'accuse. L'attitude des policiers et des gendarmes qui recueillent les plaintes, des magistrats qui instruisent ou qui président les débats ne pousse pas vraiment les femmes à réclamer justice. Comment étaient-elles habillées ? N'ont-elles pas provoqué leur violeur par des mots, une tenue ou des gestes déplacés ? Ont-elles des témoins ? Que faisaient-elles dans la rue à cette heure avancée ? Pourquoi n'ont-elles pas crié quand on leur a mis un couteau sous la gorge ? Enfin, est-on bien sûr qu'elles n'aient pas consenti aux avances un peu brutales qu'on leur a faites ? Voici quelques-unes des questions lourdes de sous-entendus qui leur sont posées.

Et puis il y a l'enquête de moralité, car le viol est le seul crime pour lequel la police n'enquête pas seulement sur l'accusé mais aussi sur la victime : les inspecteurs demandent aux voisins, amis, commerçants, etc., leur avis sur la plaignante, sur ses fréquentations, sur son attitude en général et son comportement avec les hommes en particulier. Pour celles qui ne sont pas considérées comme «sérieuses», les policiers en concluront qu'elles ne peuvent pas avoir été violées et la plainte finira le plus souvent classée sans suite, ou en correctionnelle dans le meilleur des cas.

Même la loi participe à la conspiration du silence. Certes, au début de la monarchie de Juillet, le législateur a décidé de moderniser le code pénal de 1810, créant les circonstances atténuantes et supprimant ces scories archaïques qu'étaient la peine du carcan, la marque au fer rouge ou le poing coupé pour les parricides. En ce qui concerne le viol, la loi de 1832 constitue un progrès en reconnaissant la faiblesse des enfants, désormais perçus comme des victimes même si aucune violence physique n'a été exercée contre eux. Mais pour les femmes rien ne change vraiment : le viol reste en effet restreint à la pénétration vaginale, seule à pouvoir déboucher sur une grossesse et introduire ainsi un bâtard dans la famille. De la même façon, il n'existe pas non plus de viol entre hommes, et celui commis par un mari sur sa femme est hors du champ légal.

Auteur : Jean-Yves Le Naour, | Catherine Valenti

Date de saisie : 20/03/2014

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Vendémiaire, Paris, France

Collection : Chroniques

 

Le Procès du viol - Vidéo Dailymotion

1/4 Procès du viol - Docs interdits - 07.03.2014 - YouTube

2/4 Proces du viol - Docs interdits - 07.03.2014 - YouTube

3/4 Procès du viol - Docs interdits - 07.03.2014 - YouTube

4/4 Proces du viol - Docs interdits - 07.03.2014 - YouTube

 

Le Procès du viol


Cédric Condon, France, 2013, 52’

Le 2 mai 1978 s’ouvre à Aix un procès qui va marquer un tournant dans le sort réservé jusque-là aux affaires de viol en France. Un procès rendu possible par la ténacité de deux femmes refusant d’abdiquer devant les pressions d’une société et d’une justice qui préfèrent détourner les yeux. Et le combat d’une avocate – Gisèle Halimi – et des mouvements féministes, qui entendent désormais briser le tabou et changer le regard de la société sur le viol.

Et le viol devint un crime
Et le viol devint un crime
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