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Publié par Philippe Poisson

28/03/2014 - Né à Belleville en 1934, orphelin très jeune, le petit Claude Maurent passe son enfance dans le quartier animé de la Villette, parmi des figures populaires et attachantes : sa grand-mère, qui peint des soldats de plomb pour survivre et pouvoir l'élever, les louchebems des abattoirs, les camarades communistes du quartier.... Après une jeunesse passée à faire les 400 coups, il est projeté dans l'enfer de la guerre d'Indochine juste avant de fêter ses 20 ans.

Claude participera à toutes les opérations, sautera deux fois sur Diên Bien Phu, endurera les longues marches dans la jungle et sera prisonnier dans les camps de la mort, dont il réchappera. Loin des grandes visions stratégiques et policées des officiers qu'il a côtoyés, il raconte dans une langue très vivante les paras qui sautent la peur au ventre ou les filles des claques de Hanoï.

Son récit, raconté par Jean-Noël Marchandiau, montre la vision sans préjugé d'un petit gars courageux et débrouillard, qui a toujours gardé une part d'innocence et de naïveté malgré les événements. Il rentrera en métropole après la guerre, transformé à jamais par ce qu'il a vécu...

Grâce à ce témoignage très personnel, foisonnant d'anecdotes quotidiennes et rempli d'humanité, suivez le destin incroyable d'un jeune homme libre, dont le parcours colle à l'Histoire...

Jean-Noël Marchandiau est Docteur en Histoire et Docteur d'État ès Lettres et Sciences Humaines. Il est l'auteur de sept ouvrages dont «Vie et mort d'un journal, L'Illustration, 1843-1944».

 

  • Les courts extraits de livres : 28/03/2014

Une enfance bousculée

Ma rue de Belleville...

Pour certains, la vie s'écoule comme un long fleuve tranquille... Ils possèdent tout : la famille, l'argent, l'amour, et résident, pour la plupart, dans des beaux quartiers. On dit qu'ils sont venus au monde avec une cuiller en argent dans la bouche, sous une bonne étoile. Tant mieux pour eux...

Moi aussi je suis né dans un quartier chic, et même le plus rupin de la capitale. Mais question famille, argent, amour, j'ai plutôt été, dans ma jeunesse, servi avec une cuiller en bois, au propre comme au figuré.

Mes infortunes, je préfère dire «mes emmerdes», débutent en fanfare, avant même ma naissance. Le 17 juillet 1934, ma mère, prénommée Simone, ressent les premières douleurs de la venue imminente d'un enfant. Elle ne veut pas rester chez elle pour me mettre au monde, même avec l'aide d'une sage-femme. Elle sait qu'après le départ de la femme de l'art, elle restera seule dans sa chambre, avec moi pour toute aide et seule compagnie.

Je dois vous avouer que je n'ai pas de père, tout au moins pas de géniteur officiel. Il ne m'a pas reconnu, peut-être parce que je ne lui ressemblais pas, comme chantait Bourvil dans Les Crayons... Ma mère est donc une fille mère, comme on dit à l'époque, avec tout ce que cela comporte de péjoratif. Elle lit la désapprobation dans le regard des voisins, des employeurs, des commerçants, bref, du reste du monde.

Alertée par les cris, une voisine arrête un taxi en maraude qui s'ébranle pour l'hosto sans perdre de temps. Le véhicule s'engage dans la rue la plus chic de Paris, passe devant le palais de l'Élysée. Le conducteur va sans doute un peu vite, soucieux de gagner rapidement un hôpital, pour ne pas tacher sa banquette arrière à cause d'un accouchement impromptu.

D'où vient le taxi, où va-t-il, que fait-il dans cette rue, ne me le demandez pas ! Moi je suis dans le ventre de ma mère, bien remuant, tellement agité que les douleurs s'aggravent, ma mère se sent de moins en moins bien, le chauffeur du taxi perd un peu les pédales, ou se trompe de pédales, bref, il percute bruyamment un camion de ramassage des ordures. La scène se déroule en plein milieu de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, devant les quidams partagés entre les grandes bijouteries et les autres magasins de luxe.

A cause du choc assez rude, les contractions deviennent plus violentes encore. Dans ces conditions, pas question d'attendre un autre moyen de transport. On soutient l'infortunée jusque dans la loge d'une concierge, et c'est là que je vois le jour, quelques instants plus tard, au 208, rue du Faubourg-Saint-Honoré ! C'est bien précisé sur mon acte de naissance. Pensez donc ! A la lecture de ce document, on me prendrait à coup sûr pour un gosse de riches !

Auteur : Jean-Noël Marchandiau  Date de saisie : 28/03/2014  Genre : Biographies, mémoires, correspondances...  Editeur : Editions Prisma, Gennevilliers

Auteur : Jean-Noël Marchandiau Date de saisie : 28/03/2014 Genre : Biographies, mémoires, correspondances... Editeur : Editions Prisma, Gennevilliers

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