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Publié par Philippe Poisson

02/07/2014 - Le 21 août 1944, les autorités allemandes occupant le sol limousin ont rendez-vous à 20 heures avec les représentants de la Résistance pour signer l'acte de reddition de la ville de Limoges et permettre ainsi aux Maquisards de Georges Guingouin qui cernent la ville de pouvoir y entrer sans effusion de sang. Mais il n'y a qu'un capitaine allemand pour les accueillir, à l'Hôtel de la Paix, et seuls les soldats éloignés du centre de commandement ou les nombreux enrôlés de force dans l'armée allemande sont encore dans Limoges. Le général de brigade Walter Gleiniger et son chef d'état-major Von Liebich ont, soi-disant, été faits prisonniers par la police SS de Limoges qui a, soi-disant, forcé le blocus de la ville, emmenant avec eux des centaines de soldats allemands et les dernières miettes de la milice locale.

Qu'est-il advenu du général Gleiniger ? Suicide d'un soldat d'honneur ? Exécution par la police SS qui aurait souhaité continuer le combat contre la Résistance malgré les directives de Von Kluge ordonnant, dès le 18 août, le retrait des troupes allemandes du sud de la France ? Ainsi s'est inscrite, jusqu'à aujourd'hui, l'histoire dans la mémoire collective de la région.

Mais il n'y a pas eu signature de l'acte de reddition par l'armée allemande. Il n'a pas été nécessaire, pour l'armée allemande, de forcer le blocus vers l'Est : les portes de Limoges se sont fermées après le départ des Allemands et de la milice locale. Il n'y a pas eu d'embuscade des maquisards de Guingouin jusqu'après Sauviat-sur-Vige, dernier obstacle à franchir avant de se retrouver en Creuse, sous contrôle de l'Armée Secrète du commandant François.

Georges Guingouin en très grand stratège a réalisé son rêve : libérer Limoges sans aucun combat. Il a ainsi préservé la population des bombardements alliés indispensables avant l'assaut final. Il a aussi sauvé la vie de ses centaines de Maquisards entassés dans les 82 cellules de la prison du Champ de Foire de Limoges, tous ceux restants étant des condamnés à mort par les Allemands et dans de nombreuses villes, les condamnés à mort étaient exécutés avant le départ des forces d'occupation. Alors, un accord tacite entre Guingouin et le général Gleiniger ?

Dès l'entrée en Creuse, la colonne en fuite se heurte aux premiers assauts des Maquisards de ce département. Et la première embuscade a peut-être coûté la vie au général Gleiniger, commandant la colonne ou en surveillance rapprochée par la police SS... Walter Gleiniger est enterré avec trois autres soldats allemands au cimetière de Guéret, le 23 août 1944, puis exhumé en 1969, «le crâne atteint par un ou plusieurs projectiles» et transféré au cimetière allemand de Berneuil, en Charente-Maritime où il repose, maintenant, à proximité de ses trois compagnons de la colonne allemande en fuite !

Ce livre a pour objectif d'apporter un nouvel éclairage sur ce qui demeure toujours «le mystère Gleiniger», ce général qui eut l'audace de condamner les exactions des SS lors du massacre d'Oradour-sur-Glane, peut-être pour protéger ses soldats de la vindicte locale et dont il se trouve être probablement un des éléments des faits générateurs qui ont conduit à ce massacre : la décision de mettre en état de siège la ville de Saint-Junien, le 8 juin 1944, en vue de représailles, décision transférée, le 9 juin, à Diekmann...

Michel Baury
Écrivain-Collecteur de Mémoire

 

  • Les courts extraits de livres : 02/07/2014

Le général Gleiniger a été enterré au cimetière de Guéret (Creuse) avec son chauffeur et deux gardes du corps, sous-officiers du 19e régiment de police SS de Limoges. Sur leur tombe, figurait la mention «tués au combat le 22 août 1944». Leurs restes furent exhumés, en 1969, pour être transférés au cimetière allemand de Berneuil, en Charente-Maritime où ils reposent depuis, côte à côte. Dans un courriel adressé à Patrick Charron, Johann-Georg Gleiniger, son fils, fait référence à une correspondance du VDK dans laquelle il est précisé qu'à l'occasion de cette exhumation «le procès-verbal établi, conclut que le crâne a été blessé», mais «qu'il n'a pu être déduit si c'est par l'effet d'un seul coup de feu ou de plusieurs».

En rassemblant les pièces écrites sur le sujet et les témoignages récents d'anciens maquisards, il est possible d'écrire une autre version, jusque-là jamais explorée, de la mort du général Gleiniger : la fuite des Allemands et de la milice vers Moulins et l'Allemagne, avec l'autorisation tacite de Guingouin, le chef des FFI, pour quitter Limoges sans combat avec la Résistance.

1. Les forces militaires en présence

La garnison allemande était forte, selon Georges Guingouin, «d'environ 1400 hommes dont le 19e régiment de police SS avec 2 compagnies de lance-flammes. Se trouvaient également dans la ville, les 3e et 5e régiments de Garde mobile ainsi qu'un groupe du 6e régiment, 11 escadrons de G.M.R. et des unités regroupées de la gendarmerie. Il fallait compter, de plus, avec la 2e cohorte de la Milice, forte de 3 centaines».

Pour l'Association Nationale des Anciens Combattants et Amis de la Résistance (ANACR) de la Haute-Vienne (2), «Les effectifs sont estimés, côté allemand à 1 000 hommes, dont 600 combattants, côté maquis à 5 500 hommes armés».

La ville de Limoges était cernée par les forces du Maquis beaucoup plus importantes en nombre (avec, notamment, le renfort du Maquis de Charente du commandant Bernard) que les forces allemandes et leurs serviteurs. Une interrogation demeurait cependant : que feraient la Garde mobile et les G.M.R. en cas d'attaque de la ville par le Maquis après le bombardement projeté et bien ciblé des forces aériennes alliées ?

2. Les faits historiques

18 août 1944 - Selon l'historien Patrick Charron, «d'après les directives de Von Blaskowitz (commandant du Groupe d'armée G), du 18 août 1944, le général Kurt Sachs, et son 64e corps d'armée, devaient évacuer la côte atlantique, à l'exception des forteresses de la Gironde et du périmètre défensif de La Rochelle (source Der Deutsche Rückzug aus Frankreich 1944, de Joachim Ludewig, Militärgesichtlichen Forschungsamt, Rombach Verlag KG, Auflage 2. A, 1994). Cette directive fait suite à la nomination de Model qui remplace "au pied levé" Von Kluge, à la tête de l'OB West le 17 août 1944 et qui ordonne le retrait des troupes allemandes du sud de la France».

19 août 1944 - Le samedi 19 août 1944, la grève générale est déclenchée à Limoges et paralyse la ville, alors que la 2e compagnie de la Schutzpolizei vient au secours de la colonne de miliciens retranchée, depuis le 16 août, à La Jonchère, avec femmes et enfants, à la suite de violents accrochages avec le Maquis, puis l'accompagne, dans sa retraite vers Moulins, jusqu'à Sauviat-sur-Vige. Là, la compagnie SS rebrousse chemin et rentre sur Limoges, barricadée par les miliciens restant encore dans la ville.
(...)

Auteur : Michel Baury

Genre : Histoire

Editeur : Lavauzelle, Panazol, France

Collection : Histoire, mémoire et patrimoine

 

La fin du mystère Gleiniger : août 1944, la libération de Limoges

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