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Publié par Philippe Poisson

S’imagine-t-on que les grèves générales soient chose nouvelle et pratique moderne ? Voici une grève d’infirmières qui date du Grand Siècle : c’est bien une des moins tragiques, ou mieux, des plus inattendues dont on se souvienne. En 1923, Louis Battifol, administrateur de la bibliothèque de l’Arsenal et historien du XVIIe siècle, conte avec toute sa verve et évoque avec toute sa merveilleuse science du passé, l’histoire de cette mutinerie qui révolutionna un hôpital.

Au début du XVIIe siècle, l’hôpital de Pontoise n’était, le long des murs de la ville, qu’un amas minable de vieilles bâtisses du Moyen Age, lépreuses. Un grand toit recouvrait, à la fois, une chapelle et la grande salle voûtée des malades pouvant contenir une quarantaine de lits. Autour, se voyaient des bâtiments accessoires : réfectoire, cuisine, bûchers, celliers, et, le long de l’Oise, le logis de la direction. Lorsque la rivière débordait, les eaux venaient « caver » les murs, faire dégringoler des toises de maçonnerie, et, quand quelque siège survenait, accident fréquent depuis la Ligue, les coups de canons et de bombardes achevaient d’ébranler les murailles et de les délabrer : dangereuse situation !

L’hospitalière demeure datait de cinq siècles, du temps de Louis IX. Le saint roi y avait mis le personnel spécial des Hôtels-Dieu du temps : trois ecclésiastiques, deux convers, treize religieuses. Puis, avec les âges, l’institution était devenue plus laïque, plus féminine, et, si l’on peut dire, plus « démocratique ». Une dame conduisait la maison. Elle avait sous ses ordres deux douzaines d’infirmières, femmes du monde qui entraient là pour toute leur vie, gardaient leurs noms, suivaient une filière quasi monastique : noviciat, prise d’habit, profession, — la directrice s’appelait même prieure —, après quoi, elles devenaient tout à fait modernes, car elles étaient relativement libres, se réunissaient en assemblées et votaient sur les principales affaires de la maison, notamment l’admission des nouvelles infirmières, au moyen de pois et de fèves. Nul homme dans l’affaire, que des confesseurs venant du dehors et célébrant les offices. L’établissement dépendait de l’archevêque de Rouen, dans le diocèse duquel Pontoise se trouvait autrefois...

Révolte des infirmières de Pontoise au XVIIe siècle. Grève ...

Une "révolte" d'infirmières à Pontoise au XVIIe siècle.

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