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Publié par Philippe Poisson

20/02/2013 -« En pénétrant dans la ville, je n'éprouve pas la joie espérée. Les habitants paraissent cachés et les rares passants semblent immobiles. A la vue du trousseau de clés que j'extirpe de mon sac de voyage, le chauffeur esquisse une moue : "Et vous allez vraiment vivre ici ?" La porte cochère s'ouvre sur une zone ténébreuse. Ai-je bien fait de quitter mes affaires parisiennes et de tout plaquer sur un coup de tête ? En fait, je n'avais pas le choix... »

Un homme se retire à Richelieu, entre Touraine et Poitou, dans la maison de sa tante défunte. Jour après jour, il découvre les étranges habitants de la cité close. Fondée par le cardinal dont le fantôme hante encore les rues désertées, la ville est le théâtre de faits divers troublants : rumeurs, menaces de corbeaux, suicides, morts suspectes... L'enquête qu'il entreprend va le conduire au coeur du mystère des lieux. Jusqu'à ce qu'une énigmatique jeune femme le sauve d'un drame...

Un roman de suspense et d'atmosphère, inspiré de faits réels.

«J'ai trouvé qu'il y avait là du Simenon, et aussi un peu d'André Dhôtel, écrivain que j'aime beaucoup. Patrick Modiano

Franck Maubert vit entre la Touraine et Paris. Il est l'auteur d'ouvrages consacrés à la peinture (Orsay peinture, Nathan, 1986 ; Le Paris de Lautrec, Assouline, 2005 ; Maeght, la passion de l'art vivant, La Martinière, 2006 ; Conversations avec Francis Bacon, Mille et une nuits, 2009), ainsi qu'à la chanson : Gainsbourg, voyeur de première (La Table Ronde, 1998) ha Mélancolie de Nino (Scali, 2006). On lui doit également des romans : Est-ce bien la nuit ? (Stock, 2002), Près d'elles (Flammarion, 2003), Et les arbres n'en seront pas moins verts (Assouline, 2005), Le Père de mon père (Philippe Rey, 2008). Le Dernier modèle (Mille et une nuits, mars 2012), dont l'héroïne est la dernière muse d'Alberto Giacometti, a reçu le prix Renaudot Essai 2012.

 

  • Les courts extraits de livres : 20/02/2013

Même en hiver, la blancheur du calcaire éblouit jusqu'à aveugler. À travers les vitres du taxi, les rayons d'un soleil bas soulignent les arrondis des champs de craie. Nous délaissons la bretelle d'autoroute. Visions de champs de neige. Le chauffeur, qui m'a embarqué à la gare, ne peut retenir d'une voix enrouée : «Votre ville, c'est le bout du monde.» Les flancs de collines ont maintenant disparu. Nous avançons sur la langue d'un plateau où coule une nationale qui n'en finit pas, traversée par d'autres routes, toutes perpendiculaires. Et toujours cette terre à l'éclat de chaux vive. La Mercedes roule lentement, accentuant ainsi monotonie et lassitude. Le chauffeur ne parle plus. De temps à autre, il se contente de jeter un coup d'oeil dans son rétroviseur, avec un rien de strabisme grossi par le verre de ses lunettes. Son regard finit par accrocher le mien. Nous respectons notre silence. Un sentiment d'éternité s'installe, comme si nous naviguions dans du brouillard. Nous glissons sur le ruban de bitume, avec le sentiment de ne pas avancer, sans horizon ni point de vue. Le lointain laisse juste deviner des bouquets d'arbres et un clocher. Ai-je bien fait de quitter mes affaires parisiennes pour me retirer dans la maison de tante Micol ? En fait, je n'avais pas le choix.

Nous roulons encore une longue demi-heure, dans le ronflement du moteur diesel. Des panonceaux annoncent une zone urbanisée, comme à l'approche de toute ville désormais. De chaque côté de la route principale, des constructions récentes à l'architecture métallique, des bâtiments industriels si frêles ; une simple pichenette suffirait à les faire s'envoler. L'enseigne jaune et bleu d'un magasin discount clignote en plein jour. Devant une station-service désaffectée, des épaves attendent la casse. Le petit bonhomme Esso, avec sa tête en goutte d'huile, nous salue. Une fois franchi ce secteur sans âme, une cité médiévale surgit, ceinte de murailles. Le chauffeur et moi sursautons à la sonnerie de mon téléphone. Je l'extrais du fond de ma poche et, au moment de répondre, l'écran indique «aucun réseau». De part et d'autre d'un pont de pierre, de larges fossés où des chèvres pâturent. Un pont-levis, comme on passe un poste-frontière avec la sensation de ne pouvoir reculer et devoir se confronter à son passé. Nous nous engageons dans son prolongement pour arriver sur une place cernée de maisons à un étage, aux toits recouverts d'ardoises, toutes identiques. Certaines façades laissent apparaître des traces de fenêtres rebouchées. Personne ne les a rouvertes. En pénétrant dans la ville, je n'éprouve pas la joie espérée. Ma gorge se noue à la vue de la place, où les maisons sont ce qu'elles devaient être jadis, voici plusieurs siècles. Une devanture sur deux placarde un panneau d'agence immobilière : «À vendre» ou «À louer». Parfois, un simple numéro de téléphone a été peinturluré à la hâte sur un morceau de bois, comme si la ville avait été laissée à l'abandon, ses habitants chassés par une épidémie. Mon souffle diminue. Entre les tilleuls plantés en carré, un enfant slalome sur une planche à roulettes. Je me revois en culottes courtes, sur des patins, et j'entends le bruit du fer sur les pavés. J'entends encore la voix de tante Micol : «Il faut s'attendre à tout dans ce pays !» Mais c'était il y a si longtemps... Après avoir contourné la place, le chauffeur, silencieux durant tout le trajet, marque des signes d'impatience. Alors, où on va maintenant ?

Auteur : Frank Maubert

Date de saisie : 30/01/2013

Genre : Policiers

Editeur : Ecriture, Paris, France

 Ville close

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