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Publié par Philippe Poisson

12/04/2014 - Le discours d'une prostituée «bien dans sa peau»...

Pendant plus de trois années, Albertine, escorte de luxe, et Daniel Welzer-Lang, sociologue, ont parlé, échangé, correspondu. Albertine raconte son travail, les modes de recrutement, ses préparatifs, les différents types de clients, ce qu'ils demandent, ce qu'elle fait ou non, ce qu'elle ressent. Elle explore également les techniques sexuelles, le savoir-faire particulier propres à la rencontre tarifée.

... l'analyse d'un sociologue engagé

Intervenant au fil de la parole d'Albertine, Daniel Welzer-Lang propose des analyses sociologiques qui relient le travail accompli par Albertine et le travail du sexe dans son ensemble, y compris dans ses évolutions récentes et les débats actuels initiés par les «moralistes» qui veulent pénaliser les clients. Il propose de comparer la rencontre tarifée avec une escorte de luxe et les «belles rencontres» actuelles recherchées par tous sur les réseaux sociaux.

Un livre précieux pour comprendre les débats sur la prostitution

Ce livre permet, en cette période de prises de positions purement idéologiques, d'entendre la parole d'une pute qui raconte son métier comme le ferait n'importe qui et les transformations actuelles des prostitutions.

Daniel Welzer-Lang, professeur de sociologie à Toulouse, est l'auteur de nombreux ouvrages sur le genre et les sexualités dont, aux éditions Payot : La Planète échangiste, Nous les mecs, essai sur le trouble actuel des hommes et Propos sur le sexe.

Albertine, basée sur la Côte d'Azur, exerce l'activité d'escorte de luxe à travers le monde

 

  • Les courts extraits de livres : 12/04/2014

 

INTRODUCTION : UNE RENCONTRE INITIÉE PAR ALBERTINE

Janvier 2010 - Je me suis réveillée un matin avec l'idée qu'il fallait que je contacte Daniel, sans bien savoir pour quelle raison. Avais-je rêvé de lui ? Non. Je n'y pensai plus jusqu'au lendemain quand je me suis levée avec cette même idée en tête. Cela me fit sourire et je me dis que je verrais au cours de la journée si cela me revenait à l'esprit. Ce fut le cas. Je cherchai alors ses coordonnées et l'appelai sans autre motif. Le contact téléphonique fut agréable, naturel et j'eus la sensation que nous nous retrouvions là où nous nous étions quittés, pourtant plusieurs années auparavant. Il fut question de nous voir lors de son passage dans la Drame, aux vacances suivantes.

Je m'y rendis détendue, contente de retrouver un vieil ami que je n'avais pas vu depuis longtemps et avec qui les discussions téléphoniques avaient été plaisantes. J'ignorais cependant toujours la raison pour laquelle j'y allais, si raison il y avait. Nous nous retrouvâmes le plus naturellement du monde, avec grand plaisir. Je découvris sa maison accueillante et son magnifique figuier débordant. Une maison de courants d'air, de personnes courants d'air, cela me plut.

Autour de l'apéritif, surgit la question de mon travail et je n'eus pas envie de lui raconter la version de façade. Je me lançai alors et lui dis que j'étais travailleuse du sexe, escorte. Je crus percevoir quelque chose de l'ordre de la surprise dans ses yeux, puis il me posa des questions. Plus les heures s'écoulaient, plus je me sentais détendue dans notre échange et plus cela me plaisait de pouvoir en parler sans crainte de choquer ou d'être incomprise dans mon choix de vie. Je n'avais pas à me justifier et c'était déjà beaucoup.

Nous en parlâmes donc toute la soirée, et je crois que c'est le lendemain matin, lorsque nous nous retrouvâmes pour le petit déjeuner, qu'il me proposa ce projet de livre. Je me demandai alors s'il était sérieux, si ce n'était pas là une lubie qui s'évanouirait quelques jours plus tard. Et puis je vis que l'idée lui plaisait, qu'elle semblait faire son chemin dans son esprit. J'attendais encore de mesurer le sérieux de cette envie tout en me demandant quelle forme un tel projet pourrait prendre. Je m'interrogeais aussi sur la légitimité et la pertinence d'un tel ouvrage, et me demandais surtout quelle matière j'allais pouvoir donner à lire. Tout ceci me semblait tellement abstrait et en même temps enthousiasmant, stimulant, différent. Je me souviens alors m'être dit le soir en allant me coucher que, peut-être, la véritable raison de ces réveils avec Daniel en tête était ce projet.

Auteur : Albertine | Daniel Welzer-Lang

Date de saisie : 23/03/2014

Genre : Sociologie, Société

Editeur : la Musardine, Paris, France

La putain et le sociologue
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