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Publié par Philippe Poisson

Les Cahiers du Châtillonnais n°234

Les Cahiers du Châtillonnais n°234

Les auteurs, historiens amateurs œuvrant au sein d'une association, n'ont pas voulu analyser ou "faire une synthèse de tout ce qui a été écrit sur la tuerie de Jully". Ils ont reproduit les articles de presse, "à chaud" du journal local, "L'Yonne" et des régionaux "Le Châtillonnais" et "L'Auxois". Dans un style assez retenu pour ce début du XXe siècle, voilà encore et encore la chronologie de plus en plus exacte du parcours sanglant des deux garçons. Une enquête sera menée dans les familles suisses des deux jeunes meurtriers. On y découvrira le "avant" : le passé assez lourd de Joseph Jacquiard, orphelin, enfui d'institutions, jouant du poing, lecteur fanatique de romans d'aventures, et rêvant de faire fortune en Afrique ou aux Amériques. Charismatique, avec sa petite bande, il quitte la Suisse, baluchon sur l'épaule pour se louer dans les fermes. L'explication d'un soudain déchaînement de violence de deux pauvres garçons exploités et à la limite de la débilité (tels qu'on les perçoit sur les photos prises juste après le crime) serait donc à revoir. Ils savent lire et bien lire. Ils écrivent aussi de longues lettres pendant leur séjour en prison. Jacquiard aurait prémédité ses crimes de façon à constituer une cagnotte pour embarquer à Marseille avec Vienny. Ils ont tenté de prépayer un billet de train, la veille du massacre, pour s'enfuir plus rapidement. Ils ont aussi demandé un acompte au fermier pour acheter plusieurs revolvers chez un quincaillier...

Des assassinats qui vont faire couler beaucoup de sang mais aussi beaucoup d'encre.

Les articles abordent aussi la problématique de la vente libre d'armes à feu, même à des mineurs, et le danger de la lecture populaire pour les jeunes. Côté iconographie : les reproductions en couleurs du "Petit Journal" du 26 décembre 1909 et du "Petit Parisien" sont d'exactes illustrations ! Autres documents passionnants : deux photos portraits des jeunes assassins, les mains entravées par des cordes et posant devant un mur juste après leur arrestation et celles du jeune survivant, un bras en écharpe, la tête bandée, puis bien habillé, en canotier, arborant fièrement à Paris, la médaille d'honneur de première classe qu'il vient de recevoir pour avoir sauvé les enfants Verrières. Suivent six "scènes de crimes" très impressionnantes avec leurs cadavres "en l'état". N'oublions pas les reproductions de la fameuse série "Jully" de onze cartes postales, (numérotée de 1 à 10 car il y a deux 4) prises par Louis Durand, photographe de Tonnerre, qui livre un vrai reportage sur le vif : ensemble des bâtiments avec croix pour les lieux de crime, portraits posés, devant décors, des deux assassins, du retraité chasseur mimant l'arrestation avec son fusil, du berger médaillé et des quatre enfants survivants. Les dernières cartes représentent le cortège funèbre sortant de la ferme, l'entrée des cercueils dans l'église et les discours au cimetière. C'est la série la plus cotée des cartes postales criminelles. Si l'on peut découvrir aussi ces documents sur Internet, la bande dessinée finale, bien que mal photocopiée, est une véritable découverte. Dessinée par Jacques Poirier, il s'agit d'une bande dessinée verticale en soixante-trois vignettes et textes qui illustrait la dernière page de France Soir dans les années 1960. Les scénarios visiblement très fouillés étaient dus à Paul Gordeaux qui travailla sur les séries "Les Amours célèbres" et "Le Crime ne paie pas" dont des adaptations sont parues chez J'ai Lu dans les années 1970. Gordeaux nous apprend que Jacquiard (appelé, ici, Jacque), condamné à mort puis gracié par le président Fallières, s'évada du bagne de Remire (Guyane) quatre ans plus tard et ne fut jamais retrouvé. Est-ce vrai ? A-t-il vécu enfin la vie exotique dont il rêvait ? Mystère.

Un historique du lieu des crimes conclut l'ouvrage. Ex-manoir, puis prieuré de bénédictines, il est laissé à l'abandon après la tragédie puis racheté par la commune et rénové à partir de 1991. La ferme de l'horreur accueille désormais les festivités communales. Autres photos couleurs étonnantes : la tombe impeccable des époux Verrières. Vient la dernière phrase de ce passionnant document : "Il ne reste rien des tombes des commis et de la bonne."

Sommaire :

Dossier élaboré par Jenry Camus & Michel Diey sur "La Tuerie de Jully"
- Longs articles de L'Yonne, Le Châtillonnais et L'Auxois couvrant toute l'affaire du lendemain du crime le samedi 11 décembre 1909, au départ de Vienny pour une colonie pénitentiaire le 28 août 1910.
- La complainte des bandits de Jully.
- La Saint-Barthélémy des J3 chasseurs de fauves. Cinq cadavres sous la bise. (version de la tuerie par André Sinn publié dans La Presse en 1952.
- La tuerie de Jully dans la série "Le Crime ne paie pas", bande dessinée verticale publiée en dernière page de France Soir, fin des années 1960, récit de Paul Gordeaux, images de Jacques Poirier.
- La butte de Jully aujourd'hui. La renaissance. Par Claude Garino (président de l'Association pour la Sauvegarde et l'Animation du Château de Jully).
- Iconographie : L'Illustration (photo générale des lieux), photocopies de premières pages de journaux de l'époque dont Le Petit Journal, le Petit Parisien, l'Intransigeant, photographies des protagonistes non parues, des scènes du crime, cartes postales de la série "Jully", photos personnelles de Claude Garino pour les bâtiments avant et après rénovation et la tombe des époux Verrières.

 

C'est, à notre connaissance, le seul ouvrage consacré entièrement à cette retentissante affaire qui se déroula le 10 décembre 1909 à Jully, dans l'Yonne (un chapitre de J.-P. Fontaine dans Les Mystères de l'Yonne, De Borée, 2007). Dans cet ancien prieuré devenu ferme, deux garçons vachers d'origine suisse, Joseph Jacquiard, seize ans et Joseph Vienny, quatorze ans, assassinent à coups de revolver, de bâtons, de sabots et de couteau, le fermier Verrières, sa femme puis deux ouvriers agricoles de soixante-quatre ans et dix-huit ans avant de tirer sur la bonne, l'égorger et la jeter dans le puits. Frappé lui aussi, un autre berger, Louis Imbert, fait le mort et s'enfuit prévenir des voisins. Les quatre enfants restés dans la maison (trois filles de neuf, hui et sept ans et un garçon de six ans) échappent par miracle à la tuerie. Traqués dans les bois, les deux meurtriers abandonnent leurs effets avant d'être interceptés deux jours plus tard par un rentier chasseur de soixante-seize ans, qui les met en joue et les conduit à la Mairie.

Les Cahiers du Châtillonnais n°234
Juillet 2009

Parution aléatoire
74 p. : 21.00 x 30.00 cm
ISSN

 

Ce qu'il faut savoir sur la revue

L'Association loi 1901 des Amis du Châtillonnais existe depuis 1981. Son but est double  : encourager la conservation, la protection, la restauration de tout ce qui présente, un intérêt historique, monumental, architectural et artistique, et encourager la sauvegarde de la nature, des sites, de l'environnement et des traditions locales. Pour se faire, elle s'accompagne de la parution des Cahier du Châtillonnais. Commencée en 1988, cette collection a pour objet de publier tout ce qui concerne le Châtillonnais, aussi bien des documents anciens restés inédits, comme les Monographies écrites par les instituteurs en 1888, que des documents plus récents dont l'intérêt local limite le tirage et empêche de ce fait le recours à l'imprimerie compte tenu des coûts.

L'évolution des techniques de reprographie actuelles rend maintenant possible ces publications en petites séries renouvelables très facilement. C'est ce qui permet de présenter cette modeste collection, dont l'association assure l'impression et la diffusion.
De temps en temps, Les Cahiers du Châtillonnais s'insinuent dans le monde sordide du fait divers...

Les Cahiers du Châtillonnais - K-libre

 

Le 10 décembre 1909, a Jully, dans l'Yonne, deux jeunes garçons assassinent, sans mobile apparent, cinq personnes à coups de hache et de revolver. L'affaire va faire les délices des journaux pendant plusieurs mois. Les enfants criminels, à toutes les époques, sont une monstruosité à laquelle il faut bien trouver un responsable. Aujourd'hui on met en cause la télévision. Au début du siècle, on incriminait l'école sans Dieu.

El maintenant, que les feuillets dans lesquels nous avons condensé toutes nos angoisses patriotiques suivent leur destinée ; puissent-ils, par les preuves accumulées de l'effrayante précocité criminelle de l'enfance [...], secouer la torpeur insouciante du public (/ni a conduit la France à la catastrophe de Sedan ! » C'est en ces termes que Louis Albanel. juge d'instruction au tribunal de la Seine, conclut, en 1899, son étude sur l'enfance criminelle à Paris1. A l'en croire, la criminalité enfantine, « ulcère social », rongerait chaque jour un peu plus la santé morale du [...]

Les enfants criminels de la Belle Époque

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