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Publié par Philippe Poisson

 Parcours d'un condamné définitif au bagne colonial - «  Sous le Second Empire, le transport des condamnés est assuré par des bâtiments à voiles de la marine nationale équipés de grandes cages. Partant de Brest et de Toulon, selon les vents, ils mettaient de vingt cinq jours à un mois et demi pour atteindre la Guyane. Ils faisaient parfois escale à Alger pour embarquer les condamnés européens ( peu nombreux) et arabes réunis à la prison de Maison-Carrée. Entre 1852 et 1866, époque à laquelle les pouvoirs publics décidèrent de transférer le bagne en Nouvelle- Calédonie, on compte cinquante et un convois en direction de la Guyane, représentant seize mille huit cents cinq hommes et deux cents douze femmes transportés. Sur l'ensemble, six mille huit cents six hommes et femmes décédèrent, huit cent neuf disparurent et mille sept cent soixante dix furent rapatriés1.     Les conditions de voyage sur ces voiliers étaient particulièrement rudes. Les condamnés recevaient un hamac pour deux personnes dans lequel ils se relayaient jour et nuit. Ils avaient droit à une promenade sur le pont, accompagnés de gendarmes armés. A cette époque, la tenue carcérale était faite de lourde bure grise et les prisonniers baignaient dans leurs sueur dès qu’arrivaient les premières chaleurs. Malgré le temps passé en mer, la promiscuité dans les cages, le manque d'hygiène, les maladies à bord étaient rares à part un mal de mer presque permanent, et la mortalité faible... »2

Parcours d'un condamné définitif au bagne colonial - « Sous le Second Empire, le transport des condamnés est assuré par des bâtiments à voiles de la marine nationale équipés de grandes cages. Partant de Brest et de Toulon, selon les vents, ils mettaient de vingt cinq jours à un mois et demi pour atteindre la Guyane. Ils faisaient parfois escale à Alger pour embarquer les condamnés européens ( peu nombreux) et arabes réunis à la prison de Maison-Carrée. Entre 1852 et 1866, époque à laquelle les pouvoirs publics décidèrent de transférer le bagne en Nouvelle- Calédonie, on compte cinquante et un convois en direction de la Guyane, représentant seize mille huit cents cinq hommes et deux cents douze femmes transportés. Sur l'ensemble, six mille huit cents six hommes et femmes décédèrent, huit cent neuf disparurent et mille sept cent soixante dix furent rapatriés1. Les conditions de voyage sur ces voiliers étaient particulièrement rudes. Les condamnés recevaient un hamac pour deux personnes dans lequel ils se relayaient jour et nuit. Ils avaient droit à une promenade sur le pont, accompagnés de gendarmes armés. A cette époque, la tenue carcérale était faite de lourde bure grise et les prisonniers baignaient dans leurs sueur dès qu’arrivaient les premières chaleurs. Malgré le temps passé en mer, la promiscuité dans les cages, le manque d'hygiène, les maladies à bord étaient rares à part un mal de mer presque permanent, et la mortalité faible... »2

Une chanson populaire arabe évoque le « bateau blanc » qui venait, en général une fois par an, en rade d'Alger prendre son chargement de proscrits (ci-dessus, en 1912). Et la mémoire longue fait toujours de « Cayenne », dans de nombreuses familles algériennes, un terme tragique.

Les Maghrébins, et particulièrement les Algériens, ont constitué près d'un quart des condamnés au bagne. A Saint-Laurent-du-Maroni, un interprète du ministère des Colonies faisait partie de l'effectif des fonctionnaires et il était précisé, dans les règlements à la fin du XIXe siècle, que « la ration de la race arabe est la même que celle des Européens, sauf le lard et le saindoux remplacés par la morue ».

Le plus souvent originaires du monde rural, habitués aux rudes tâches de la terre, ces condamnés étaient appréciés des autorités. Un rapport de 1878 les qualifie ainsi d'« opiniâtres et infatigables » et, à l'issue de l'accomplissement de leur peine, on leur confiait souvent des concessions. Pourtant, comme aucun d'entre eux n'a laissé de témoignage écrit et que leurs frères de malheur « européens » les ont sévèrement jugés car ils faisaient souvent office de « porte-clés », ils restent les oubliés du bagne de Guyane.

Reste le beau texte qu'Albert Camus publie dans l'Alger Républicain après le passage du dernier convoi pour la Guyane le 1er décembre 1938 : « Ces hommes, nous n'avons pas à les juger, d'autres l'ont fait. Ni à les plaindre, ce serait puéril. Mais il [s'agit ici] de décrire ce destin singulier et définitif par lequel des hommes sont rayés de l'humanité. Et peut-être est-ce le fait que ce destin soit sans appel qui crée toute son horreur... »

M. P. et F. S.

Étape à Alger

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