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Publié par Philippe Poisson

Le Calvados était un navire trois-mâts à coque en bois. Sa capacité était de 400 passagers et 352 chevaux, répartis entre le Spardeck (92), le faux-pont (174), et la cale (96). Les chevaux étaient "logés" dans deux des faux-ponts, et disposaient chacun de 60cm de largeur d'espace vital.

Le Calvados était un navire trois-mâts à coque en bois. Sa capacité était de 400 passagers et 352 chevaux, répartis entre le Spardeck (92), le faux-pont (174), et la cale (96). Les chevaux étaient "logés" dans deux des faux-ponts, et disposaient chacun de 60cm de largeur d'espace vital.

6ème convoi de déportés 

Le Calvados se trouve au mouillage à Brest début mai 1873. Le 8, il embarque 382 déportés en provenance du fort de Quélern. Il lève l'encre le 10 en direction de l'île d'Aix, où il arrive en rade des Trousses le 12. Le navire est placé sous le commandement du capitaine de frégate Vial secondé par le lieutenant de vaisseau de Margery. L'état-major se compose de trois enseignes de vaisseau, un aide commissaire, un médecin de 2ème classe. L'équipage se compose de15 officiers marinier, 13 quartiers-maîtres et 97 matelots. A cette liste il faut rajouter un aumônier affecté au service du navire. Quatorze passagers prennent place à bord et sont nourris à la table de l'état-major, et  trois passagers sont classés comme émigrants. Outre ces passagers, le navire embarque une troupe constituée de 4 gendarmes, un adjudant et 17 militaires, auxquels s'ajoutent 18 surveillants et leur famille rejoignant leur poste en Nouvelle-Calédonie. Les femmes de surveillants sont au nombre de 8 et, selon une rumeur, ce que confirme apparemment leur "présentation", elles seraient issues d'une maison close de Brest. Elles auraient été épousées en toute hâte, pour se conformer à la publication d'une circulaire ministérielle précisant que les gardiens en partance pour la Nouvelle-Calédonie devaient être mariés.

Le "chargement" de déportés est composé de 99 condamnés en provenance du château d'Oléron dont 18, reconnus aptes par la commission médicale sont débarqués par les médecins de la Marine. Sur le contingent de Saint-Martin-de-Ré, 98 sont acceptés. L'ensemble de ce convoi se compose finalement de 560 déportés, un chanceux ayant échappé au départ. En effet, par télégramme expédié le 17 mai, le ministère de la Guerre ordre est donné au préfet de Charente-Inférieure de débarquer du Calvados le nommé Charles Etienne Petit-Huguenin, embarqué à Brest, dont la peine était commuée en détention. Ce dernier, au lieu de partir pour la Nouvelle-Calédonie sera donc incarcéré à Saint-Martin-de-Ré, en attente de son transfert sur Belle-Île-en-Mer.

Parmi les prisonniers de ce convoi, il y a Joannès Caton, condamné à la suite de l'insurrection de Saint-Etienne (42), qui a laissé de son périple des notes et souvenirs (Journal d'un déporté à l'île des Pins, par Joannès Caton, Editions France-Empire, Paris 1986), qui ont permis de retracer l'itinéraire de navire et d'en suivre les principaux événements.

Le 17 mai à deux heures du matin, les prisonniers sont réveillés à grands coups frappés sur la porte de la casemate où il ont passé la nuit, et ils empruntent le chemin qui va de la citadelle au port du château, sous le regard triste de quelques habitants, qui les regardent s'embarquer à bord des chaloupes qui doivent les emmener à bord de la Comète, aviso qui les attend à 200 mètres au large. Certains déportés entonnent Les Marins de la République et à 6 heures, les condamnés montent à bord de l'aviso. A huit heures débute l'embarquement à bord du Calvados.

Sur tous les navires transportant les déportés, les cages sont sensiblement les mêmes, bien que sur certains navires on puisse en modifier la capacité par déplacement des grilles. Celles du Calvados sont de 30 mètres de long sur 3 de large, et 2'20 de haut. La batterie dans laquelle se trouve Joannès Caton comporte 171 déportés. le "plat" où il se trouve est pratiquement resté le même depuis le départ du château. Sauf cas de force majeure, la ration sera composée de viande fraîche deux fois par semaine, les mercredi et dimanche, sardines ou fromage les vendredis, lard salé les autres jours. Tous les soirs, bouillon aux haricots, aux pois, ou aux fèves, bouillon au lard ou à la viande fraîche tous les matins, sauf le vendredi, biscuits et 1/8 de pain tous les jours. En ce qui concerne les boissons, café tous les matins à 6 heures, un quart de vin le midi et une boisson sucrée ou citronnée le reste de la journée. Rappelons que le plat est en principe de 10 prisonniers, dont le chef de plat effectue la découpe des morceaux de viande afin d'éviter les disputes et jalousies. Il désigne ensuite un déporté pour "regarder ailleurs" et désigner le destinataire de chaque morceau. Toujours d'après Joannès Caton, les lettres sont distribuées closes, et les hamacs sont mis en place à 18h00 et repliés après le "branle-bas" à 6h00.

Le 18 mai 1873, à 16H30, le grand voyage commence, annoncé aux prisonniers par un léger balancement du navire et la fermeture des hublots. Le lendemain le bateau se trouve en plein golfe de Gascogne et il navigue à la voile après que la machine ait été stoppée. Dans chaque cage sont disposées d'énormes bailles (sorte de baquet de bois plus large du fond que du haut, qui servait à des usages divers dans la marine à voile) qui vont se révéler très utiles aux prisonniers souffrant du mal de mer. Le lendemain 20 mai, le mal de mer ne touche plus personne, et le navire vogue à la vapeur. Le 21 mai, Joannès Caton se livre à un petit calcul d'où il ressort que, compte tenu du fait qu'il y a selon lui plus de 800 personnes à bord (en réalité 759 au total), et qu'à raison de 4 kilos de déchets et matières diverses par individu, plus de 3 tonnes de déchets divers sont rejetés en mer, soit par les sabords, soit par la cheminée. Du 22 au 29, notre stéphanois signale que le commandant s'est promené sur l pont, tout comme les officiers de l'artillerie et de l'infanterie de Marine qui sont en route pour prendre leur poste en Nouvelle-Calédonie ou Tahiti, et qui voyagent avec leur famille.

La différence est tellement énorme entre l'air respiré dans les batteries et celui du pont que la simple pensée qu'il va falloir réintégrer les cages après la promenade rend malade certains déportés. Il faut aussi compter avec les discussions politiques qui éclatent parmi eux, et dont certaines provoquent parfois des incidents, ce qui n'est pas étonnant compte tenu des conditions de voyage pour les prisonniers. Et vu que le navire ne file que 6 nœuds, le voyage risque d'être long ! Certains s'imaginent même que le Calvados va rebrousser chemin une fois arrivé à Dakar. Mais le temps ne change pas, la mer est "d'huile" et l'ont peu voir des marsouins qui suivent le navire. Un déporté cependant bénéficie d'un certain traitement de faveur. En effet un dénommé Vigeant, certainement un nom d'emprunt, donne de cours d'escrime aux officiers, ce qui lui permet de bénéficier plus longtemps que les autres de l'air du pont. Il est toutefois ramené dans sa cage une fois les leçons terminées. Il commence à faire réellement chaud et le ciel est vide de nuages. On aperçoit par tribord avant une montagne élevée, d'une étendue de 7 à 8 kilomètres, et où l'on distingue des plantations de vignes et de palmiers, ce qui doit être une des îles Canaries avec le pic de Ténériffe. En fin de journée du 29 mai, le vent étant tombé, c'est le calme plat, et le 30 la ration est composée d'une sardine en tout et pur tout, ce qui provoquent des cris et des quolibets à l'adresse du commandant.

Le 1er juin, et bien qu'elle soit encore loin, les déportés pensent que la ligne de l'équateur a été passée, car ils ont entendu les marins chanter et rire pendant la nuit, et des femmes ont été aspergées. Le 4 juin la mer est houleuse avec un fort vent de nord-est, et le Calvados, penchant sur tribord, file comme une flèche, mais dans la journée le vent mollit. Dans les cabines des officiers qui se trouvent près des cages les prisonniers voient des scènes insolites : Ils voient ainsi souvent la femme du docteur X flirtant avec les jeunes officiers, ce qui laisse Joannès Caton rêveur. Le 6 juin le Sénégal est en vue et, à 11 heures, le navire mouille près de l'île de Gorée, devant Dakar. Pour notre stéphanois, tout paraît brûlé par le soleil. des pirogues tournent autour du Calvados, leurs occupants quémandant quelques sous ou biscuits. Le pont est lavé à grande eau et, bien qu'ils en souffrent, les déportés reconnaissent que c'est une mesure d'hygiène, et on patauge dans l'eau pendant toute l'opération. On embarque des bœufs et du charbon. Des achats sont autorisés, sauf pour les fruits qui sont frappés d'interdits. Les batteries sont pleines de charbon et de poussière.

Le 8 juin, à toute vapeur, le Calvados quitte Dakar, provoquant une chaleur étouffante dans les batteries. Heureusement que la mer est calme, ce qui permet l'ouverture des sabords. La batterie basse est située à cinquante centimètres à peine au dessus du niveau de l'eau. Le lendemain le vent est fort, et le navire file vite. On peut voir des poissons-volant. Le déporté Budaille est mis aux fers pour avoir protesté à propos de la nourriture. Un nommé Joseph Artaud vient de décéder, et son corps est jeté à la mer; Il avait été admis à l'infirmerie dès son arrivée à bord, bien que la commission médicale l'avait classé "apte". Cet homme était né le 27 novembre 1830 à Paris, où il demeurait. C'était un ancien sous-officier, marié, père d'un enfant, qui travaillait comme employé de commerce et qui, engagé volontaire en 1870, avait été condamné à la déportation simple suite à l'insurrection.

La vermine commence à faire son apparition, et il devient difficile de tenir le linge propre. Certains font leur vaisselle avec plus ou moins de soin; Le navire embarque de l'eau par les sabords. Les discussions politiques continuent, les bourgeois s'opposant aux ouvriers. Les matelots, pour s'assurer qu'aucune tentative d'évasion n'est en cours, donnent de violents coups de marteau sur les barreaux des cages. Des déportés chantent dans la batterie avant. Côté nourriture, le bœuf sénégalais ne paraît pas fameux, et il y a beaucoup de "rabiot" dans les plats. Comme chaque matin à 8 heures, les surveillants demandent qui veut passer la visite, et une trentaine de déportés attendent pratiquement sans surveillance. Cette situation donne des idées de soulèvement pour s'emparer du navire, mais les bavardages éventent vite ce projet. Le 15 juin, au cours de la promenade, on entend l'enseigne de vaisseau Ténard pousser des cris et appeler les surveillants. Un déporté est en effet est en train de se pendre dans la "poulaine" (les toilettes). Après avoir examiné le déporté, le major, constatant un dérèglement mental, autorise celui-ci à circuler sur le point comme les convalescents. L'infirmerie est maintenant sur ses gardes et n'accepte plus que 15 consultants à la fois. Le 18 juin, notre stéphanois Caton, faisant preuve d'astuce, se fait passer pour le "dépendu" et pense profiter de sa liberté relative pour s'évader.

Le 4 juillet, à hauteur du tropique du Capricorne, les alizés soufflent très au nord. Depuis 4 jours c'est le calme plat et le navire peine à avancer. L'équipage du navire en profite pour pêcher le requin et se baigner, protégé par des filets. A partir du 5 juillet, le navire n'avance plus qu'en louvoyant et la vitesse ne dépasse pas 4 nœuds. Le roulis est cependant effrayant, ce qui occasionne des nuits blanches. Couchés à 8 de front, les déportés s'écrasent les uns contre les autres. Il y a 30 jours que l'on a quitté le Sénégal et on est encore loin de Santa-Catarina. Le 10 juillet, on voit des cachalots qui suivent le navire et, depuis la veille, le vent souffle en tempête. Toutes les voiles sont carguées, mais on file tout de même 7 nœuds. Un humier et une goëlette sont cependant hissés afin de ne pas être entraîné vers la côte. Le 14 juillet à 2h30, on mouille l'ancre devant Santa-Catarina, mais le temps sombre empêche de voir les côtes brésiliennes. On distingue cependant un petit fort à travers la brume. Le Var, qui a fait escale quelques jours avant a connu trois évasions. Des mesures de sécurité sont donc prises et la nuit, les chaloupes tournent autour du navire pour dissuader déportés de s'évader, et parer à toute tentative. La journée, des bœufs sont embarqués et des marchands d'oranges s'approchent du bord. Le commandant fait une surprise aux prisonniers, "échangeant" les économies faites sur les biscuits contre un bateau complet du fruit, soit 1700 oranges !

Le 28 juillet, après 14 jours d'escale, le Calvados lève l'ancre, quittant Santa-Catarina à petite vitesse, à la vapeur, en suivant les indications de la sonde. Le soleil est magnifique et, à 16heures, on ne voit plus les côtes du Brésil. Le 30 juillet, un matelot est décédé et son corps est jeté à la mer, lesté d'un boulet. Le 31 juillet, le navire vogue rapidement. On commence à voir des frégates et des albatros. Le 2 août, le froid commence à se faire sentir et la vitesse diminue. Le 9 août un banc de glace est en vue. Le vent devient violent et la neige se mêle à la pluie. Des bœufs ont les pattes cassées et d'autres crèvent. Il faut les jeter par dessus bord. Le commandant ordonne un distribution de tafia mélangé au thé. Le 21 août la tempête sévissant depuis plusieurs jours semble se calmer. Le 23 août le mauvais temps est de retour, avec un ciel noir. On tire des fusées et on actionne la cloche de brume au son lugubre, tous les quarts d'heure. La distribution de tafia, interrompue depuis deux jours est reprise sur ordre du médecin, et il ne reste plus qu'un seul bœuf, les autres étant mort d'épuisement.

Le 1er septembre, alors que la tempête a repris depuis quelques jours, le Calvados se trouve à environ 800 milles marins au nord-est des îles Kerguelen, dans les mers australes, et il gèle sur le pont. Le roulis et le verglas empêchent tout déplacement et des vagues de quarante mètres (selon Joannès Caton), plus hautes que les mats déferlent sur le pont. Les déportés, malmenés depuis un mois sont à bout de forces. La nourriture est devenue immangeable et la plupart restent prostrés dans leur coin. Ceux qui essayent d'installer leur hamac sont menacés du cachot. Le 13 septembre, le Calvados navigue entre les 40ème et 50ème parallèles, très au sud de l'Australie, ayant déjà parcouru 2600 milles marins en plus de 50 jours. Le gros persistant depuis le 8 est remplacé par un calme plat. Le 18 septembre, le cap est mis sur Nouméa. Les vergues d'artimon, de cacatois et de perroquet ont été brisées. Le soir, la terre de Van Diémen en Tasmanie, est en vue. Le 24 septembre, le Calvados croise la Loire qui revient de Nouvelle-Calédonie, et dans la nuit, à 4h00, une étoile est confondue avec un phare.

Le 27 septembre 1873, alors que le navire vogue vent debout, à 13h00, une vigie signale la terre. A 19h00 le Calvados mouille entre Nouméa et l'île Nou. Le 28 à 12h00, il quitte son mouillage pour s'ancrer en rade. Le grand voyage est maintenant terminé, après 132 jours de mer, pendant lequel 800 lettres de déportés ont été expédiées.

Le retour vers la France se fera par Tahiti et le 20ème parallèle, avant de prendre la route du cap Horn, avec escale à Sainte-Hélène. Le calvados arrivera à Brest le 22 mars 1874...

Sixième convoi, 18 mai 1873 - 27 septembre 1873, par le Calvados, 132 jours au départ de l'île d'Aix.

Onzième convoi, 5 septembre 1874 - 18 janvier 1875, par le Calvados, 135 jours au départ de l'île d'Aix.

 

Les convois de déportés vers la Nouvelle-Calédonie

www.bernard-guinard.com/arcticles%20divers/.../Convois_de_deportes.h...

Au départ, la déportation des forçats s'effectuait en Guyane. ... vaisseaux et frégates sont déclassés et transformés en transport de troupes ou en transport-écuries. ... Sixième convoi, 18 mai 1873 - 27 septembre 1873, par le Calvados, 132 ...

Dossier 7 - Bateau-cage pour le transport des bagnards ...

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Il y a 1 jour - Dossier 7 - Bateau-cage pour le transport des bagnards - Actualisation 8 septembre 2014. Collection personnelle Philippe POISSON. La Loire ...

 

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