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Publié par Philippe Poisson

Gaston Monnerville veut faire de la Guyane un département comme les autres. Pour lui, le bagne est une entrave au développement du territoire.

En 1931, et sans rapport avec le bagne, un procès se déroule à Nantes. Les accusés sont des Guyanais ayant participé aux émeutes provoquées par les élections truquées de 1928. Gaston Monnerville, avocat guyanais, descendant d'esclaves martiniquais, obtient leur acquittement en mettant en évidence les abus des administrateurs coloniaux qui « martyrisent » son pays et salissent l'image de la France dans le monde. Porté par ce succès, Monnerville est élu député de la Guyane en 1932. A peine élu, il entame une recherche méthodique, tant sur le plan historique qu'administratif, juridique, social ou économique pour démontrer à ses collègues de l'Assemblée la nécessité de supprimer le bagne de Guyane. Une proposition de loi est déposée en 1933. Le 20 juin 1937, Monnerville est nommé rapporteur du projet de loi n° 2669 sur la suppression du bagne. A l'Assemblée consultative provisoire, le 31 mars 1945, il est aussi le rapporteur pour la proposition de résolution invitant le gouvernement à réformer le régime de la relégation des récidivistes. Finalement, la pression de l'opinion publique américaine et la conviction du ministère des Colonies aboutissent à l'organisation, entre 1944 et 1946 de la « liquidation » définitive du bagne. Les derniers bagnards partent en 1953.

Dès son élection, Gaston Monnerville avait exprimé sa volonté d'intégrer la Guyane à la France. Il considérait que l'oeuvre d'émancipation de Victor Schoelcher n'était qu'une première étape vers l'égalité véritable des citoyens français. Il fallait achever le processus par l'harmonisation des institutions républicaines, et parvenir ainsi à une égalité politique et législative entre la France et ses colonies.

Mais la transportation et la relégation entretenaient dans la colonie une activité commerciale importante. Aussi les Guyanais avaient-ils fini par s'accommoder du bagne, « un mal nécessaire », dont beaucoup tiraient profit. Les planteurs, les industriels de la rhumerie et quelques commerçants se prononçaient publiquement pour le maintien du bagne.

L'élection de Gaston Monnerville modifia sensiblement l'opinion guyanaise. Il considérait que la suppression du bagne était indispensable au maintien du prestige de la France et à l'évolution économique et sociale de la colonie. Il multiplia les conférences pour démontrer à l'opinion publique française le caractère périmé, inefficace et inhumain du système pénitentiaire. Il allait jusqu'à qualifier le bagne de « sentine » créant « une nouvelle forme d'esclavage d'État ». Mais, outre le lobby des négociants et des industriels, l'Administration pénitentiaire elle-même, véritable enclave dans la colonie, ne cachait pas son hostilité au député de la Guyane, en manifestant une certaine désinvolture dans la transmission des notes réclamées par Gaston Monnerville ou en faisant de la rétention d'information devant les commissions dépêchées sur les lieux par l'Assemblée. Devant l'inévitable suppression du bagne, les socioprofessionnels guyanais demandèrent au gouvernement de prendre des mesures pour la réaliser par étapes et pour assurer le remplacement de la main-d'oeuvre pénale par l'immigration d'une population nouvelle : il fallait préserver le pouvoir de consommation de la colonie et maintenir l'équilibre de la balance commerciale dans l'État. Si le bagne fut supprimé en grande partie grâce aux efforts soutenus de Gaston Monnerville, celui-ci dut renoncer à son siège de député.

Rodolphe Alexandre, historien, président du conseil régional de la Guyane, ancien maire de Cayenne

Monnerville : une question coloniale

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