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Publié par Philippe Poisson

Les grilles d'entrée du camp d'extermination d'Auschwitz, où des millions de juifs ont péri. © AP/SIPA

Les grilles d'entrée du camp d'extermination d'Auschwitz, où des millions de juifs ont péri. © AP/SIPA

Le parquet de Hanovre a accusé un ancien officier SS d'Auschwitz de 93 ans de "complicité de meurtre dans au moins 300 000 cas".

La justice n'attend pas, enfin... presque. Le parquet de Hanovre a mis en accusation cette semaine un ancien gardien du camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau. Oskar Groening, qui est aujourd'hui âgé de 93 ans, est soupçonné de "complicité de meurtre dans au moins 300 000 cas", le nombre estimé de personnes qui seraient mortes dans les chambres à gaz entre le 16 mai et le 11 juillet 1944.

L'ancien officier nazi est l'un des rares Allemands qui reconnaissent avoir été présents dans le camp polonais. Son avant-bras gauche porte encore trace de son groupe sanguin, que se faisaient tatouer tous les membres des SS. Mais si cet amateur d'oiseaux avoue n'avoir jamais rien ressenti quand il voyait les files de juifs marcher vers les chambres à gaz, il nie avoir eu un lien direct dans leur disparition. Ce "comptable de la terreur", comme le décrit un journaliste de l'hebdomadaire Spiegel qui l'a longuement rencontré en 2005, avait pour mission de récolter et de renvoyer à Berlin l'argent liquide qui avait été pris aux prisonniers avant leur extermination.

Course contre la montre

Aujourd'hui retraité en Basse-Saxe, il arrive plutôt bien à dormir la nuit et raconte sa vie à Auschwitz, qui ressemblait à "une petite ville", avec son "magasin de légumes dans lequel on pouvait acheter des os pour faire de la soupe". Oskar Groening ne se décrit pas comme un SS assoiffé de sang, contrairement à certains autres militaires, capables de frapper "la tête d'un bébé contre le flanc d'acier d'un camion jusqu'à ce que le silence se fasse", comme il l'a raconté au Spiegel. La cour de Hanovre estime, elle, que cet ancien sergent peut être accusé d'avoir "aidé le régime nazi économiquement et soutenu les massacres systématiques". Le tribunal de Lüneburg doit désormais décider si elle doit entamer un procès. Mais le temps presse...

Le centre Simon-Wiesenthal, qui traque les nazis pour les amener devant la justice, estimait l'an dernier qu'à peine 2 % des 6 000 personnes qui ont travaillé comme gardiens dans les camps ou dans les unités mobiles d'extermination (Einsatzgruppen) étaient encore en vie. Et, sur ces 120 criminels de guerre, à peine la moitié d'entre eux peuvent être poursuivis, les autres étant trop malades pour supporter un procès. C'est donc à une véritable course contre la montre que se livre la justice actuellement.

Condamnations facilitées

En juillet, un Américain de 89 ans né en Tchécoslovaquie, Johann Breyer, est mort quelques heures à peine avant qu'une cour de justice américaine n'annonce son extradition en Allemagne. Les juges outre-Rhin semblent bien décidés à rattraper le temps perdu pour traîner les criminels nazis devant les tribunaux.

>> Lire aussi Un Américain soupçonné d'avoir été garde à Auschwitz meurt avant son extradition

Même s'ils sont imprescriptibles en République fédérale, les crimes contre l'humanité ne sont avérés que si des preuves irréfutables sont présentées aux magistrats. Mais le procès de John Demjanjuk en 2011 a changé tout cela en créant un précédent. Cet ancien garde du camp de Sobibor en Pologne a en effet été condamné à cinq ans de prison pour complicité dans l'extermination de plus de 28 000 juifs, alors que sa participation aux meurtres n'avait pas été prouvée. Cette décision a accéléré les procédures contre les autres criminels de guerre présumés. Mieux vaut tard...

Allemagne : un nazi complice d'au moins 300 000 meurtres

 

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