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Publié par Philippe Poisson

Eté 44 : l'insurrection des policiers de Paris

03/10/2014 - Le 19 août 1944, les policiers parisiens en grève s'emparent de la préfecture de police et en soutiennent le siège alors que la capitale est solidement tenue par les Allemands. Débordant les gaullistes et prenant de court les communistes, ils déclenchent ainsi l'insurrection qui s'étendra à toute la ville jusqu'à l'arrivée des Alliés. Combats sur les barricades, mission d'approvisionnement en armes, protection de la population, arrestations, déminage : c'est en civil et aux côtés des FFI que les policiers parisiens déploient leur savoir-faire. Paradoxe ? Ces hommes n'ont-ils pas été les serviteurs zélés de Vichy et des occupants pendant quatre ans, réprimant la Résistance et participant activement aux persécutions antisémites ?

Pour la première fois, grâce à une analyse exhaustive des parcours individuels des 152 policiers morts lors des combats, l'auteur dresse le portrait sociologique et politique de ces représentants de l'ordre ralliés à la Résistance dans des mouvements comme Honneur de la police ou Police et Patrie. Cet ouvrage situé à la confluence de l'anthropologie et de l'histoire nous entraîne dans un récit haletant tout en proposant une analyse riche et nuancée des événements qui ont précipité la Libération de la capitale.

Christian Chevandier est professeur d'histoire contemporaine à l'université du Havre. Spécialiste de l'histoire du travail, il a notamment publié La Fabrique d'une génération. Georges Valero, postier militant et écrivain (2009) et Policiers dans la ville. Une histoire des gardiens de la paix (2012).

 

  • Les courts extraits de livres : 03/10/2014

 

Extrait de l'introduction - Sollicité quatre mois plus tôt par son ami Albert Camus pour participer au journal Combat au sortir de la clandestinité, Jean-Paul Sartre publie du 28 août au 4 septembre 1944 une série de reportages intitulée «Un promeneur dans Paris insurgé». Dans ces textes, il est à quatre reprises explicitement question des policiers. Avant même le soulèvement, certains d'entre eux ont «déchiré, au commissariat, la photo du Maréchal». Le dimanche 20, dans l'après-midi, «un policier français debout au milieu d'Allemands sans armes» passe dans une voiture qui annonce la trêve. «Une vedette de la police» vient repêcher un soldat allemand qui s'est jeté dans la Seine lorsque son véhicule a été attaqué par des résistants :

«Il ira rejoindre ses camarades au dépôt.»

Il est aussi fait mention d'un coup de téléphone à la préfecture de police :

«"Allô, comment ça va là-bas ? C'est un Parisien qui voudrait savoir." Une voix ferme répond : "On tient." "On disait qu'ils avaient repris la préfecture ?" Un éclat de rire au bout du fil.»

De nombreux autres policiers font irruption dans ces pages, mais Sartre ne les identifie pas car ils ne sont pas en uniforme. Ce sont ces «hommes portant le brassard de la Résistance qui barrent l'accès aux passants» au moment de l'attaque d'un véhicule allemand près de Saint-Michel ou ces insurgés dans «des voitures FFI [qui] sortent à toute vitesse du Palais de justice». C'est peut-être aussi, à quelques pas de la préfecture de police assiégée ce «grand gaillard paisible qui s'adosse à une porte et tient une bouteille d'essence, une grenade et un fusil, [...] un preneur de tank». Ce qui semble surtout manquer, sous la plume du philosophe-témoin, c'est la surprise. Comme s'il n'y avait rien de singulier à ce que les premiers insurgés qui investissent dans Paris un édifice officiel soient des policiers, puis qu'ils tiennent leur siège une semaine face aux assauts des Allemands. Comme s'il était normal qu'un préfet de police soit arrêté par ses subordonnés et que des agents acclament un communiste, le chef militaire de l'insurrection, dans la cour de la préfecture de police. Le fait que Sartre ne soit pas étonné est en lui-même significatif de l'importance du phénomène. À Paris, la ville de toutes les révolutions depuis la fin du XVIIIe siècle, la police restait au mieux discrète lors des soubresauts de l'histoire, lorsqu'elle n'affrontait pas les révoltés. À l'été 1944, les agents donnent le signal du soulèvement, surprenant les gaullistes et devançant les communistes. Et ils en payent le prix fort : un FFI tué sur six ou sept est un policier, plus de 150 d'entre eux meurent en se battant pour la libération de la ville. Des barricades du bas du Quartier latin, près de l'église Saint-Julien-le-Pauvre, sont tenues par des corps francs de gardiens de la paix et c'est avec les bouteilles de la cave du préfet de police que sont confectionnés, à Paris, les premiers cocktails Molotov.

Auteur : Christian Chevandier

Date de saisie : 03/10/2014

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Vendémiaire, Paris, France

Collection : Révolutions

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