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Publié par Philippe Poisson

Presses du Midi
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Le vent de la réformite aigüe souffle en rafales dans les administrations françaises. Ce blizzard ou sirocco selon les jours n’épargne pas les services de police. Ainsi à Avignon, le commissaire central Belgrand, qui se languit de Marseille où il se rend le plus souvent possible, voit débarquer non sans une certaine appréhension un nouveau directeur départemental, Ovide, qu’il eu comme condisciple à l’école de police. Ovide, comme le poète latin, mais à la différence de celui-ci qui écrivit « L’art d’aimer », le nouveau directeur serait plutôt l’auteur de « L’art de se faire haïr ». Ovide, accompagné de deux adjoints à ses bottes, qu’il entend caser aux commandes des services en remplacement de l’équipe actuelle, ne ménage ni rebuffades, ni brimades, ni reproches injustifiés, ni mauvaise foi, ni harcèlement moral. Un adepte du caillassage verbal. Belgrand se moque bien d’être relégué dans un placard, étant proche de la retraite, mais il n’accepte pas que ses collègues dévalorisés subissent les accès d’humeur despotiques d’un supérieur imbu de sa personne et ne connaissant rien à la réalité du terrain. Forcément il a effectué toute sa carrière dans un bureau à pondre des notes de service, à imaginer des réformes, sans passer par la case service actif. Pour occuper ses journées, Belgrand écrit sur son ordinateur un roman…policier dans lequel il décrit l’assassinat de son supérieur, utilisant comme arme du crime le péché mignon d’Ovide, des Papalines, une confiserie chocolatée, spécialité d’Avignon. Certains de ses collègues sont au courant de son projet mais il leur demande de respecter le secret.

Alors qu’il ne reste plus à Belgrand que dix jours de travail, ou de présence, Ovide décède, dans les conditions décrites par Belgrand dans son récit. Une véritable catastrophe pour le commissaire qui est aussitôt soupçonné de s’être débarrassé d’un personnage détesté de tous.

Sur fond de réformes, de guerre des polices, de conflits avec la hiérarchie ou entre police et justice, de harcèlement qui n’est pas l’apanage des administrations, Jean-Claude Beltramo, lui-même ex commissaire divisionnaire de police nous plonge avec humour dans les arcanes des instances policières. Ancien de la maison comme on dit, il connait bien le milieu qu’il décrit sans complaisance mais avec légèreté, usant pour mieux nous faire partager le quotidien des forces de l’ordre, jeux de mots, d’esprit, ironie, plaisanterie bon enfant. Si la première partie est plutôt bon enfant, guillerette, la seconde est plus grave malgré toujours une vivacité de ton. Et si l’épilogue se révèle être celui auquel le lecteur est en droit de s’attendre, c’est la joute verbale entre Belgrand et le substitut du procureur qui retient l’attention. La hargne démontrée par ce substitut n’étonnera personne, de même que ses conclusions hâtives et erronées qui se traduisent par des bavures judiciaires. Mais tous ceux qui suivent de près ou de loin l’attitude de ces magistrats lors de procès célèbres, sont habitués à leurs effets de manche, leur carence lors de recherches de preuves, négligeant bien des points lors de l’instruction des dossiers et se fondant uniquement sur des convictions personnelles. Quand aux réformes menées tambour battant, comme nous y sommes habituées depuis quelques temps, c’est oublier un peu vite cet adage : « travail bien préparé est à moitié effectué ».

  • Jean-Claude BELTRAMO : Le commissaire aimait trop les ...

     

    En savoir plus sur Jean-Claude Beltramo :

    Ancien commissaire de police, Jean-Claude Beltramo a d’abord fait part de son vécu dans des romans criants de vérité comme « le commissaire aimait trop les papalines » ou «Autopsie d’une tuerie ». Par la suite il a exploré d’autres domaines comme celui de l’humour via « Le traméditerranéen » et celui des romans classiques avec « coup de foudre et rififi à la fête du livre » né de son expérience personnel en tant qu’auteur.

     

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