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Publié par Philippe Poisson

Un dortoir à Jommelières. Dessin iconothèque SHAP

Un dortoir à Jommelières. Dessin iconothèque SHAP

Ce n’est pas un sujet tabou ou interdit, il serait exagéré de l’affirmer. Pourtant, la colonie pénitentiaire d’enfants de Jommelières (ou Jomelières), à Javerlhac, fin du 19e siècle, mériterait largement d’être mieux connue.

Or, elle est peut-être en train d’être redécouverte grâce à Corinne Faye aux Archives départementales – ce sanctuaire de la mémoire locale – et éventuellement à des relais comme Rosemarie Oster-Grellety, présidente de la Ligue des droits de l’Homme en Dordogne et le cinéaste-romancier girondin Pierre Bru.

Une des raisons de cette éventualité de retrouvailles avec l’Histoire est que des conditions paraissent réunies pour que soit rompu un silence de presque un siècle et demi. Comme si allaient causer les graffiti qu’on déchiffre sur les anciens murs en ruines du centre.

 

L’instruction plutôt que la prison

Qu’était Sommelières? Ainsi que cela a été exposé récemment à la Société historique et archéologique (SHAP), vers 1870, l’industriel Louis-Victor-Auguste Masse achète en Périgord vert un domaine précédemment voué à la fonderie, pour y créer un centre d’éducation surveillée.

Ancien premier magistrat de Javerlhac, il veut combattre la délinquance par l’instruction, une belle idée républicaine. En 1876, le sous-préfet de Nontron est informé d’un projet concernant une cinquantaine de jeunes.

En 1876, trois bâtiments sont érigés, avec des cellules pour les petits délinquants. Les « pensionnaires », de 14 à 19 ans, ne sont ni des bandits ni des assassins mais des jeunes ayant fait des bêtises (vols, fugues…) ou bien lâchement accusés d’en avoir commis, par des familles voulant s’en débarrasser.

Une vie chronométrée

Leur vie obéit à des règles strictement chronométrées : lever à 5 heures ; cours de 6 à 8 heures ; déjeuner à 8 heures ; coucher à 21 h 30 ; soit, dans la journée, huit heures de travail et cinq d’études.

La propreté personnelle est très surveillée, des tenues spéciales échoient à ceux qui commettent une incartade, alors que des bons points récompensent ceux qui s’amendent. Un inspecteur scrute régulièrement les comportements.

Ces jeunes sont, pour certains, placés chez des paysans du coin. D’autres, atteignant l’âge requis, s’engagent dans l’armée. D’une façon générale, la commune de Javerlhac est plutôt fière de la communauté de Jommelières, et elle la fait participer à diverses manifestations publiques.

Noyades et révoltes

Le côté noir, en revanche, ce sont des évasions mortelles dont celle d’un jeune de 17 ans qui se noie sur la cinquantaine de ceux qui traversent à la nage le Bandiat  coulant au-delà d’un champ. Ce sont également de dures révoltes avec bris de matériel, conclues de lourdes punitions.

Le centre est revendu en 1890 et des travaux d’amélioration de son atelier manuel n’amènent qu’un trop bref regain. Ensuite, une grande inspection par le préfet le 20 décembre 1898 va donner le coup de grâce à ce centre, dont la vie s’achève avec le siècle.

L’évocation de Jommelières à la SHAP a notamment permis de reparler du centre de La Rousselière, créé dans les années 1950 à Rudeau-Ladosse. Et aussi  de l’établissement pénitentiaire de Neuvic, lui aussi pour partie géré par le privé. Preuve que Jommelières interpelle toujours le présent…

Alain Bernard

06 03 56 37 88

vendredi 9 mai 2014

 

U

 

 

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