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Publié par Philippe Poisson

Le festin des loups : collabos, profiteurs et opportunistes pendant l'Occupation

22/02/2014 - Pour certains Français, la défaite de juin 1940 et la fin de la République furent une «divine surprise». Poussés sur le chemin de la compromission avec l'occupant par des motivations aussi diverses que la conviction politique ou le simple opportunisme, des hommes et des femmes ont écrit l'une des pages les plus honteuses et controversées de notre histoire.

Parmi eux, Jacques Doriot, un ancien communiste qui combattit sous l'uniforme allemand ; Jean de Mayol de Lupé, un évêque royaliste, qui concluait ses prêches par un vibrant «Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Heil Hitler !» ; Marcel Petiot, un médecin psychopathe pseudo-résistant profitant de la détresse des Juifs pour les faire disparaître ; Abel Bonnard, un homosexuel notoire, devenu ministre de l'Éducation de Vichy...

Chacun à leur manière et à des degrés divers, ils ont profité du chaos né de la guerre et, en faisant le pari de la collaboration, laissé libre cours à leurs ambitions personnelles et spéculatrices.

À travers ces quatorze portraits au scalpel, David Alliot revisite ces années sombres, qui ne l'ont pas été pour tous.

Spécialiste de Louis-Ferdinand Céline, David Alliot a consacré plusieurs ouvrages à l'auteur de Voyage au bout de la nuit, figure emblématique de ces années noires.

 

Extrait de l'introduction

«À MORT LA GUEUSE !»
BORDEAUX, 15-16-17 JUIN 1940

Un déluge de feu, un cataclysme militaire. Après avoir écrasé la Pologne en trois semaines, envahi le Danemark et la Norvège dans la foulée, c'est au tour de la Belgique, des Pays-Bas, du Luxembourg et de la France de connaître la foudre de la Wehrmacht et de la Luftwaffe combinées. Le 16 mai 1940, après neuf mois d'une «drôle de guerre» aussi étrange qu'inédite, les blindés de Guderian déferlent sur une Europe occidentale qui se croyait bien à l'abri derrière ses déclarations de neutralité et sa ligne Maginot. En vain. L'armée française, considérée comme la plus puissante de son temps, est balayée en quelques jours. Après de violents combats, c'est la débâcle. Dépassée par la puissance de feu allemande, l'armée française est en pleine déroute. L'avancée des troupes ennemies est tout simplement stupéfiante. Des millions de civils sont jetés sur les routes, dans la plus totale confusion.

Témoin du désastre, Louis-Ferdinand Céline raconte cette apocalypse :

«J'ai vu des tanks de 40 tonnes bousculer nos orphelins, nous bazarder dans les colzas pour foncer plus vite au couvert, la foire au cul, orageante ferraille à panique. Charge aux pantoufles ! La tripotée 71 suivie de quarante ans de honte fut un fait d'armes munificient à côté de la dernière voltige. C'est pas des choses qui s'inventent. C'est pas de la vilaine perfidie. On était quinze millions pour voir. Y avait plus besoin de Paris-Soir. Il était déjà en Espagne, lui, qui prétendait tout le contraire ! Il nous avait abandonnés !... Que c'était tout cuit pour Berlin ! Quelle déconvenue ! [...] Elle coûtait cher l'Armée Française, 400 milliards pour se sauver, huit mois de belotes, un mois de déroute... Des impôts en n'en plus finir... Ils ont eu raison les civils de se tailler par tous les moyens. Ils ne voulaient pas mourir non plus. Ils avaient rien à faire en ligne qu'à encombrer les batailles, si bataille il y avait eu... C'était aux militaires d'y être, de ralentir l'envahisseur, de rester mourir là, sur place, la poitrine cambrée face aux Huns, et pas le derrière en escampette. S'ils avaient été moins vite, y aurait eu moins d'embouteillage. On peut comprendre ces choses-là sans passer par l'École de Guerre. L'Armée qui fuit c'est pas convenable, ça propage des vents de panique. De Meuse à Loire c'était qu'un pouet, une foire unanime. Qui qu'a fait la plus grosse diarrhée ? les civils ou les militaires ? C'est pas une raison de pavoiser, d'afficher des souverains mépris, Scipion merde-au-cul-s'en-va-juge ? C'est tout le monde qu'a été malade, malade de bidon, de la jactance, malade de la peur de mourir. Les partout monuments aux morts on fait beaucoup de tort à la guerre. Tout un pays devenu cabot, jocrisses-paysans, tartufes-tanks, qui voulait pas mourir en scène. Au flan oui ! pour reluire ? présent ! Exécuter ?... ! Maldonne !... Toutes les danseuses qui ratent leurs danses prétendent que c'est leur tutu. Tous les militaires qui flageolent gueulent partout qu'ils sont trop trahis. C'est le coeur qui trahit là de même, c'est jamais que lui qui trahit l'homme. Ils voulaient bien tous jouer la pièce, passer sous les Arcs de Brandebourg, se faire porter dans les Triomphes, couper les bacchantes du vilain, mais pas crever pour la Nation. Ils la connaissent bien la Nation. C'est tout du fumier et consorts. C'est tout des ennemis personnels ! Pardon alors et l'après-guerre ? Qui va en jouir si ce n'est pas nous ? Les canailles démerdes ! Y a que les cons qui clabent ! L'après guerre c'est le moment le meilleur ! Tout le monde veut en être ! Personne veut du sacrifice. Tout le monde veut du bénéfice.»

Auteur : David Alliot

Date de saisie : 19/11/2014

Genre : Histoire

Editeur : La librairie Vuibert, Paris

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