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Publié par Philippe Poisson

Carte figurant l’emplacement de certains bagnes de Guyane © Hélène Ferrarini / GUYAWEB
Carte figurant l’emplacement de certains bagnes de Guyane © Hélène Ferrarini / GUYAWEB

Carte figurant l’emplacement de certains bagnes de Guyane © Hélène Ferrarini / GUYAWEB

Où étaient les bagnes ? Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Quelles étaient leurs particularités ? Guyaweb a dressé une carte, non exhaustive, des nombreux bagnes de Guyane.

Car, si l’on pense aux Iles du Salut et au Camp de la Transportation à St-Laurent-du-Maroni, le bagne a essaimé des camps et des pénitenciers un peu partout en Guyane, pendant son siècle d’existence de 1852 à 1946.

De certains camps, il ne reste presque rien si ce n’est les archives qui permettent aux chercheurs d’en connaître l’histoire, pour d’autres d’importants vestiges sont encore debout, plus ou moins bien entretenus, d’autres encore ont disparu sous l’eau…

1. Cayenne

L’Administration pénitentiaire installe ses locaux à la pointe Buzaré. Il est souvent considéré comme le bagne le moins pénible de Guyane car beaucoup de bagnards y travaillent comme domestiques auprès de l’administration, des commerçants et de la bourgeoisie cayennaise. Pourtant les bagnards de Cayenne ont aussi mené de lourds travaux d’assainissement.

Ouvert de 1852 à 1946.
Il reste encore Pointe Buzaré quelques bâtiments construits par l’Administration pénitentiaire.

2. Ilet la Mère

Des bagnards y sont envoyés dès les premières années du bagne en Guyane.
Puis, cet îlot au large de Cayenne accueille les bagnards convalescents. Il y reste de nombreux vestiges du passage des forçats. Plusieurs prestateurs touristiques y mènent les visiteurs en pirogue de mer.

La première vague des camps de l’Est

3. Montagne d’Argent

Ouvert dès 1852, il fait partie de ces camps fondés dans les années 1850, qui ferment leurs portes avant la fin du XIXème siècle. L’Administration pénitentiaire choisit alors de concentrer les bagnes dans l’Ouest de la Guyane, autour de St-Laurent-du-Maroni.

Il y reste de nombreux vestiges, envahis par la végétation.

Situé sur la commune de Ouanary, le site est très isolé et difficile d’accès. On s’y rend en pirogue de mer.

4. St-Georges

Le camp de St-Georges connaît la même trajectoire que celui de la Montagne d’Argent : ouvert en 1854, il ferme dix ans plus tard. Il comptait une distillerie, produisant 4000 litres de tafia par mois.

Il reste aujourd’hui quelques rares fondations dans le bourg.

5. Ste-Marie

De ce camp qui se trouvait sur l’emplacement actuel du village de Cacao, il ne reste aujourd’hui plus rien. On sait qu’il accueillait des femmes bagnardes.

6. St-Augustin

Ce camp des débuts du bagne compte encore des vestiges perdus dans la végétation.

Des prestateurs touristiques de Cacao (Le Planeur Bleu, Quimbé Kio) organiseraient des sorties à la demande.

Bagne des Annamites

7. Crique Anguille

C’est le bagne des Annamites. En tout cas, c’est celui que l’on appelle communément ainsi, en faisant référence aux condamnés politiques indochinois qui y furent envoyés. Mais ce n’est pas le seul camp des Annamites, car deux autres pénitenciers furent attribués à ces condamnés d’une lointaine colonie française alors en lutte pour l’indépendance.

Il y reste de nombreux vestiges : cellules, latrines, four, cheminée, tronçons de voie ferrée allant jusqu’à la crique Anguille, dont il porte officiellement le nom. C’était la voie d’accès au bagne à l’époque de son fonctionnement. Aujourd’hui, on s’y rend plutôt par la route. Situé sur la commune de Montsinéry-Tonnegrande, il fait l’objet de projets de réhabilitation.

8. Les Iles du Salut

Peut-être le plus connu, en tout cas le plus visité bagne de Guyane. C’est là que furent envoyés les tous premiers bagnards en 1852.

Les Iles sont au nombre de trois :

・ la plus importante l’Ile Royale fut investi dès le début par le bagne,

・ l’Ile St-Joseph ne compta dans un premier temps qu’une prison, puis des cellules y furent construites à la fin du XIXème siècle,

・ la plus petite, mais peut-être la plus connue en raison de Dreyfus, est l’Ile du Diable, qui n’accueillait que quelques condamnés politiques. Elle ne se visite pas.

Ouvert de 1852 à 1945.

Les installations du bagne y sont très nombreuses et en cours de rénovation.

Voir notre article de demain sur la mise en valeur touristique du bagne.

9. Kourou

En face des Iles du Salut, le pénitencier de Kourou est installé sur la pointe des Roches, sur l’actuel emplacement de l’Hôtel des Roches. Le bagne de Kourou est destiné à la production agricole, avec la production d’huile de coco et une porcherie. Des camps forestiers sont installés aux alentours, Pariacabo, Léandre, les Trois Carbets…
Ouvert de 1952 à 1945.

Reste la “Tour Dreyfus” qui servait à communiquer avec les Iles du Salut, les ruines du four du bagne…

L’Ouest : les camps se multiplient autour de St-Laurent-du-Maroni

On compte une quinzaine de lieux de bagnes dans l’Ouest, nous n’en présentons pas la totalité.

10. Les Hattes

On y élève des boeufs dans les années 1860. Le camp est ensuite abandonné avant d’accueillir les malades incurables à partir de 1910.

Aujourd’hui sur la commune de Awala-Yalimapo, à la pointe des Hattes, il reste des ruines de bâtiments en briques.

11. Coswine

Un des camps forestiers de l’Ouest, il a été fondé pour exploiter du balada, une gomme-résine fournie par un arbre. L’exploitation bat son plein pendant quinze ans jusqu’à ce que les réserves de balata soient épuisées. On tente alors, comme c’est généralement le cas dans les camps forestiers de l’Ouest, une mise en valeur agricole après l’épuisement des ressources forestières.

Il reste des sous-bassements des logements de gardiens.

“Le camp de la mort”

12. Charvein

Le “camp de la mort”, “le camp des “Inco” : Charvein est resté dans la mémoire du bagne comme le pire des camps. Mais il est toujours simpliste d’associer une fonction unique à un camp. Charvein est d’abord un camp forestier, avec une scierie où une importante exploitation de bois est menée. Puis à partir de 1895, il devient le camp des “incorrigibles” où l’on envoie les forçats les plus insoumis. Cela cesse après 1925 et l’on y tente une mise en valeur agricole.

13. Godebert

Le camp est créé en 1909 pour finaliser la voie ferrée reliant St-Laurent-du-Maroni à Charvein.

A partir de 1918, une concession est donnée à un exploitant forestier privé, la Société forestière de la Guyane française. C’est la seule entreprise forestière privée sur le territoire de l’Administration pénitentiaire, qui lui confie officiellement deux cents bagnards pour exploiter à peu de frais la zone.

14. St-Laurent-du-Maroni

C’est la capitale du bagne. C’est là que les bagnards arrivent en bâteau, avant d’être répartis dans les différents camps de la colonie.

St-Laurent-du-Maroni dispose donc d’un riche patrimoine lié à l’histoire du bagne, avec tout un quartier et le vaste Camp de la Transportation.

Ouvert de 1858 à 1945.

Voir notre article de demain sur la mise en valeur touristique du bagne.

15. St-Louis

A ne pas confondre avec l’Ilot St Louis qui se proximité mais sur le fleuve Maroni. Sur l’îlot, des bagnards atteints de la lèpre furent parqués à partir de 1895.
Au pénitencier St-Louis sur la rive, un cimetière de bagnards a été mis à jour en 2008 par des archéologues lors de fouilles préventives.

16. St-Jean

En 1887, la loi sur la relégation est votée : les récidivistes, même pour de petits délits, peuvent être condamnés à la relégation, c’est-à-dire l’envoi dans des colonies pénitentiaies. C’est à St-Jean que les relégués sont regroupés.
Aujourd’hui, les bâtiments du Camp de la Rélégation sont occupés par l’armée, mais l’association Meki Wi Libi Na Wan y organise des visites quotidiennes. Les lieux sont restés en bon état.
Voir notre article de demain sur la mise en valeur touristique du bagne.

17. Camp des Malgaches

Des condamnés malgaches y sont envoyés pour construire des canaux afin d’assainir St-Laurent-Du-Maroni et ses alentours, en proie aux fièvres. Si des Malgaches y travaillent effectivement les premières années, ils sont ensuite rejoint par d’autres condamnés coloniaux, puis européens. Après les travaux d’assainissement, le camp devient un chantier forestier.
Il y reste un petit réseau de voies ferrées.

18. Sparouine

Ce camp ne reste ouvert que deux ans tellement les fièvres y déciment surveillants et bagnards, de 1866 à 1868. 

19. La Forestière

Sur la commune d’Apatou, le Camp de la Forestière est un des trois camps dit “des Annamites”, car ils accueillaient des condamnés politiques indochinois. D’ailleurs, en 2011, pour les 80 ans de ce bagne une plaque commémorative y a été installée : “les gens du Vietnam sont éternellement reconnaissants pour les héros anonymes, luttant pour l’indépendance de la Patrie, exilés à perpétuité et ayant perdu âme et corps en cette terre”.
Ouvert de 1931-1935.

Il y reste de nombreux vestiges, notamment des piliers en briques. 

Englouti par l’eau

20. Saut-Tigre
C’est le troisième camp des Annamites, où des condamnés indochinois furent envoyés. Avec le barrage de Petit-Saut, les ruines sont désormais sous l’eau.
Ouvert de 1931-1938.

Informations recueillies auprès de :

-la DAC (Direction des Affaires culturelles),
-d’Arnauld Heuret qui mène un travail de recherche sur les Camps de l’Ouest guyanais, co-financé par la DAC et le Service du Patrimoine de St-Laurent-du-Maroni,
-du Service patrimoine de St-Laurent-du-Maroni,
-de l’association Meki Wi Libi Na Wan qui s’occupe du Camp de la Relégation à St-Jean-du-Maroni,
-du livre Bagnards de Marion Godfroy.

 

 

 | Par : Helene Ferrarini

Les bagnes de Guyane, plus nombreux qu'il n'y paraît | Site ...

 

Une maison construite par l’Administration pénitentiaire rue Pasteur à Cayenne © Hélène Ferrarini

Une maison construite par l’Administration pénitentiaire rue Pasteur à Cayenne © Hélène Ferrarini

Panneau commémoratif en souvenir des déportés vietnamiens © Michelle Hamblin

Panneau commémoratif en souvenir des déportés vietnamiens © Michelle Hamblin

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