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Publié par Philippe Poisson

Bernard Blier, un homme façon puzzle
Bernard Blier, un homme façon puzzle

25/04/2014 - Enfin une bio sur Blier ! Et pas du petit bois au rabais !» - Le Point

Bernard Blier, c'est une voix, des répliques cultes, une «gueule» qui appartiennent à notre mémoire collective. En 180 films et plus de 30 pièces, sa carrière déroule l'un des plus beaux génériques du cinéma français, de Quai des Orfèvres à Buffet froid en passant par les irrésistibles Tontons flingueurs.

Avec cette biographie menée comme une enquête - la seule complète consacrée à ce comédien toujours aussi populaire 25 ans après sa mort, en 1989 - Jean-Philippe Guerand, journaliste et spécialiste de cinéma, nous entraîne à la rencontre d'une personnalité hors du commun. Blagueur impénitent au caractère intransigeant et parfois injuste, capable de colères homériques mais aussi tendre et généreux, amoureux de la bonne chère autant que de la montagne et des livres, ce fou de comédie formé à l'école Jouvet (il était son élève préféré au Conservatoire) plaçait l'amitié plus haut que tout avec ses compères François Périer, Gérard Philipe, Jean Gabin, Jean Carmet...

En leur compagnie et celle de ses proches (notamment son fils, le cinéaste Bertrand Blier), on approche la vérité d'un homme qui a vécu comme il jouait : sans jamais se prendre au sérieux, avec pour maxime cette sage devise signée Michel Audiard, l'indéfectible complice de ses meilleurs dialogues : «J'parle pas aux cons, ça les instruit».

 

25/04/2014 - Extrait du prologue - Initiales BB

C'était en novembre 1985, aux Rencontres du cinéma méditerranéen de Montpellier, un festival de passionnés où les organisateurs et les invités se retrouvaient à l'issue des projections afin d'échanger leurs impressions autour de tablées festives. Jeune journaliste au magazine Première, j'ai eu la chance d'y faire la connaissance d'un monsieur rond et affable qui m'avait beaucoup fait rire, étant petit, dans les films que j'allais voir avec mes parents. Particulièrement en verve, Bernard Blier échangeait des jeux de mots vaseux avec le critique Claude Beylie, l'un s'esclaffant : «Alain Belon a joué dans Rocco et ses praires», l'autre enchaînant du tac au tac «... mais pas dans Huître et demi !» Et les deux larrons de pouffer sous les regards interloqués de leurs compagnons de table. Le comédien avait la réputation de pouvoir se montrer cassant et impitoyable. Personnellement, il ne m'a témoigné que disponibilité et générosité quand je l'ai interviewé pour la première fois sur un banc de la place de la Comédie en lui demandant de répondre au fameux questionnaire de Proust.

De cette confession raisonnée, on retiendra quelques poussières de vérité qui aident à dessiner le portrait d'un homme...

«Quel est pour vous le comble de la misère ?
La solitude morale.

Quel est votre rêve de bonheur ?
Que ça dure...

Quel est le principal trait de votre caractère ?
L'inquiétude permanente.

Quel est votre principal défaut ?
Je suis souvent, ou plutôt j'étais, trop impulsif.

Quelle qualité préférez-vous chez l'homme ?
La franchise.

Quelle qualité préférez-vous chez la femme ?
La franchise contrôlée.

Pour quelles fautes avez-vous le plus d'indulgence ?
Aucune.

Qui auriez-vous aimé être ?
Un auteur... de préférence de théâtre.

Quels sont vos héros et héroïnes de cinéma ou de littérature préférés ?
Philaminte, Henriette des Femmes savantes, le hussard sur le toit, Anna Karénine.

Et de la vie réelle ?
Dom Pérignon, Madame Tatin.

Quel est votre metteur en scène préféré ?
Bertrand Blier, Monicelli, Scola.

Quels sont vos acteurs et actrices préférés ?
L'abbé Maillet, Paul-Émile Victor, Madeleine Renaud.

Que détestez-vous par-dessus tout ?
La politique.

Comment aimeriez-vous mourir ?
En dormant et le matin, après une bonne nuit.»

Quelques mois plus tard, à l'approche de l'été 1986, nous nous sommes retrouvés chez lui, à Neuilly, en compagnie de Marc Esposito, pour un long entretien réalisé à l'occasion de son demi-siècle de cinéma. Là, film après film, Bernard Blier s'est raconté. De temps à autre, mine de rien, il tentait d'esquiver tel ou tel titre en prétendant ne l'avoir jamais tourné. Nous lui présentions alors une photo de lui dans ledit film. Il la contemplait avec suspicion, comme un automobiliste confronté au cliché du radar qui l'a pris en flagrant délit d'excès de vitesse. Puis éludait en hochant la tête et passait à la suite... vérifiant cet adage de Michel Audiard selon lequel «le bon acteur a le sens du rapport juste entre les mots et les situations».

 

Auteur : Jean-Philippe Guérand

Date de saisie : 25/04/2014

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Éditeur : Robert Laffont, Paris, France

Collection : Documento

Bernard Blier, un homme façon puzzle
Bernard Blier, un homme façon puzzle
Bernard Blier, un homme façon puzzle
Bernard Blier, un homme façon puzzle
Bernard Blier, un homme façon puzzle
Bernard Blier, un homme façon puzzle
Bernard Blier, un homme façon puzzle

Bernard Blier, comédien français, né à Buenos Aires le 11 janvier 1916, sa famille résidant alors en Argentine où son père, biologiste à l'Institut Pasteur, était en mission. Etudes à Paris au lycée Condorcet puis cours d'art dramatique chez Julien Bertheau et Raymond Rouleau. Ce dernier le fait débuter à l'écran en 1937 dans TROIS, SIX, NEUF. Refusé trois fois au conservatoire Bernard Blier rencontre Louis Jouvet qui lui conseille de persévérer. Reçu au conservatoire il entre dans la classe de Jouvet. Toujours sur les conseils de Jouvet il fait du théâtre : "Mailloche ", " l'Amant de Paille"... Marcel Carné lui confie un rôle important dans HOTEL DU NORD. Il commence à s'imposer lorsque la guerre éclate. Mobilisé, prisonnier, il s'évade et revient à Paris où il retrouve plusieurs amis cinéastes dont Christian-Jaque. Il reprend le chemin des studios et refait du théâtre de façon régulière.

En 1947, grâce à Clouzot QUAI DES ORFÈVRES et à Yves Allégret DÉDÉE D'ANVERS il devient un acteur de tout premier plan. MANÈGES (b) et enfin L'ÉCOLE BUISSONNIÈRE achèvent d'affirmer son talent. Bernard Blier après ses. remarquables compositions dans QUAI DES ORFÈVRES, MANÈGES, L'ÉCOLE BUISSONNIERE, est devenu un acteur fort sollicité aussi bien par le cinéma que par le théâtre. Son type d'homme le cantonne alors dans des emplois de maris trompés et d'amoureux bafoués. André Cayatte avec AVANT LE DÉLUGE et LE DOSSIER NOIR lui offre alors des rôles dramatiques marquants, rôles qui le font découvrir par les cinéastes italiens.

Dès lors Bernard Blier va se partager entre la France et l'Italie. En 1959 il est l'une des vedettes de l'admirable film de Monicelli LA GRANDE GUERRE. Plus tard il déclarera : "C'est grâce à LA GRANDE GUERRE que les Italiens m'ont adopté comme l'un des leurs". C'est en effet l'Italie qui lui offre alors des emplois remarquables sous la direction - entre autres - de Lizzani, Visconti et Corbucci. Toujours dans les années 1959-1960 il tourne avec un jeune réalisateur français, Georges Lautner, dont il ne tarde pas à devenir la vedette fétiche. Depuis déjà quelques années Bernard Blier apparaît comme un comédien de tout premier plan au sein du cinéma français. En Italie il est également un acteur recherché. Dans ces deux pays il tourne régulièrement tout en ne délaissant pas le théâtre (en France).

C'est alors que Bernard Blier, se souvenant des déclarations que lui fit - jadis - le grand Jouvet, déclare: " Parlant des répliques Jouvet avait raison quand il disait : C'est dans le superficiel qu'elles sont profondes () Toi tu commenceras ta carrière à cinquante ans, me répétait-il toujours. Il ajoutait : Prends ton temps. J'ai toujours suivi ses conseils. J'ai passé ma vie à observer les autres, en m'amusant des travers de chacun. " (Déclarations faites au Journal du Dimanche le 18 mai 1975). De Lizzani à Visconti, de Lautner à Audiard, de Pierre Richard à Robin Davis en passant par son fils Bertrand, Bernard Blier se souvient des leçons de Jouvet.

CE CHER VICTOR en est une preuve flagrante. Très amaigri, à bout de forces mais chaleureux, souriant et bonhomme tel que l'écran l'avait si souvent révélé, Bernard Blier apparut pour la dernière fois en public le 4 mars 1989. sur la scène de l'Empire, lors de la cérémonie des Césars. Debout l'assistance ovationna longuement le comédien à qui Michel Serrault, larmes aux yeux, venait de remettre le César d'Honneur qui couronne sa prestigieuse carrière. Puis, avec sa modestie coutumière et après un ultime salut Bernard Blier disparut en coulisse. Quelques jours plus tard, le 29 mars, à Saint-Cloud, s'éteignait celui qui fut, durant un demi-siècle, le plus populaire des grands seconds rôles du cinéma français.

Depuis ses débuts, en 1936, il n'avait pratiquement jamais cessé de travailler et venait après au moins 180 films, d'ajouter à sa filmographie un dernier titre, italien, dont la traduction pourrait être, avec quelle ironie. " Un éclat de vie " ! En novembre 1987, il avait d'ailleurs prévenu un journaliste qui l'interrogeait sur son éventuelle retraite : "Ah, non ! Si j'arrête, c'est que je suis mort ! " (" La revue du cinéma ", n°440). Bernard Blier avait tourné vingt-et-un longs métrages dans la dernière décennie de sa carrière, le plus souvent au-delà des frontières de l'Hexagone.

Onze de ces films furent en effet dirigés par des cinéastes italiens - " les Italiens sont superstitieux et se sont mis dans l'idée que je portais bonheur, mais il y a des films que vous n'avez jamais vus ()grâce au ciel ! " (ibid) - et deux autres par le Polonais Wajda et le Yougoslave Petrovic. Quant aux cinéastes français, ils préférèrent exploiter de l'acteur sa rondeur bon enfant et sa verdeur rabelaisienne, lui confiant surtout ces rôles comiques où, d'ailleurs, il excellait: ainsi l'inénarrable émir Abdullah de PÉTROLE! PÉTROLE J.B. Cobb. le magnat de la production cinématographique (JE HAIS LES ACTEURS) et Alexi, le ministre soviétique que titillent les sirènes du capitalisme (TWIST AGAIN A MOSCOU); ou encore le vieux major homosexuel d'ADA DANS LA JUNGLE et le truculent Saltiel, le graveur sur marrons et os de poulet de MANGECLOUS.

Le comédien est réservé sur le bien-fondé de cette image de bon vivant : "Le côté rabelaisien ne me ressemble pas du tout". (Ibid). Sans doute se sentait-il plus proche du gouverneur tsariste, défenseur de l'ordre établi, qu'il a interprété dans LES POSSÉDÉS et plus encore, du Staplin cauteleux et féroce acharné à la perte de Frank Poupart/ Patrick Dewaere (SÉRIE NOIRE) ou de cet inspecteur de police assassin créé pour lui dans BUFFETFROID par le cinéaste qui le connaît le mieux, Bertrand Blier, son fils.

Quoi qu'il en soit de ses légitimes regrets -" _f aimerais créer un type d'emploi tenu avant par des gens comme Raimu ou Harry Baur. Je peux les jouer maintenant mais on ne les écrit pas. " (" Studio Magazine ", n' 26) - le fait que même la Télévision soviétique ait annoncé sa mort dit bien l'extraordinaire popularité, en France comme à l'étranger, d'un comédien qui ne manquait pas une occasion de rappeler: "Je n'ai jamais été une star ! " Sans doute est-ce la raison pour laquelle tant de spectateurs, de par le monde, l'ont reconnu et aimé comme un des leurs. En 1989, quelques mois après sa disparition, sa femme Annette Blier et Claude Dufresne, publièrent un livre de souvenirs intitulé, tout simplement " Bernard Blier " (Éditions Solar).

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