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Publié par Philippe Poisson

L’hôpital en France

Histoire et architecture des hôpitaux français

Comment est-on passé de la salle commune à la chambre individuelle ? Comment l’hôpital, d’abord hospice, est devenu établissement de soins ? Quelle est l’histoire des maternités, des lazarets, des asiles d’aliénés ? Autant de réponses à découvrir dans le voyage architectural à travers toute la France auquel invite ce bel ouvrage illustré de 592 pages, qui retrace l’histoire de l’hôpital et de son architecture en France du Moyen-Âge à nos jours.

L'hôpital, entre charité chrétienne et hygiénisme

Jusqu’au siècle des Lumières, l’hôpital, lieu de charité chrétienne et d’exclusion sociale, est aussi le premier outil d’une politique sanitaire balbutiante. L’incendie de l’hôtel-Dieu de Paris, en 1772, est le catalyseur d’une double réflexion sur la prise en charge des démunis et sur les réponses architecturales accordées à une première médicalisation de l’hôpital. Ainsi architectes et médecins poursuivent tout au long du XIXe siècle la même chimère : une architecture en mesure de soigner le corps et l’esprit. L’hygiénisme impose alors durablement le plan en « double peigne » puis le système du pavillon isolé tandis que les découvertes de Pasteur tardent à faire valoir leur logique. Inversement, dans l’Entre-deux-guerres, ce sont les données économiques, sociales et architecturales qui précèdent la révolution de l’antibiothérapie pour donner naissance à l’hôpital-bloc. Les Trente Glorieuses appliquent à l’institution leur politique centralisatrice, prescriptrice de modèles fonctionnels. Aujourd’hui, les maîtres mots sont désormais humanisation et insertion urbaine.

Explorer l’histoire des hôpitaux en France revient à cheminer auprès du pèlerin, de l’indigent, du marginal, du déviant, du fou, de l’enfant abandonné, du vieillard, de l’infirme, du malade, aujourd’hui du patient. C’est surtout découvrir, présents dans toutes nos villes, des bâtiments d’exception.

 

Feuilleter

 

Extraits de la préface de Claude Mignot

L’histoire de l’hôpital est à tout à fait exemplaire de ces glissements progressifs, presque insensibles quand on travaille sur une période courte, mais spectaculaires quand on prend le sujet dans toute son ampleur : de la salle médiévale, qui n’offre qu’un abri, et un abri dangereux, aux machines à guérir ultra-spécialisées d’aujourd’hui, dont les programmes fournis par les maîtres d’ouvrage aux architectes comptent plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de pages.

On pourra donc faire une double lecture de ce livre : on y trouvera une histoire complète et détaillée sur la longue durée et jusqu’au temps présent de l’hôpital en France, mais aussi une très belle illustration de méthode. La clé de l’architecture est sans doute du côté de la construction et sa poésie du côté des ornements, mais les causes profondes de son évolution se trouvent d’abord du côté des programmes et de ce qui les conditionne (mœurs, usages, mentalités, société, etc.).

Les auteurs de ce très bel ouvrage de synthèse sur les hôpitaux français n’ont pas organisé leur matière en fonction de l’histoire des styles, mais bien en fonction des causes profondes de l’évolution des hôpitaux, c’est-à-dire en fonction d’une conception très large de la médecine, incluant les connaissances vraies ou fausses sur la transmission des maladies, mais aussi en fonction de la législation sur la santé publique. Ils rendent donc lumineux ce lent processus, avec ses moments de basculements et de brusques accélérations, qui remodèle leur objet. Ils n’en négligent pas pour autant les autres facettes, des structures constructives aux styles et aux ornements. L’illustration, toujours judicieuse, offre à cet égard un tableau historique fascinant qui permet soit de descendre dans le fil du temps, soit d’y remonter, soit encore de faire de magnifiques arrêts sur image. Ces bâtiments en effet portent en eux des leçons d’architecture : ils montrent que celle-ci, lorsqu’elle est belle, a pu et peut encore apporter aux cœurs des hommes une joie ou une sérénité, lesquelles peuvent aussi contribuer à la guérison.

Au moment où le patrimoine hospitalier français connaît un bouleversement profond, à la fois par l’émergence de toute une génération de nouveaux hôpitaux (où l’excellence médicale n’est pas toujours au rendez-vous, tant les problèmes sont devenus complexes), et par la désaffectation de nombreux hôpitaux anciens, qui paraissent obsolètes, ce qui conduit parfois à leur disparition et trop rarement à leur réhabilitation, il paraît bien utile de revenir sur cette histoire. Or les auteurs de ce livre nous offrent une lecture profondément renouvelée par un recours systématique aux archives, manuscrites ou imprimées, et clairement structurée par cette attention aux causes profondes de ces mutations, dont la dernière se produit sous nos yeux.

Au lecteur maintenant d’entrer dans ce territoire défriché, balisé, éclairé, sous la conduite des meilleurs guides.

Claude Mignot
Centre André Chastel, université de Paris-Sorbonne

 

Direction scientifique et coordination :

Pierre-Louis Laget, conservateur en chef, est chercheur dans le service du patrimoine culturel de la région Nord-Pas de Calais. Médecin de formation, il a obtenu en 1995 la médaille d’argent pour sa thèse de médecine Histoire des locaux destinés à l’enseignement de l’anatomie dans les institutions parisiennes. Il a coordonné plusieurs projets sur l’étude du patrimoine hospitalier et est l’auteur de nombreux articles et publications sur ce sujet.

Claude Laroche, architecte de formation, est chercheur à l’Inventaire général du patrimoine culturel pour la région Aquitaine et s’est principalement consacré à l’histoire de l’architecture des XIXe et XXe siècles. Outre ses travaux sur l’architecture hospitalière, il a signé de nombreux articles et ouvrages sur l’architecture religieuse – notamment sur l’architecte Paul Abadie –, le régionalisme architectural ou l’architecture de la villégiature.

Isabelle Duhau, conservatrice en chef, est chargée du domaine des objets mobiliers à la Mission de l’Inventaire général du patrimoine culturel (ministère de la Culture et de la Communication), après avoir été chercheur au service de l’Inventaire général de la région Île-de-France. À ce titre, elle a longtemps travaillé sur l’architecture et l’aménagement de la banlieue parisienne aux XIXe et XXe siècles et a publié plusieurs ouvrages dans les collections de l’Inventaire général.

Avec la collaboration de :

Olivier Faure, professeur d’histoire contemporaine à l’université Jean-Moulin de Lyon. Spécialiste de l’histoire de la santé, il a consacré plusieurs travaux aux hôpitaux, cliniques et sanatoriums.
Jean-Bernard Cremnitzer, architecte, urbaniste et maître-assistant à l’École nationale supérieure d’architecture de Normandie. Historien de l’architecture des XIXe et XXe siècles, il est expert en matière d’architecture des sanatoriums.

Marie Vives, programmiste. Spécialiste de l’histoire de l’architecture hospitalière, elle a rédigé une étude sur l’architecture hospitalière en Île-de-France depuis 1958.

Georges Beisson, diplômé de l’École nationale supérieure agronomique et de l’École nationale d’administration. Il a soutenu un mémoire de maîtrise de l’École du Louvre sur « L’hôpital en hauteur ».

Documentation et illustrations de l’ensemble des services d’Inventaire général de France
Maitre d’ouvrage : ARF (Association des Régions de France)

 

Parution : Novembre 2012
Couverture cartonnée gaufrée avec jaquette
Format : 21 x 27 cm
592 pages
660 illustrations

Collection Cahiers du patrimoine

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