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Publié par Philippe Poisson

Rue Descartes, tout près de l'ancien palais de justice, la maison d'arrêt accueille les détenus avant leur jugement et ceux condamnés à des courtes peines. À Nantes, il existe aussi un centre de détention, boulevard Einstein, pour les longues peines.© Archives Ouest-France Franck Dubray -

Rue Descartes, tout près de l'ancien palais de justice, la maison d'arrêt accueille les détenus avant leur jugement et ceux condamnés à des courtes peines. À Nantes, il existe aussi un centre de détention, boulevard Einstein, pour les longues peines.© Archives Ouest-France Franck Dubray -

Archives de presse du jeudi 31 mai 2012 - La maison d'arrêt dans le centre-ville de Nantes, c'est fini. Un nouvel établissement entre en servicece week-end. Voici notre enquête.

Ouverte en 1867

La maison d'arrêt a été construite au coeur du centre-ville de Nantes pour répondre à la logique de la société de l'époque. Le palais de justice (en passe de devenir l'hôtel de luxe Radisson), sous Bonaparte, est le premier édifice à être construit en 1852. Puis, c'est la caserne de gendarmerie Lafayette, voisine en 1865. Les mêmes pierres ont été réutilisées pour ces trois bâtiments. « D'un point de vue pratique, on avait souvent les lieux où se déroulaient les procès dans les centres-villes, explique Philippe Combessie, sociologue. On enfermait les personnes avant le procès et pendant. Et les déplacements étaient risqués, surtout quand on se déplaçait avec un véhicule à cheval. » Un souterrain reliant la prison au palais de justice était emprunté par les détenus pour être jugés.

La maison d'arrêt a remplacé l'ancienne prison La Fayette, reconnue « insalubre », implantée sur le site de l'actuel lycée Jules-Verne. Une prison, qui avait l'inconvénient majeur d'être inondée en permanence. À l'intérieur du mur d'enceinte, bâti en losange, s'alignent des bâtiments avec un rond-point central de surveillance. Prévue à l'origine pour 400 détenus en dortoirs, avec une moyenne de 300 occupants, elle s'avérera vite « inadaptée », puisqu'en 1875, on commence à créer des cellules individuelles.

Évasions

« Rester toute sa vie en prison ? La seule voie, c'est l'évasion... », racontait, lors de son procès, Karim Tahir. Un dimanche matin, le 7mai 2000, ce braqueur professionnel et spécialiste de la cavale, réussit avec des draps, une lame de scie sauteuse et un morceau de lame de cutter à s'évader de ce qu'il appelle « un enfer ». Le fuyard de 28 ans se glisse par la fenêtre de sa cellule dont le barreau est desserti. Parvenu sur le toit, il franchit le chemin de ronde et le mur d'enceinte malgré les tirs du gardien du mirador. Il s'engouffre dans une impasse, entre dans une maison et s'empare d'un couteau dans la cuisine. Commence alors la prise d'otage d'une famille avec deux enfants. Il contraint tout le monde à embarquer dans la voiture familiale. Près de Vichy, il relâchera ses otages.

La maison d'arrêt a connu d'autres évasions ou tentatives par la fenêtre, le plafond, par découpe de la serrure ou par prise d'otage. On pense à cette histoire rocambolesque de pistolet taillé dans un savon, utilisé par trois détenus tentant de se faire la belle, en octobre 2000. Ils avaient aussi décoré un pot de moutarde pour faire croire à une grenade. Et c'est avec une scie à métaux que deux jeunes détenus se sont évadés une nuit de janvier 1993. Ils avaient scié les barreaux de leur cellule et franchi les murs à l'aide de draps et d'une poutrelle d'acier. Leur disparition n'avait été découverte qu'au petit matin. Quatre mois après, deux autres fuyards avaient réussi leur coup, cette fois, avec des outils de mécanique provenant de l'atelier de formation.

Le mythe du trois-étoiles ?

En 1988, l'établissement vient d'être entièrement restauré. Les détenus, déplacés au centre de détention boulevard Einstein, réintègrent les murs. Les travaux ont duré cinq ans. À l'époque, déjà, il s'agit de remettre à neuf une maison d'arrêt vétuste, grise et à la limite de la salubrité. On s'extasie sur les couleurs des murs, la fonctionnalité des lieux ou encore le « confort » général. Quarante-cinq millions de francs ont été investis. 109 cellules de 9 à 23m2 doivent accueillir 291 détenus. Il n'est pas encore question de « surpopulation ». Mais deux ans plus tard, avec la fermeture de la maison d'arrêt de Saint-Nazaire, les effectifs explosent. Le mythe de la prison trois-étoiles a vécu.

En 1994, 60 détenus refusent de regagner leur cellule après la promenade. Motif de la mutinerie : la surpopulation, invivable. Trois à quatre détenus s'entassent alors dans des cellules de 9 m2. En 2004, il y a 350 détenus pour 291 places. En 2011, les syndicats dénoncent une « cocotte-minute ». Avec des cellules de sept détenus dans 12 m2.

Les détenus font condamner l'État

Depuis 2008, à plusieurs reprises, l'État a été condamné pour les conditions indignes dans lesquelles il emprisonne ici à Nantes, mais aussi à Caen, Rouen, Nanterre. Les détenus saisissent le tribunal administratif et obtiennent des indemnités. Les arguments invoqués par les avocats sont les difficultés lourdes d'hygiène, liées à la surpopulation et la vétusté : les odeurs, le manque de lumière naturelle, la promiscuité, l'impossible circulation de l'air... En octobre 2011, neuf détenus et ex-détenus ont reçu des indemnités de 1500 à 2500 € pour avoir vécu dans des conditions dégradantes.

Une fin... minée

Il fallait à tout prix fermer cette maison d'arrêt. Annoncée par Marylise Lebranchu, ministre de la justice en 2001, la nouvelle prison est sortie de terre dix ans plus tard, sur le terrain du Bêle, près de Carquefou. Le chantier a subi un important retard, les travaux ayant été stoppés pendant près d'un an, de 2008 à 2009. Des tonnes de munition ont été découvertes par les ouvriers. Ce terrain de 20 hectares avait pourtant été cédé par... l'armée au ministère de la Justice avec une attestation de non-pollution. Les munitions dataient pour partie de la Seconde Guerre mondiale. Au total, l'État a dû verser sixmillions d'euros au groupe Bouygues au titre du déminage du terrain.

La prison referme ses portes sur 145 ans d'histoire(s)

La prison referme ses portes sur 145 ans d'histoire(s). Info ...

À lire demain : la fermeture de la maison d'arrêt. Ça change quoi ?

Marylise COURAUDet Vanessa RIPOCHE.

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