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Publié par Philippe Poisson

 Alain Juillet a mis en exergue le vide juridique français pour combattre les terroristes © Photo Clement Pougeoise -

Alain Juillet a mis en exergue le vide juridique français pour combattre les terroristes © Photo Clement Pougeoise -

L'ancien directeur du renseignement extérieur était hier mardi à Pau pour une conférence à l’École supérieure de commerce

Qu'est ce qu'il a manqué pour déjouer les attentats de la semaine dernière ?

Que le renseignement fonctionne parfaitement. Contre le terrorisme, il y a la partie renseignement et la partie répression. Le but pour les services de l’État c'est que l'attentat n'arrive pas, il faut donc qu'on ait recueilli assez d'informations pour pouvoir imaginer ou comprendre que quelqu'un est en train de faire un mauvais coup.

C'est donc un problème de renseignement plus que de coordination?

Ce sont les échanges ou les synthèses d'informations qui ont mal fonctionné. Il faut maintenant se poser des questions, comprendre. Pourquoi, alors qu'on avait des informations sérieuses, cela n'a pas fonctionné ? Un frère Kouachi avait fait le Yémen, l'autre de la prison. Tous deux avaient été fréquenter Djamel Beghal à Murat dans le Cantal (une figure de l'islam radical, ndlr). Même la femme de Coulibaly utilisait des armes, en l'occurrence tirait à l'arbalète. On n'a pas surveillé ça d'assez près.

Est-ce qu'on s'est trop focalisé sur Daesh et pas assez sur Al Qaïda ?

Probablement, oui. On s'est beaucoup focalisé sur ceux qui reviennent d'Irak et de Syrie, de Daesh (Etat Islamique). Mais il y a beaucoup de monde à surveiller, entre 800 et 1200 personnes en France actuellement. La difficulté, c'est qu'il faut 20 à 25 policiers pour suivre une personne par jour. Si vous en avez 1000, il faut mettre 20 000 policiers pour en permanence surveiller tout ça.  Et qu'est ce qu'il reste derrière pour faire le reste ? Donc, on ne peut pas. On fait des choix. Untel est calme donc on le laisse. Et c'est là qu'on se loupe.

Les terroristes savent-ils qu'il y a des failles ?

Bien sûr qu'ils le savent. Mais ça risque de changer avec ce qu'on a entendu de Manuel Valls et les réflexions en cours. La France a un système juridique de justice inadapté. Je ne dis pas laxiste, mais inadapté par rapport à la problématique terroriste ou de grand banditisme.

Par exemple, quand on met quelqu'un sur écoute pour terrorisme, on ne peut pas mettre sur écoute sa famille. Dans l'affaire des frères Kouachi et Coulibaly, la police n'a pas constaté qu'ils se parlaient au téléphone. Mais avec ce qui s'est passé, on a analysé de nouveau les appels et on a vu que les hommes communiquaient via leurs femmes.

Il faut un « Patriot act » à la française ?

Je pense que oui. Dans le respect des valeurs françaises. Dans le « Patriot act », il y a des textes qui sont inacceptables dans la République française, sans aucun contrôle par le juge. Mais il ne faut pas être un enfant de cœur non plus quand on a à faire avec des bandits et terroristes, qui, eux, utilisent tous les moyens.

C'est toute la difficulté du politique : il faut qu'on augmente la capacité de lutte anti-terroriste sans tomber dans un système qui anéantisse toute liberté.

Est-ce que le système pénitentiaire est à revoir ?

Manuel Valls l'a annoncé, on va créer des quartiers réservés pour ceux qui sont les plus agressifs. Pourquoi ? Pour éviter qu'ils polluent tous les autres. Si on l'avait fait il y a cinq ans, on n'en serait pas là aujourd'hui. La prison ne doit pas devenir l'école du djihadisme en France.

Quelle est aujourd'hui la priorité ?

Le plus gros effort doit être fait au niveau de la prévention. C'est-à-dire l'éducation. Quand vous voyez le nombre de mails ou de tweets qui ont été envoyés après les attentats pour dire « je suis Kouachi », plus de 3000, cela veut dire qu'il y a toute une série de jeunes à qui il va falloir expliquer que ce n'est pas bien. Que le califat ce n'est pas l'idéal, que ce n'est pas la finalité, le rêve dans le monde, que ce n'est pas le nouveau paradis.

Et concernant la laïcité ?

On croit souvent, à tort, que la laïcité équivaut à l'absence de religieux. Alors que ce n'est pas ça. Il faut reprendre Voltaire, rependre les Lumières. La laïcité, cela veut dire que chacun peut pratiquer chez lui, dans son environnement, ce qu'il veut. Mais dès qu'il est avec les autres, en un lieu public, l'individu a interdiction de promouvoir sa religion ou son système de pensée. Par exemple, on ne porte pas le voile intégral dès qu'on se retrouve dans un lieu public. Et un lieu public, c'est aussi dans la rue.

A-t-on été assez ferme avec la laïcité ?

Bien sûr que l'on n'a pas été assez ferme. On a laissé se créer en France un communautarisme pour des raisons économiques, politiques, sociales… Ça a commencé quand les grandes sociétés automobiles françaises ont fait venir des travailleurs immigrés après la guerre parce que ces ouvriers coûtaient moins cher. Ces travailleurs, on les mettait dans des bidonvilles autour de Paris et ailleurs, c'est comme ça que cela a commencé. Déjà, on les regroupait en communauté. Il n'y avait pas de chance pour qu'ils s'intègrent. Ensuite, Giscard d'Estaing a autorisé le regroupement familial pour ces travailleurs. On a tout fait depuis 40 ans pour créer ce communautarisme. Et aujourd'hui on le paye.

Publié , modifié par

Alain Juillet, ancien directeur de la DGSE : "La prison ne ...

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