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Publié par Philippe Poisson

Le temps des aveux
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Le temps des aveux
Le temps des aveux

La projection du film de Régis Wargnier Le Temps des aveux a été suivie d’une discussion animée par Ariane Mathieu, spécialiste de l’histoire du Cambodge.

 

Le film s’inspire de deux ouvrages largement autobiographiques, Le Portail (2000) et Le Silence du bourreau (2011), de François Bizot, anthropologue passionné de culture khmère (il travaillait pour l’École française d’Extrême-Orient), qui vivait au Cambodge avec sa femme cambodgienne et leur fille, Hélène.

Capturé et emprisonné en 1971 par les Khmers rouges, alors que des régions entières sont déjà contrôlées par ces derniers, il ne doit son salut qu’à l’un de ses geôliers, Douch. Terrible paradoxe : être sauvé par un bourreau. Car Douch est bien connu pour avoir dirigé le camp M 13 (reconstitué dans le film), où il met au point la technique des aveux (d’où le titre du film) ; technique qu’il développera à grande échelle une fois les Khmers rouges au pouvoir, à S 21, le plus important centre de sécurité khmer rouge où furent détenus, torturés et exécutés plus de 12 000 hommes, femmes et enfants, considérés comme des ennemis du régime.

Autant que celle du héros, c’est la personnalité de Douch qui domine le film, cet homme impénétrable, professeur de mathématiques formé au lycée français de Phnom Penh, capable de réciter La Mort du Loup d’Alfred de Vigny et de torturer un jeune garçon avec la même tranquille certitude d’obéir aux consignes données d’en haut. Disparu dans la nature après la chute des Khmers rouges en 1979, Douch reste traqué par un photographe irlandais qui le retrouve en 1999 dans une mission humanitaire évangéliste : converti au protestantisme, l’ancien bourreau est incarcéré. Il demande à revoir Bizot. C’est alors que le chercheur français, jusque-là muet sur ce qui s’était passé, commence à témoigner et à écrire. Les deux hommes se reverront en 2009, l’un comme témoin, l’autre comme accusé, au tribunal chargé de juger les criminels khmers rouges.

Le scénario s’appuie sur une histoire vraie, la captivité de François Bizot pendant deux mois et demi dans le camp M 13 dirigé par Douch, la mort de ses camarades, le face à face avec Douch, la libération à Noël 1971. Bizot choisit alors de rester à Phnom Penh d’où il partira, avec tous les étrangers, peu après l’entrée des Khmers rouges dans la capitale, le 17 avril 1975.

Le réalisateur a joué avec les personnages (le dessinateur Vann Nath ou l’acteur incarnant Douch, Kompheak Phoeung, et qui fut en réalité son interprète lors de son procès) et avec les lieux (le camp n’était pas installé dans les – photogéniques – ruines d’Angkor Vat) mais la reconstitution de la vie du camp, le fanatisme des révolutionnaires déterminés à tout pour faire triompher leur idéologie, la présence de femmes et même, rarissime, d’enfants, tout cela est bien attesté.

Proche de la réalité aussi, l’évacuation en avril 1975, lors de la prise de Phnom Penh par les Khmers rouges, de l’ambassade de France, où restaient 7 personnes sous la houlette du consul Jean Dyrac, Marsac dans le film (le chargé d’affaires étant parti en mars). Elles avaient la responsabilité d’environ 800 Occidentaux, tous réfugiés là, derrière « le portail » (qui a été conservé depuis dans le parc de la nouvelle ambassade), en attendant leur évacuation vers la Thaïlande, par deux convois terrestres. Il y avait aussi des Cambodgiens qui s’étaient mis à l’abri : le gouvernement français finit par céder à l’exigence des Khmers rouges de leur livrer ceux qui ne disposaient pas de passeport étranger – mais sans doute pas, comme le film l’évoque, à la suite d’un coup de fil de Valéry Giscard d’Estaing, les communications téléphoniques étant alors coupées.

Un des rares films de fiction (avec La Déchirure de Roland Joffe en 1984) à évoquer le drame cambodgien.

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"Douch, un procès de façade ?"

Par Thierry Cruvellier, L'Histoire n°381, novembre 2012.

Par Huguette Meunier

Le temps des aveux

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