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Publié par Philippe Poisson

 Philippe Pottier avance la nécessité de mettre en place des programmes permettant d’agir sur la radicalisation et le glissement sectaire en cours. © Photo photo archives « sud ouest » -

Philippe Pottier avance la nécessité de mettre en place des programmes permettant d’agir sur la radicalisation et le glissement sectaire en cours. © Photo photo archives « sud ouest » -

Repérer les détenus ayant basculé vers l'islam radical n'est pas simple comme l'explique Philippe Pottier, directeur de l’École nationale d’administration pénitentiaire

« Sud Ouest ». La semaine dernière, la France a été la cible d'attentats perpétrés par des individus passés par la case prison. Qu'en est-il de la formation du personnel pénitentiaire face à ce phénomène de radicalisation ?

Philippe Pottier. Il existe différents types d'enseignements qui s'adressent à toute catégorie de personnel pénitentiaire. Tout d'abord, le fait religieux en prison, par le biais de spécialistes de la question par une approche théorique. Puis, à travers des exemples de cas, on évoque quelle posture adopter, quel rôle chacun doit jouer, y compris dans un dispositif de signalement à la hiérarchie, formée aussi à ces questions, face au radicalisme religieux.

Comment est gérée la religion dans les établissements carcéraux ?

Tout d'abord, il est essentiel de faire la distinction entre la pratique religieuse et l'endoctrinement. Le droit de culte est reconnu en prison, et de fait, un certain nombre de détenus ont besoin d'une aide spirituelle dans ces circonstances particulières. En revanche, tout prosélytisme est formellement interdit, on bascule alors dans des dérives sectaires où des gourous, qu'ils soient détenus ou non d'ailleurs, se servent de la religion pour embrigader des personnes en situation de fragilité.

Se pose alors la question des aumôniers que l'on fait entrer en prison, garants d'une pratique « encadrée » de la religion...

L'administration pénitentiaire a passé des conventions avec les instances religieuses afin que les prisons accueillent des aumôniers catholiques, protestants, israélites… dépendants d'une hiérarchie structurée et bien identifiée.

Concernant l'islam, la venue des aumôniers est plus récente, car consécutive à la création du Conseil français du culte musulman (CFCM). Avant, nous n'avions pas d'interlocuteur qui pouvait agréer les candidatures. Les demandes d'aumôniers évoluent aussi et de nouvelles confessions émergent. Récemment, nous avons signé un partenariat avec l'église orthodoxe.

De quelle façon le personnel pénitentiaire peut contribuer au signalement de détenus prosélytes, prônant un islam radical ?

Par l'observation, le repérage et le signalement… Avec des objectifs mutiples : pour la sécurité de la société, la protection des autres détenus, mais aussi un accompagnement de ces individus. Directement en lien avec l'administration centrale au travers du bureau du renseignement pénitentiaire, le personnel collecte des informations, observe comment des liens peuvent s'établir entre tel et tel détenu. Si le signalement est primordial, la vérification l'est tout autant car il existe une évolution des pratiques. On a pu constater avec les événements récents que ces détenus radicalisés se montrent discrets, évitent de se laisser pousser la barbe, par exemple. Contrairement au fondamentalisme classique, ils obéissent à un processus de dérive sectaire. Ils coupent les ponts avec leur famille, sont dans une paranoïa totale… On ne peut plus être dans la caricature des signes extérieurs de religiosité. Coulibaly était un détenu modèle et sa propre famille a exprimé « n'avoir rien vu venir » de ses actes.

Des programmes de recherche-actions sont à l'essai, permettant d'agir quand le glissement sectaire est en cours. Des plans de déradicalisation, déjà pratiqués sur des jeunes mineurs en milieu ouvert, sont aussi à mettre en œuvre. Ce travail de détection n'est pas facile et doit se poursuivre avec un suivi spécifique lors de la période de probation. On travaille actuellement de manière active sur ces questions.

La surpopulation carcérale et le manque de personnel pénitentiaire rendent-ils ces missions de détection possibles ?

Nous sommes en ce moment, en phase de recrutement importante. Globalement, il y a un manque d'effectif évident, mais il faut bien avoir à l'esprit que ces phénomènes ne concernent pas non plus tous les établissements pénitentiaire. Je dirais qu'au moins 75 % de ces détenus radicalisés se trouvent en région parisienne.

Manuel Valls a annoncé vouloir généraliser l'isolement des islamistes radicaux en prison…

Il y a actuellement une expérimentation menée à Fresnes. Les détenus considérés comme radicaux et susceptibles d'endoctrinement sont regroupés. Ce qui ne veut pas dire isolés, ils disposent des mêmes droits que les autres. Et heureusement, ces cas sont rares, même si leur petit nombre n'empêche pas leur capacité à produire des dégâts monstrueux. Je vais réunir ces prochains jours au sein de l'Enap tous les agents concernés afin d'aborder la façon dont pourrait évoluer la formation initiale et continue, avec la prise en compte de ces nouveaux axes de travail.

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