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Publié par Philippe Poisson

Berthe Fouchère, la rebelle

21/01/2015 - À l'orée des années vingt, Berthe Fouchère, jeune institutrice, prend la plume et la parole pour défendre la cause des femmes. Son écriture aussi vive qu'acérée dérange, tout comme ses conférences, particulièrement lorsqu'elle affirme la liberté du corps et celle de donner naissance. Elle subira tracasseries, déclassements et condamnations. Cependant, son existence durant, elle n'aura de cesse de se consacrer avec passion à ses idéaux.

Si Colette Avrane nous fait partager avec ferveur les vertigineux combats de la militante du siècle dernier, les témoignages de femmes d'aujourd'hui, elles aussi engagées socialement, démontrent, dans ce livre, l'actualité persistante et aiguë des questions qui l'ont animée. La lutte pour la liberté et pour l'égalité entre les femmes et les hommes est celle de l'égalité pour tous, nous disent-elles, celle de l'humanité.

Colette Avrane, historienne, est notamment l'auteure de Ouvrières à domicile, le combat pour un salaire minimum sous la troisième République.

Michelle Perrot, historienne, signe une éclairante préface, tandis que Jean-Claude Villemain, maire de Creil, affirme l'inscription de ces revendications dans la cité. Sylviane Léonetti, directrice des médiathèques de Creil, a rassemblé les textes qui composent la seconde partie de l'ouvrage.

Avec les contributions de : Nora Aceval, Marie-Claire Bernard-Luneau, Fatima Boumeddane, Danièle Carlier, Rama Diallo, Kelly Ferrati, Françoise Grux, Eisa Imbert, Latifa Kazi-Aoual, Béatrice Lejeune, Isabelle Rome.

 

Extrait de l'introduction

«Je me sens mal.»

«La tête me tourne et je n'arrive pas à lire le journal que j'ai en main.»

«Le malaise ressemble à celui que j'ai ressenti, il y a quelques années, et qui m'a conduit à l'hôpital de Senlis. Mais je n'arrive pas à me lever pour prévenir mes amis. Mon côté gauche me fait mal. Une sorte de torpeur me gagne.»

Trois jours plus tard, le 20 avril 1979, les amis de Berthe, inquiets de ne pas la voir au local du Parti socialiste, ni au Bistro de la Gare où elle prend un café le matin, ni de recevoir un coup de fil, contactent le secrétaire de la section de Creil. Celui-ci appelle les pompiers, prévient le commissaire de police et ensemble, avec un serrurier, ils se rendent à la cité Jean-Biondi, où elle occupe un modeste logement, dans les HLM. C'est ainsi qu'ils la trouvent, décédée sans doute d'un malaise cardiaque depuis quelques jours, dans l'appartement rempli de journaux.

Ainsi disparaît Berthe Fouchère, militante socialiste, très connue non seulement dans l'Oise, qui est son fief depuis une quarantaine d'années, mais également à Paris, où elle assiste et participe souvent à des congrès et débats au sein du Parti.

Connue ? Sans doute sait-on son militantisme passionné pour le rayonnement du Parti socialiste, dans l'attente de la prise du pouvoir. Sans doute l'a-t-on entendue ici et là, vue dans les congrès où on identifie sa silhouette fragile, souriante, un cabas noir plein de journaux d'une main, son sac à main de l'autre. Tout le monde salue son don pour l'écriture et a plus ou moins lu ses articles, dans les journaux de gauche, depuis soixante ans. Mais qui sait vraiment qui elle est ?

Comment une femme aussi reconnue peut-elle disparaître en laissant si peu de souvenirs personnels ? La présence de François Mitterrand à ses obsèques ne compense pas le vide considérable de sa vie privée.

Berthe n'est plus là pour répondre, et surtout pour ne pas répondre aux questions de ses amis sur son passé, ses amours (en eut-elle ?), son enfance et son adolescence dans ce Nivernais qu'elle aimait, sans en parler jamais.

Comme de nombreuses militantes féministes, elle disparaît et ses papiers sont détruits. Oh ! Certes, elle n'est pas la seule. Il y a eu Hélène Brion, dont les papiers personnels, les carnets, les photos, les lettres et les livres, ont été jetés à la poubelle par ses descendants qui les trouvèrent trop encombrants quand la maison du cousin chez qui ils étaient déposés fut vendue. Encombrants par leur volume ou par les souvenirs intimes qu'ils contenaient ? C'est aussi cet aspect qui a dominé dans la disparition de Berthe Fouchère. Même si les témoins mettent tous en avant les piles de journaux qui ne valaient pas d'être gardées.

Auteur : Colette Avrane

Préface : Michelle Perrot

Postface : Jean-Claude Villemain

Date de saisie : 02/12/2014

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Éditeur : L'Harmattan, Paris, France | Licorne, Amiens

Collection : Villes en mouvement

La vie méconnue de Berthe Fouchère - Le Parisien

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