Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Philippe Poisson

Jérémy et Christophe Gauthier, petit-neveu et arrière petit-neveu d’Edmond Outrequin, et J.-P. Machain

Jérémy et Christophe Gauthier, petit-neveu et arrière petit-neveu d’Edmond Outrequin, et J.-P. Machain

Histoire. Un surveillant de Bonne-Nouvelle exhume dans les combles de la maison d’arrêt la « petite fouille » d’un ancien policier détenu quelques mois en 1944. Les effets ont été remis à la famille hier. Des petits trésors de mémoire.

Le petit bout de la lorgnette est souvent la manière la plus truculente de découvrir la grande Histoire. Hier à la maison d’arrêt de Rouen, dite « Bonne-Nouvelle », le personnel pénitentiaire a remis à la famille d’Edmond Outrequin sa « petite fouille ». C’est-à-dire les objets qu’il avait sur lui au moment de son incarcération en février 1944. L’histoire commence avec le travail de Jean-Pierre Machain, surveillant à Bonne-Nouvelle et féru d’histoire (lire par ailleurs). En fouillant les combles de la maison d’arrêt, il découvre « la petite fouille » d’Edmond Outrequin, c’est-à-dire les effets personnels consignés au « vestiaire » au moment de son entrée : un porte-feuille et une ceinture.

Trafiquait-il de faux papiers ?

À partir des petits papiers et objets contenus dans le portefeuille, il entame quelques recherches pour en savoir davantage sur cet ancien prisonnier, policier au Havre lorsqu’il est incarcéré en février 1944. Il s’évadera quelques mois plus tard « probablement à la faveur de la débâcle allemande ».

Impossible de déterminer le motif d’incarcération. « Les Allemands ont brûlé tous les registres d’écrous avant de décamper », explique Jean-Pierre Machain. Une carte d’identité vierge seulement affranchie et tamponnée laisse penser que l’agent cycliste faisait dans les faux papiers. Peut-être pour la Résistance... La correspondance entre lui et son frère gendarme ne laisse pas de doutes, les frangins ne souffraient guère « les fumiers de boches ».

Dans l’inventaire de la petite fouille, la pièce maîtresse est probablement la lettre de son frère Georges, datée du 9 juin 1940. Gendarme à Ecos, dans l’Eure, ce dernier sera tué par un avion allemand le même jour.

Dans la fouille d’Edmond se trouve justement une petite plaque en métal avec quelques informations : « Junkers Flugzeug-und-Motorenwerke AG. Dessau » assortis de quelques numéros de série. Jean-Pierre Machain fait ses recherches, « il s’agit d’un avion allemand Stuka ». Comment cette plaque est-elle arrivée dans la poche d’Edmond ? A-t-il récupéré ça sur un chasseur abattu et le gardait-il comme un talisman pour celui qui avait mitraillé son frère ? Impossible de savoir.

Le lien avec la famille s’est fait par l’entremise de la mairie d’Ecos, puis par un passionné d’histoire locale, Patrick Olivier. Ce dernier connaît le petit-fils de Georges, Christophe Gauthier, donc petit-neveu d’Edmond. « Je me souviens très bien de lui, j’avais 10 ans quand il est mort, je crois d’un cancer, c’était dans les années 70. Je le voyais quand j’allais voir ma grand-mère au Havre car il vivait avec elle. Mais je n’avais pas entendu parler de cette histoire. Quand j’étais petit, c’est comme s’il se cachait, il devait avoir peur qu’on lui demande de finir sa peine. » Jean-Pierre Machain reprend : « Même si c’était impossible puisqu’on n’avait plus de registres d’écrous et à la Libération, l’heure était à l’enfermement de ceux qui avaient collaboré. » A priori, peu de chances que ce soit les mêmes...

Parmi les autres objets contenus dans le portefeuille d’Edmond : des photos, un ticket de rationnement pour de la viande à la boucherie A. Lavenu, un ticket de la loterie nationale « Les ailes brisées », sa carte d’identité (Né le 12 mai 1910. 1,80 m, cheveux châtains, moustache néant, yeux marrons, nez moyen, visage ovale, teint naturel), sa carte d’identité professionnelle et de multiples petits papiers.

Edouard Ropiquet

e.ropiquet@presse-normande.com

Rouen. Un surveillant de Bonne-Nouvelle exhume les ...

Commenter cet article