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Publié par Philippe Poisson

Un train en hiver : le train des femmes pour Auschwitz

13/02/2015 - La plus jeune a 17 ans, la plus âgée, 67. Un matin glacé de janvier 1943, 230 femmes enfermées dans des camps d'internement français, ces «châteaux de la mort lente», sont conduites par la Gestapo en gare de Compiègne. Leur destination : Auschwitz-Birkenau. C'est en chantant La Marseillaise qu'elles feront leur entrée dans le camp d'extermination. Seules 49 d'entre elles en reviendront vivantes.

C'est l'histoire de ces femmes que Caroline Moorehead nous raconte ici. Des femmes «ordinaires», dont beaucoup de résistantes, qui ont tout sacrifié pour combattre le nazisme. Venues d'horizons divers, de classes sociales variées, elles vont puiser leurs forces dans l'amitié, la solidarité et l'entraide.

Depuis leur arrestation, leur torture par la police française ou la Gestapo, leur voyage dans le train de la mort, leur vie dans le camp jusqu'à leur libération par l'Armée rouge en janvier 1945, ce livre restitue, avec une émotion rare, leur traversée des cercles de l'enfer.

«Aussi bouleversant qu'édifiant.»
The New York Times Book Review

«Un livre déchirant mais nécessaire.»
The Washington Post

Née à Londres en 1944, Caroline Moorehead est journaliste et présidente de l'Institut britannique des droits de l'homme. Un train en hiver est son premier livre publié en France.

 

13/02/2015 - Extrait de l'avant-propos

Le 5 janvier 1942, l'inspecteur Rondeaux, posté dans le 10e arrondissement de Paris, aperçoit un homme qu'il soupçonne d'être un résistant recherché par la police. André Pican était enseignant, et il était en effet dirigeant local du Front national de lutte pour la libération et l'indépendance de la France, et responsable du Parti communiste clandestin en Seine-Inférieure; il était soupçonné d'avoir causé le déraillement d'un train transportant des biens réquisitionnés et du matériel de guerre vers l'Allemagne et sa tête avait été mise à prix pour la somme de 30000 francs.

Lucien Rottée, le supérieur de Rondeaux, était un fervent anticommuniste et un collaborateur zélé de la Gestapo. Convaincu que Pican les conduirait à d'autres membres de la Résistance, il dépêcha onze inspecteurs qui avaient pour ordre de le surveiller, mais de ne surtout pas l'arrêter.

Au cours des deux semaines qui suivirent, ils fouillèrent sans succès les rues de Paris. Mais le 21 janvier, un inspecteur en charge de surveiller le Café du Rond-Point près de la porte d'Orléans crut voir un homme correspondant à la description de Pican. Il le prit en filature et le vit s'arrêter pour parler à un homme trapu d'une trentaine d'années, au visage anguleux, portant une épaisse moustache. Les hommes de Rottée restèrent à l'affût. Le 11 février, Pican fut aperçu devant la vitrine d'un magasin, dans lequel il entra à «15.50» en compagnie d'une femme «de 28-30 ans, 1,70 m, mince, cheveux châtain bouclés sur les longueurs»; elle était vêtue d'un «manteau bleu de Prusse, avec une ceinture noire et des collants en laine gris clair, sans élégance». Le policier, ignorant son identité, la baptisa «Femme Buisson-Saint-Louis» d'après la station de métro la plus proche ; Pican devint «Buisson». Après être allés voir un film au Palais des glaces, Pican et Femme Buisson furent aperçus en train d'acheter des biscuits et des huîtres avant de se séparer rue Saint-Maur.

Les jours qui suivirent, Pican rencontra «Motte Piquet», «Porte Souleau» et «Femme n°1 de Balard». Comme ils ignoraient leur identité, les policiers leur donnaient le nom des lieux où ils les avaient vus pour la première fois.

Le 12 février, Femme Buisson fut aperçue entrant dans le Café au Balcon où «Ménilmontant» - une petite femme d'environ 35 ans, «1,55 m, cheveux bruns maintenus dans un filet, manteau noir, sac en cuir élégant couleur fauve, ceinture rouge» - lui remit une petite valise. À ce moment-là, Pican avait également échangé des paquets avec «Femme Brunet Saint Lazare» («34 ans, 1,60 m, cheveux noirs, nez pointu, manteau beige, capuche doublée d'un tissu à motifs rouge, jaune et vert») et avec «Femme Claude Tilliers» («1,65 m, 33 ans, brune, assez forte, épais cardigan et chaussettes en laine»). «Femme Vincennes» («1,60 m, 32 ans, cheveux châtain clair, lunettes, manteau en peau de mouton marron, bas en laine beige») fut aperçue en train de parler à «Femme Jenna» et «Femme Dorian». Un des policiers, l'inspecteur Deprez, était particulièrement méticuleux lorsqu'il rédigeait les descriptions des femmes qu'il suivait, notant par exemple que «Femme République» avait une petite marque rouge sur sa narine droite et que sa robe grise était en angora...

Auteur : Caroline Moorehead

Traducteur : Cindy Kopen

Date de saisie : 13/02/2015

Genre : Histoire

Éditeur : le Cherche Midi, Paris, France

Collection : Documents

 

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