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Publié par Philippe Poisson

René Dupuy a fouillé dans les archives municipales et départementale à la recherche d’écrits et d’images. - LE PUY EN VELAY Photo

René Dupuy a fouillé dans les archives municipales et départementale à la recherche d’écrits et d’images. - LE PUY EN VELAY Photo

René Dupuy, président du centre d’histoire sociale de la Haute-Loire, s’est intéressé aux « filles perdues » du Bon-Pasteur du Puy-en-Velay.

Que faire des jeunes filles difficiles ? À l'époque où la France était loin de se soucier de sa jeunesse, la communauté du Bon-Pasteur s'est emparée de cette problématique, partout en France et pendant plus d'un siècle.

Au Puy-en-Velay, un établissement a vu le jour rue de Vienne en 1840. Entre maison de correction et refuge pour « filles perdues », ces bâtiments ont accueilli jusqu'à 200 pensionnaires au plus fort de son activité. Au XX e siècle, les filles sont moins nombreuses, peu sont originaires du département.

« Comment ont-elles vécu leur séjour forcé ? »

« Les placements au Bon-Pasteur sont souvent le résultat de la ritournelle de l'infortune », selon les termes de René Dupuy, persuadé que certaines jeunes filles étaient envoyées rue de Vienne, par leurs parents, des « personnes charitables » ou la Justice, avant même d'avoir commis un acte répréhensible.

Les bouches inutiles de certains deviennent ainsi des sources de revenus pour le Bon-Pasteur. René Dupuy a retrouvé le fils d'une ressortissante Belge appartenant à un groupe de « cinquante-six fillettes évacuées voire déportées de l'Allemagne vers le Bon-Pasteur ».

Encadrées par les dames du Bon-Pasteur (des religieuses), les « pénitentes », âgées de 15 et 30 ans, et les « préservées », qui avaient entre 10 à 15 ans, sont mises à contribution. Boulangerie, lavoir, atelier de dentelle, ferme… Les postes de travail ne manquaient pas. « Jusqu'à 55 % des revenus du Bon-Pasteur venaient du labeur des jeunes filles, souligne René Dupuy. Et 18 % venaient des pensions versées pour leur admission. »

Pour autant, il est difficile de savoir si les pensionnaires servaient uniquement à maintenir l'établissement à flots ou si la communauté tentait de leur inculquer un savoir-faire pour les aider au moment de leur sortie. Parmi les questions sans réponse nette, il y a aussi celle que René Dupuy formule ainsi : « Comment ces jeunes filles, enfermées derrière les murs du convent, ont vécu leur séjour forcé ? »

Enfermement, prière et travail en silence

« Les principes éducatifs sont hérités des pensionnats pour jeunes filles de l'époque, appliqués avec plus de rigueur puisqu'il s'agissait d'une maison de correction », continue le président du centre d'Histoire sociale de la Haute-Loire. Quelques principes de base régissaient la vie des pensionnaires astreintes à un emploi du temps stricte : l'enfermement, la séparation d'avec les parents, la prière et le travail dans le silence.

Pour mieux se plonger dans l'ambiance du Bon-Pasteur du XX e siècle, René Dupuy s'est appuyé sur les souvenirs de Nicoletta, couché dans sa biographie, La maison d'en face. « Nous devons nous déshabiller sous notre chemise de nuit pour ne pas montrer notre peau aux autres et éveiller de la concupiscence. » L'ancienne pensionnaire estime qu'elle et ses camarades d'infortune ont été « exploitées comme de vulgaires prisonnières » sans jamais voir « un centime pour ce labeur ».

Et puis il y avait la discipline. Outre la tenue noire qui enlevait toute féminité aux pensionnaires, Nicoletta parle « de cheveux coupés à ras aux jeunes filles récalcitrantes. » Pour autant, René Dupuy pense que le Bon-Pasteur du Puy était moins dur que d'autres établissements du même genre en France. Il estime également ne pas avoir assez de témoignages d'anciennes pensionnaires pour être sûr de ce qu'il se passait derrière les hauts murs de la rue de Vienne.

Finalement, le Bon-Pasteur du Puy gardera certains de ses secrets. Mais René Dupuy a compris une chose à travers ses recherches : « Si les Bon-Pasteur ont fonctionné c'est parce que l'État s'est déchargé de sa mission éducative et que les établissements répondaient au besoin d'une époque en pleine urbanisation. » Archives de presse du 10 mai 2014.

Le Centre d'histoire sociale de la Haute-Loire au chevet des ...

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Dalila Nemla 18/06/2015 15:05

connaisais vous le site:Le bon pasteur,notre enfance?

Philippe Poisson 18/06/2015 17:44

Oui bien évidemment - Merci