Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Philippe Poisson

"Putains de guerre"

En temps de guerre, pour préserver le moral des soldats, la prostitution organisée était encouragée voire encadrée. Depuis 1945, un système de proxénétisme a perduré avec la complicité de l'Otan et de l'ONU, que ce soit en Algérie, au Vietnam, en ex-Yougoslavie, en Irak ou en Afghanistan.

Putains de guerre

- Culture Infos / France 2012

Créée par : Stéphane Benhamou

Créée par : Sergio G Mondelo

Diffusion TV : mardi 24 à 20:35 sur

 ______________________________________________________________________________

Résumé : C'est une loi de la guerre inavouable : partout où il y a des soldats, il existe une prostitution ouverte, encadrée ou même érigée en système par les forces militaires en présence. Au fil de leur enquête, les auteurs du documentaire ont mis au jour un mode de fonctionnement implacable, et qui semble inévitable, de 1945 à aujourd'hui. Un système souhaité par les armées, entretenu par les sociétés militaires privées, et couvert par l'OTAN et l'ONU. Que ce soit en Indochine, en Algérie, au Viêtnam, en ex-Yougoslavie, en Irak ou en Afghanistan, les contingents ne se sont pas contentés d'être de simples clients : ils ont parfois été les complices actifs des proxénètes.

"Putains de guerre"

"Pour faire un bon soldat, il faut un uniforme, une arme et, autant que possible, une prostituée." L'entrée en matière est claire et nette : que le troisième élément de la panoplie soit mentionné ne laisse aucun doute sur la teneur du documentaire. La suite est à l'avenant. Sur ce "dommage collatéral ou à-côté négligeable", que la Grande Muette a toujours pudiquement laissé dans l'ombre, Putains de guerre jette une lumière (très) crue. Un angle qui peut gêner, voire choquer, comme tout ce qui est brusquement exhumé après avoir été enfoui - d'un commun accord - de longue date.

Pas de ligne de front, ici, mais des façades de bordels. Nul acte de bravoure. Pas davantage de héros, mais "des hommes qui seront toujours des hommes", selon la sobre explication fournie aux auteurs du film qui voulaient savoir "comment on pouvait justifier la prostitution organisée en toute impunité pour le "réconfort" des soldats".

Solidement étayée par de nombreux témoignages, l'enquête, conduite par Stéphane Benhamou et Sergio G. Mondelo, nous est restituée sur un mode crescendo. Le documentaire commence mezza voce par l'évocation de notre histoire coloniale. L'imaginaire et les fantasmes qui lui furent associés prennent ici des formes pour le moins consistantes. A la taille du "parc aux buffles", cet "immense bordel militaire en forme de caserne" installé à Saïgon par l'armée, "devenue le seul proxénète légal après la fermeture des maisons closes au lendemain de la guerre".

"REPOS ET DIVERTISSEMENT"

En Indochine comme en Algérie, tout (tarification, durée du travail, etc.) est officiellement organisé dans les moindres détails. Les "BMC" (bordels militaires de campagne) sont régis par le "service d'action psychologique en faveur de la troupe", explique l'historienne Christelle Taraud.

En cette matière comme en d'autres, l'Amérique voit plus grand. Avec la guerre du Vietnam se sont multipliés les "rest and recreation facilities", clubs "de repos et de divertissement". L'universitaire québécois Richard Poulain indique que la création de ces établissements a multiplié par vingt le nombre de prostituées en Thaïlande, qui serait passé de 20 000 en 1957 à quelque 400 000 dans les années 1960.

Après la prostitution en temps de guerre, place à la prostitution en temps de paix ; non moins sordide, au contraire. Plusieurs femmes, dont Mara Radovanovic, responsable d'une ONG luttant contre les trafics sexuels, et Celhia de Lavarène, ancienne chargée de mission de l'ONU en Bosnie, témoignent de la situation engendrée - à ce sujet - par le stationnement de militaires dans cette région du monde, où la violence et la corruption sont, semble-t-il, montées d'un cran. "Sans les femmes qui ont risqué leur vie et sacrifié leur carrière, on n'aurait rien su de ces affaires de bordels militaires et d'esclavage sexuel", concluent les auteurs.

Stéphane Benhamou et Sergio G. Mondelo - (France, 2012, 65 min.).

Jean-Baptiste de Montvalon

LE MONDE TELEVISION | 20.02.2013

Commenter cet article