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Publié par Philippe Poisson

24 juin 1826 : condamnation d’Henriette Cornier pour homicide volontaire sur enfant

Le crime commis par Henriette Cornier semble se rattacher par sa nature et par ses causes à celui que Papavoine avait commis l’année précédente. Née d’une famille honnête de la Charité-sur-Loire, et âgée de vingt-sept ans, Henriette Cornier, femme Berton, sans mener une conduite régulière, ne s’était jamais signalée par aucun des actes que les lois punissent. Depuis deux ans ses mœurs étaient devenues plus rangées, mais son humeur avait perdu de sa gaieté : des tentations de suicide l’avaient même saisie à plusieurs reprises. Abandonnée depuis longtemps par son mari, elle avait servi en qualité de domestique dans diverses maisons.

Le 4 novembre 1825, en l’absence de ses maîtres, elle se rend dans la boutique d’un fruitier nommé Belon, dont la femme tenait entre ses bras une petite fille âgée de dix-neuf mois. Henriette caresse l’enfant, prie la mère, qui résiste d’abord, de le lui confier, ajoutant qu’elle s’en amusera. Couvrant toujours l’enfant de ses baisers, elle l’emporte dans sa cuisine, de là dans sa chambre, où, le posant sur son lit, elle lui tranche la tête, et dépose ensuite le cadavre sur le carreau. Quand la malheureuse mère vient redemander sa fille : « Elle est morte », lui répond froidement Henriette, et après que la femme Belon s’est convaincue de son malheur : « Sauvez-vous, dit encore Henriette, vous serviriez de témoin. » Puis, ramassant la tête de l’enfant, elle la jette par la fenêtre ; le père lui-même la voit tomber, et la recueille.

Interrogée sur les motifs qui avaient pu la porter à commettre ce crime, Henriette n’en allégua jamais d’autre que sa volonté, une idée vague, sa destinée. Elle comparut le 27 février devant la cour d’assises ; mais un supplément d’instruction sur son état mental ayant été reconnu nécessaire, la cause fut renvoyée à une autre session. On transféra l’accusée dans l’hospice de la Salpêtrière, où sont traitées les femmes aliénées ; c’est là que les docteurs Esquirol, Adelon et de Pressac ont eu la facilité d’examiner son état moral, et de compléter l’instruction sous ce rapport.

Le 24 juin 1876, Henriette Cornier fut amenée de nouveau sur le banc des accusés. Interrogée par la Cour, elle ne nia pas un seul instant son crime : un oui, brièvement articulé, fut sa réponse sur tous les faits connus ; mais Henriette Cornier s’attacha toujours à éloigner les circonstances qui auraient pu constituer la préméditation : on put remarquer en cela beaucoup d’ordre dans ses réponses. Six médecins, interrogés par le tribunal sur l’état d’Henriette, ne purent affirmer qu’elle fût atteinte de folie ou de monomanie ; mais ils soutinrent l’existence de cette dernière maladie, et en citèrent des exemples.

Défendue par un avocat habile, Henriette Cornier fut déclarée coupable d’homicide volontaire, commis sans préméditation, et condamnée à la peine des travaux forcés à perpétuité et à la flétrissure. Elle entendit sa condamnation, comme elle avait commis son crime, sans manifester la moindre émotion.

24 juin 1826 : condamnation d'Henriette Cornier pour ...

La France pittoresque

Le Magazine 36 pages - La France pittoresque

 

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