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Publié par Philippe Poisson

Dossier 4 : "La Loire" navire de transport des forçats
Dossier 4 : "La Loire" navire de transport des forçats

 ... Mais sa carrière va rebondir. En effet, le bagne de Toulon est encombré, et le Gouvernement veut augmenter les déportations pour pallier le problème, ce qui demande des moyens de grandes capacités. L'Ingénieur de 2nde classe Vidai soumet un projet de transformation du Hoche en transport à voile pouvant embarquer 800 condamnés, 200 passagers libres et 400 hommes d'équipage. Le 27 septembre le projet est approuvé par le Directeur des Constructions Navales et les travaux débutent en octobre. Le navire est réinscrit sur les listes de la Flotte comme transport à voiles. Il est alors rebaptisé la Loire, avec début des travaux de transformation. En novembre et décembre, s'opère une nouvelle transformation, avec débarquement de l'artillerie et de la machine, le remplacement de l'ancienne mâture par un gréement plus léger, l'installation de la nouvelle artillerie et de ses munitions, l'agrandissement de la dunette, la construction d'une teugue (superstructure peu élevée, puis par extension surélévation à l'avant d'un bateau) à l'avant pour loger une partie de l'équipage, installation de bouteilles latérales en dehors de la coque, dans la batterie haute aménagement d'un poste à l'avant pour le reste de l'équipage et de prisons pour 350 détenus environ avec une infirmerie les séparant, et aménagement du faux-pont pour loger les passagers libres. Les prévisions en vivres sont de 10 mois pour l'équipage et les passagers, et 5 mois pour les condamnés. Le 20 février 1873, c'est la fin des travaux et le 1er mars, le navire est armé et placé sous les ordres du capitaine de vaisseau Jacques, dit Lapierre.

Le 19 avril 1873, la Loire appareille de Toulon sous les ordres de son commandant, le réputé très cruel capitaine Jacques Lapierre. Le navire embarquait 1352 personnes, dont 415 hommes d'équipage et 287 colons et soldats plus 650 transportés. Parmi ces derniers, il y avait 6 marins, 1 gendarme, 82 artilleurs, 51 fantassins, 40 civils, 26 femmes, 18 enfants, 16 agents de surveillance. Le 27 avril elle franchit le détroit de Gibraltar. Elle fait escale à Dakar du 9 au 11 mai, où elle débarque 60 fantassins de la Marine destinés à la colonie du Sénégal. Le 31 mai la Loire naviguait par le travers de l'île de la Trinité. Essuyant un très mauvais temps, elle arrive à Nouméa le 23 juillet 1873, 92 jours après son départ de Toulon, et 72 après le départ de Dakar.

Pendant cette traversée, le seul incident notable, selon un article de journal, fut une rupture de la barre de gouvernail, pièce qui fut changée en plein ouragan. La Loire quitte Nouméa le 21 août avec à son bord 411 hommes d'équipage et 83 passagers. Le 15 septembre le cap Horn était doublé, et le 1er novembre la Loire entrait en rade de Brest, où elle est désarmée le 10 décembre 1873. La Loire avait établi un record pour ce tour du monde, puisqu'il lui avait fallu seulement 165 jours pour le faire, comme en témoigne l'article.

Ce 22ème convoi de transportés avait vu son effectif de forçats amputé de 60 décès et avait compté 60 malades à son bord. Le navire qui effectuait son premier convoi de transporté avait embarqué, nous l'avons vu, 650 forçats, dont il ne restait plus que 400 survivants à l'île Nou quelques mois plus tard d'après Roger Pérennès. Cependant les recherches effectuées par José Barbançon n'aboutissent qu'à la découverte de 25 décès enregistrés dans les 3 mois après l'arrivée de ce convoi, car 617 sont immatriculé sur les registre l'île Nou, donc bien vivants, ce qui donne 33 décès en mer. Cependant 5 de ces transportés par la Loire meurent le 25 juillet 1873. Ce fait est confirmé par une lettre du révérend père P. Lambert, aumônier à l'île Nou : Le 23 juillet arriva la Loire avec un convoi de condamnés presque tous malades. Le jour de leur arrivée à l'hôpital j'en administrais plusieurs. Fatigué, je me retirai assez tôt pour aller prendre un peu de repos. Le lendemain au point du jour me rendant à l'hôpital je rencontrai trois cadavres qu'on portait à l'amphithéâtre (du camp principal)... Car il n'y avait et il n'y a encore, ni amphithéâtre ni cimetière à portée du nouvel hôpital. Ce fut selon José Barbançon le convoi le plus meurtrier des 75 convois de transportés entre 1864 et 1897. Il faut cependant remarquer que ce convoi de la Loire correspond au transfert des derniers forçats du bagne de Toulon, lequel devait fermer en décembre 1873. Le soin apporté à l'état sanitaire des transportés les années précédentes ne fut certainement pas respecté cette fois ci. Lors de cette même période de fin 1873, la Garonne et le Var transféreront respectivement 500 et 366 transportés à Nouméa, avec 5 et 3 décès lors de la traversée. De plus le chiffre de 650 forçats embarqués sur la Loire fut un chiffre record, ce qui ne se reproduira plus par la suite.

De janvier à mars 1874, le navire est de nouveau transformé afin de réduire la capacité en condamnés au profit de celle des passagers libres. En avril la Loire est réarmée et placé sous les ordres du capitaine de vaisseau Mottez. Le 18 mai, elle est à Brest où elle embarque 280 forçats et 50 déportés arabes à Quélern, puis appareille. Elle arrive le 7 juin au mouillage de la rade l'île d'Aix, où elle embarque 700 passagers, dont 40 femmes, et 320 déportés. Le 9 juin elle appareille pour Nouméa. C'est le 9ème convoi de déportés, qui fait escale le 23 juin à Santa Cruz de Ténériffe, pour arriver à Nouméa le 16 octobre 1874. Il y aura 2 décès en mer. Le 10 novembre de la même année, elle quitte Nouméa pour la France.

Le 24 janvier 1875, la Loire est en escale à Sainte-Hélène puis, ayant escorté depuis cette île par le trois-mâts le Lamentin, le commandant de ce dernier craignant une révolte de ses passagers indiens, arrive à Fort-de-France (Martinique) le 26 février, qu'il quitte le 1er mars. Le 26 mars la Loire arrive à Brest et entre en carénage.

Le 15 janvier 1876 elle est en réarmement, avec un effectif de 409 hommes, sous les ordres du capitaine de vaisseau Salmon, et quitte Brest le 7 mars, remorquée par le Valeureux. Elle transporte 516 passagers et déportés, dont 210 forçats. Elle arrive à l'île d'Aix le lendemain 8 mars et reste au mouillage jusqu'au 17 mars à cause du mauvais temps. Elle repart ce jour-là, remorquée par le Travailleur, en direction de Nouméa où elle arrive, après une escale à Santa Cruz de Ténériffe le 28 mars, le 22 juin 1876. On compte deux décès en mer. Ce sera le 16ème convoi de déportés de la Commune et le 33ème convoi de transportés.

La Loire appareille de Nouméa le 13 juillet 1876, fait escale en Australie à Sidney le 8 août, puis à Papeete (Tahiti) le 11 septembre, et est de retour à Brest le 29 novembre pour entrer de nouveau en carénage.

Le 1er mars 1877, le navire est réarmé et se dirige sur l'île d'Aix pour y embarquer des prisonniers. On la retrouve en escale à Ténériffe le 9 mai, puis elle arrive à Nouméa le 6 août. Elle avait embarqué 360 forçats dont 1 décède en mer. Le 9 septembre, le navire quitte Nouméa sous les ordres du capitaine de vaisseau Hyacinthe Aube, fait escale à Papeete le 29 septembre, puis le 4 décembre 1879 à Sainte-Hélène. Elle est de retour à Brest en janvier 1878, désarmée et entre en carénage.

Le 12 juillet 1878 la Loire effectue la traversée de Brest à Rochefort, qu'elle quitte le 17 juillet avec 360 déportés, fait une escale à Ténériffe le 26 juillet, puis arrive à Nouméa le 25 octobre. Ce sera le 20ème et dernier convoi de déportés de la Commune, et le 39ème convoi de transportés, avec 360 forçats, dont 1 décès en mer. Elle en repart le 30 novembre 1878, rapatriant 71 déportés de la Commune graciés ou malades, accompagnée par la Vire, fait escale à Sainte-Hélène le 3 février 1879, arrivant à Brest le 18 mars.

Le 1er juin 1879, le navire appareille de nouveau de Brest, fait escale à Rochefort le 5 juin pour embarquer ses passagers, puis fait une escale à Ténériffe du 23 au 30 juin, et arrive à Nouméa le 30 septembre, débarquant les 348 forçats de ce 41ème convoi de transportés sur lequel il n'y eut aucun décès. Le 1er novembre la Loire quitte Nouméa, avec à son bord 295 déportés de la Commune amnistiés, fait escale à Sainte-Hélène le 11 janvier 1880, et est de retour à Brest le 5 mars.

Du 20 au 22 septembre 1880, nouvelle traversée de Brest à Rochefort, qu'elle quitte le 26 septembre, fait une escale à Ténériffe le 12 octobre, et arrive à Nouméa le 20 janvier 1881, avec les 297 forçats de ce 44ème convoi de transportés. Au cours de cette traversée, elle subit des dégâts aux mâts suite à un gros temps, et une grave avarie de la chaudière distillatoire, mais il n'y a aucun décès. Le 20 février départ de Nouméa en direction de la France, avec escale à Sainte-Hélène le 28 avril, et arrivée à Brest le 5 juin.

Le 4 décembre 1881, la Loire quitte Brest, puis l'île d'Aix le 11 décembre, avec 400 passagers et prisonniers, dont 323 forçats pour le 47ème convoi de transportés. Elle fait escale à Ténériffe le 29 décembre 1881 et arrive à Nouméa le 26 mars 1882. Il faut noter le décès d'un prisonnier en mer. Le 28 avril 1882, le navire quitte Nouméa pour la France, fait escale à Sainte-Hélène le 6 juillet, et arrive à Brest le 24 août, puis est désarmé pour carénage.

Le 1er août 1883, la Loire quitte Brest avec à bord 1200 passagers, équipage compris. Parmi les membres d'équipage, il y avait un certain Jean-Claude LE GALL. Cet homme était matelot de 3ème classe, quand il fait ce voyage aller-retour vers la Nouvelle-Calédonie. Agé alors de 19 ans, c'est le seul voyage qu'il effectua avec ce navire, avant de participer à l'expédition du Tonkin, où il arrive en janvier 1885 sur le croiseur de 1ère classe Primauguet, affecté depuis le 15 décembre 1884, jusqu'au 17 janvier 1887. Il est ensuite affecté sur le navire hôpital et transport de troupes Bien Hoa, jusqu'au 30 mars 1887, et sera décoré de la médaille du Tonkin le 18 avril de la même année. Le 1er janvier 1890 il acquiert la spécialité chauffeur, puis est nommé quartier-maître le 20 septembre 1892. Il prendra sa retraite le 20 septembre 1908 avec le grade de quartier-maître chauffeur de 1ère classe.

On retrouve la Loire en escale à Ténériffe le 21 août 1883, puis à son arrivée à Nouméa le 24 novembre, où elle débarque les 373 forçats de ce 51ème convoi de transportés, sans qu'il y ait eut de décès en mer. Elle repartira le 22 décembre 1883 avec 620 passagers pour retourner sur Brest, fait escale à Sainte-Hélène le 16 février 1884, et arrive à Brest le 6 avril, est désarmée et entre en carénage.

Le 1er novembre 1884 la Loire est réarmée et,  elle appareille le 8 pour Toulon, où le navire fait escale du 26 au 30 novembre 1884 pour charger ses passagers, puis effectue la traversée vers Nouméa où il arrive le 15 mars 1885. Elle y débarque les 319 forçats de ce 54ème convoi de transportés. Le 15 mars 1885 départ de Nouméa, escale à Sainte-Hélène le 29 juin, puis la Loire porte assistance à la goélette Don Juan dont 3 hommes avaient assassiné le second et lui procure des vivres, et arrive à Brest le 30 août. Le 22 septembre 1885 elle est désarmée et, le 13 juillet 1886 elle est rayée pour la deuxième fois des listes de la Flotte.

La Loire est le navire qui a effectué le plus de transfert de prisonniers vers la Nouvelle-Calédonie, soit 10 convois, pour un total de 3525 forçats, avant l'arrivée des navires à vapeur affrété par la Compagnie Nantaise de Navigation (Cette compagnie privée effectuera 10 convois de 1891 à 1897, transportant 2917 prisonniers). La Loire transporta aussi 56 déportés politiques sans compter les décès en mer...

la Loire - Bernard-guinard.com

www.bernard-guinard.com/arcticles%20divers/.../Loire/la_Loire.html

La Loire était un navire de transport mixte de type trois-mâts à hélice et à voiles, .... De plus le chiffre de 650 forçats embarqués sur la Loire fut un chiffre record, ...

 

 
Collection personnelle Philippe POISSON
Collection personnelle Philippe POISSON
Collection personnelle Philippe POISSON

Collection personnelle Philippe POISSON

© musée Nicéphore Niépce / Léon Collin -

© musée Nicéphore Niépce / Léon Collin -

La Loire. Transport des condamnés. Entre 1906 et 1910. « Dans le brouillard du matin, la silhouette gigantesque de La Loire, déjà balancée par le roulis, apparaît aux yeux étonnés des bagnards. Un par un, ils montent vacillants, secoués des premiers spasmes du terrible mal de mer, cramponnés à la corde de la coupée. Péniblement soutenus par des camarades, certains d’une pâleur de cadavre, anéantis par ce balancement continu des lames, sont hissés sur le pont comme des colis informes » (note du docteur Léon Collin).

© musée Nicéphore Niépce / Léon Collin -

© musée Nicéphore Niépce / Léon Collin -

Lavage du linge à bord. Entre 1906 et 1910. « Hebdomadairement, pendant le cours de la traversée, une lessive s’organise sur le pont, entre condamnés, avec les bailles d’eau douce fournies par l’équipage. C’est à qui rivalisera d’émulation. On ne rêvait pas mieux vraiment, comme équipe de travailleurs » (note du docteur Léon Collin).

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