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Publié par Philippe Poisson

Infirmière en 1914, Lucia Tichadou

Le 31 juillet, Lucia Bernard part en train de Perpignan (par Toulouse et Limoges) pour Paris. Enseignante, elle est en vacances et veut faire un tour à l'Ecole Normale de Fontenay-aux-Roses où elle a été élève quelques années auparavant, puis elle compte se rendre dans son village natal d'Eclaron en Haute-Marne où résident sa mère et sa belle-soeur qui attend un bébé. La guerre est imminente. Lucia décide de tenir un journal. C'est une jeune femme de 29 ans, pleine d'allant. Sitôt la guerre déclarée, elle s'improvise infirmière et s'installe à Brienne-le-Château dans un hôpital lui-même improvisé dans l'église et le presbytère, dont elle assure, elle-même, « la construction » des lits. Le soir, elle tient son journal où elle consigne, outre les faits, ses réflexions et ses interrogations. Avec la bataille des frontières, les premiers blessés arrivent. Puis, à partir du 6 septembre, c'est la bataille de la Marne. Brienne-le-Château et Eclaron, entre autres, sont au coeur du mouvement amorcé par les troupes françaises pour contenir l'ennemi, puis le faire reculer ; Saint-Dizier, où réside une partie de la famille de Lucia, est traversée par la ligne de front. Lorsque Lucia reçoit son affectation de professeur à l'école normale d'Aix-en-Provence pour la rentrée scolaire, elle refuse d'abandonner ses blessés, quitte à recevoir un blâme et même à mettre en cause sa carrière. Elle obéira, en retard.

 

Ce récit qui se situe dans les premiers mois de la guerre est un excellent exemple de l'état d'esprit des Français et des Françaises en ces mois d'incertitude et d'espérance d'un conflit court et victorieux.

 

Pour l'époque, Lucia Tichadou, n'est pas une « infirmière » comme les autres, elle a une opinion très marquée à gauche (elle adhère au PCF en 1934) et ne la cache pas. 

 

Pourtant, nous retrouvons chez elle ce patriotisme et cet antigermanisme outranciers qui furent dans la bouche de bien des écrivains, d'hommes politiques et de beaucoup de Français en général. Exemple : « Pourquoi ne puis-je éprouver de haines individuelles ? Je hais la sauvage patrie des Teutons. Je me réjouis d'entendre dire qu'on en a démoli des milliers. Et le premier casque de hulans me donne un soubresaut d'horreur et de pitié. » Ou encore «  La guerre déchaîne la sauvagerie. Horreur, allons, pas d'attendrissement, pas de sentimentalité, ils ont raison, il faut mettre des oeillères, renverser tout. La victoire, la liberté sont à ce prix. » Mais il transparait aussi chez elle de la pitié pour l'ennemi et un fort sentiment pacifiste.

 

Ces vingt dernières années une poignée de récits d'infirmières ont été publiés avec un succès mitigé. Cependant la Grande Guerre ne peut se comprendre sans aborder l'effort considérable mené à l'arrière. Nous conseillons vivement ce récit, paru au mois de septembre 2014, tant il colle à l'actualité des premiers mois de guerre. Un texte court, limpide, au flot agréable.

 

L'initiative de cette publication revient à Hélène Echinard et aux éditions Gaussen de Marseille.

Livre : Infirmière en 1914, Lucia TICHADOU - Françaises ...

Prix : 12 euros

Editions Gaussen, Marseille

 

Pour commander l'ouvrage :

http://www.placedeslibraires.fr/listeliv.php?RECHERCHE=simple&MOTS=Lucia%20Tichadou

 

A lire aussi sur les infirmières de la Grande Guerre :
 

  • Sophie Humann, Infirmière pendant la Première Guerre mondiale: Journal de Geneviève Darfeuil, Houlgate-Paris, 1914-1918, Paris, Gallimard jeunesse, 2012

  • Simone de Montmollin, Lettres d'une jeune bon secours à sa mère durant la guerre de 14-18,  Orthez, Talhe-Hèr, 2004

  • Claudine Bourcier, Nos chers blessés, Alan Sutton, 2005

Uniforme d’une infirmière de guerre 

Uniforme infirmière de guerreEn France, à la suite de la déclaration de guerre, une grande partie de la société féminine n’hésite pas à aider les soldats partis au combat. Ainsi, dès août 1914, des jeunes filles et des femmes de toutes catégories sociales suivent des cours de formation pour devenir infirmières.

L’uniforme d’une infirmière de la Grande Guerre se composait d’une blouse blanche, d’un voile blanc et d’un manteau bleu marine sur lequel était cousu un insigne de qualification comportant le symbole de la Croix Rouge française. L’insigne de qualification de cet uniforme est « S.B.M » pour « Société de secours aux blessés militaires ».

Des formations sont créées par l’Union des Femmes de France et l’Association des Dames françaises. Elles comprennent un enseignement théorique et un enseignement pratique. A l’issue de ces formations, des diplômes sont décernés permettant une véritable professionnalisation des infirmières qui évoluent du statut d’aide/infirmière auxiliaire à celui d’infirmière hospitalière au titre de guerre.

Ainsi, dans le but de renforcer les effectifs et de faciliter le travail des infirmières diplômées, de jeunes auxiliaires suivent de brèves formations d’une semaine complétées sur le terrain par de la pratique dans les hôpitaux et les infirmeries.

Ces infirmières travaillent pour la Croix Rouge française et 6 000 d’entre elles exercent dans des hôpitaux militaires.

Diplôme d'infirmière

Diplôme d’infirmière hospitalière au titre de guerre décerné à Mademoiselle Soyez Germaine

Les infirmières de la Croix Rouge française sont bénévoles : en 1918, sur 110 000 Françaises infirmières, auxiliaires ou visiteuses hospitalières, 70 000 sont des bénévoles de la Croix Rouge.

Afin d’accueillir l’afflux de blessés et de malades, trois sociétés composant la Croix Rouge ouvrent et entretiennent immédiatement des hôpitaux auxiliaires : la Société de secours aux blessés militaires, l’Union des femmes de France et l’Association des dames françaises. A l’initiative de femmes de la haute société, des hôpitaux non-conventionnels voient également le jour dans de vastes demeures transformées en hôpitaux bénévoles. De même, certaines congrégations religieuses deviennent des maisons de convalescence.

Des conditions de travail inadaptées

La nature du conflit entraîne des problèmes pour le personnel médical dans la gestion et le traitement des blessés et des malades.

Dans ce contexte, le travail d’infirmière de guerre peut être particulièrement pénible et dangereux car les infirmières présentes sur le front se trouvent soit là où ont lieu les combats, soit derrière les lignes de front. De plus, les structures hospitalières du front doivent s’adapter à la progression des combats. Ainsi, le personnel soignant suit l’avancée ou le recul de la ligne de front en effectuant des déménagements rapides et dans des conditions d’hygiène et de sécurité inadéquates, car ces mouvements constants ne permettent pas d’installer des structures de soins fixes.

Victimes des combats, elles sont tuées ou intoxiquées par le gaz utilisé par l’ennemi, ou bien elles sont touchées par des maladies contagieuses et n’y survivent pas.

Un autre aspect du travail d’infirmière de guerre est la relation affective ou conflictuelle qui se noue entre le blessé et son infirmière. D’une part, celle-ci incarne une présence féminine absente depuis longtemps de leur vie. Elles soulagent ces soldats mutilés et malades qui souffrent et elles les accompagnent jusqu’à la mort. D’autre part, les réactions des soldats face aux infirmières sont parfois violentes. Certaines subissent les insultes et l’insurrection des patients.

Après le conflit : le retour à la paix

Lors de la Première Guerre mondiale, les infirmières sont les chevilles ouvrières du système.

A l’issue du conflit, certaines femmes souhaitent continuer à exercer cette profession. Elles sont donc recrutées dans des écoles d’infirmières et dans des hôpitaux civils. En effet, leur expérience de terrain ainsi que leurs connaissances médicales concernant les médicaments, les actes chirurgicaux… augmente leur valeur sur le marché du travail.

Certaines infirmières continuent également leur travail en accompagnant les grands invalides de guerre dans leur convalescence.

Ce travail montre l’importance du nouveau rôle de la femme lors de ce conflit à une époque où son éducation la cantonne à un rôle d’épouse et de mère.

La reconnaissance de leur travail et de leur dévouement se voit à travers leurs nombreuses représentations sur des objets divers tels que des photographies, cartes postales, dessins, plaques commémoratives, affiches et médailles.

Médaille

Médaille en croix avec représentation de deux femmes infirmières soulevant un homme alité et lui donnant des soins

Par Julie CLETON

Ces objets sont à découvrir…
… au Musée de l’Argonne
Rue Louis XVI
55270 Varennes-en-Argonne
Tel: 06.14.53.29.96
Mail : mairievarennesenargonne@wanadoo.fr

Uniforme d’une infirmière de guerre

Uniforme d’une infirmière de guerre

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