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Publié par Philippe Poisson

  Reproduction d'une photographie de Jacques Massié , policier de métier, assasssiné © MaxPPP - 2015 -
  Reproduction d'une photographie de Jacques Massié , policier de métier, assasssiné © MaxPPP - 2015 -

Reproduction d'une photographie de Jacques Massié , policier de métier, assasssiné © MaxPPP - 2015 -

C’est une affaire politique qui a secoué la République et a tétanisé la droite gaulliste, car derrière le carnage d’Auriol, il y a cette curieuse association, entre lobbying politique et truanderie, le SAC : Service d’Action Civique.

La tuerie d’Auriol va d’ailleurs déboucher, un an plus tard, sur la dissolution de cette officine créée dans les années 1960 par le parrain de la françafrique, le confident du général de Gaulle : Jacques Foccart.

On ne peut pas comprendre le climat de l’époque, et donc l’arrière fond de la tuerie d’Auriol, si on ne se replace pas dans le contexte politique de cet été 1981 : François Mitterrand vient d’arriver au pouvoir, la gauche à l’Elysée ! Avec des ministres communistes !  Pour la droite traditionnelle, et plus encore pour les milieux d’extrême droite dans lesquels navigue le SAC, c’est bien plus qu’une alternance : c’est un tremblement de terre. Une catastrophe nationale. Il faut imaginer l’état de panique qui saisit l’ancien régime et, plus encore, ses arrières-cours comme le Service d’Action Civique. Que de secrets à cacher ! De dossiers et de mauvais coups qui ne doivent absolument pas être découverts par la nouvelle majorité qui a désormais accès aux dessous de la République.

Dans un tel contexte, comment et pourquoi Jacques Massié, le responsable des Bouches-du-Rhône a-t-il été éliminé par ses propres compagnons ? Pourquoi avoir assassiné toute sa famille, y compris un enfant de 7 ans ? Et quels secrets pouvait bien détenir Jacques Massié pour être devenu un acteur aussi gênant ?

Invité

Nous allons revenir sur ce mystère de la tuerie d’Auriol en compagnie d'Alex Panzani. Journaliste, il a enquêté et écrit un livre, en 1994, intitulé La tuerie d’Auriol. Il a longtemps travaillé à Marseille comme grand reporter au quotidien Le Provençal et comme correspondant de TF1.

La tuerie d’Auriol : massacre chez les barbouzes

 

 

Marina Massié, sœur du policier assassiné, a accepté de dialoguer avec l'un des tueurs, Jean-Bruno Finochietti -

Marina Massié, sœur du policier assassiné, a accepté de dialoguer avec l'un des tueurs, Jean-Bruno Finochietti -

Archives de presse - Marina Massié, sœur du policier assassiné, a accepté de dialoguer avec l'un des tueurs, Jean-Bruno Finochietti

Jean-Bruno Finochietti, 56 ans (ici de dos), longuement questionné par Marina Massié, 64 ans, ne s'est pas dérobé. La soeur du policier du Sac assassiné en 1981 a offert son livre à l'ex-instituteur condamné à 20 ans.

C'était il y a 26 ans. Dans la nuit du 18 au 19 juillet 1981, six personnes étaient assassinées par un commando dans la Bastide de la Douronne, à Auriol. C'était le temps du Service d'action civique (Sac) et des opérations de basse politique. Le chef local, Jacques Massié, policier de métier, était en conflit avec sa hiérarchie. Accusé de trahison et de malversations. On disait qu'il était prêt à rejoindre, documents compromettants sous le coude, les rangs de la gauche, de leur livrer les secrets de la Maison. Le tout dans un climat malsain de dangereuse mythomanie.

Quatre ans plus tard, en mai 1985, les six auteurs présumés sont condamnés. Jean-Joseph Maria, Lionel Collard et Ange Poletti écopent de la réclusion à perpétuité. Jean-Bruno Finochietti, l'instituteur de Malpassé, le premier à avoir craqué et avoué le crime en laissant des dessins torturés baptisés "Écrans noirs de mes nuits blanches", et Didier Campana sont condamnés à 20 ans, Jean-François Massoni, à 15 ans.

Tous ont depuis recouvré la liberté. Collard vivrait en Roumanie. Maria est décédé d'un cancer. Poletti et Massoni vivraient en Corse, Campana près de Marseille. À 56 ans, Jean-Bruno Finocchetti a passé 13 ans en prison. Il a été libéré le 23 juillet 1994. Après avoir vécu en Italie et en Biélorussie, remarié, il vit de sa peinture et de vide-greniers. À 64 ans, Marina Massié vient d'écrire un livre: La vie d'une rescapée (Éditions France Europe). Ils se sont rencontrés. Incroyable dialogue entre deux êtres que l'horreur sépare.

Le Face à face : "Je ne vous pardonnerai jamais"

Jusqu'au bout, Marina Massié a cru ou feint de croire que ce n'était pas lui. Pas sur ce chemin à moins de 2km de chez elle, à Marseille. Sûrement un sosie de passage ? Et puis, la réalité s'est douloureusement imposée. C'était bien Jean-Bruno Finochietti, le meurtrier de son frère Jacques, celui qui a poignardé le petit Alexandre, 7 ans, son neveu. C'est donc le 11juillet dernier qu'ils se sont croisés pour la première fois depuis l'affaire. Ils se sont revus le 20 juillet. Puis ils ont accepté de nous parler dans les locaux de La Provence.

L'une pour comprendre, l'autre pour revenir un peu vers la communauté des hommes. Singulier face-à-face. Moment rare dans les affaires judiciaires. Le bourreau de la famille Massié face à une de ses victimes. 

- Comment vous avez pu faire ça ?

- Je ne suis pas un monstre, j'adore les enfants. Peut-être que j'ai rêvé d'une vie de baroudeur, comme Jacques (Massié). Une seule vie d'instit, ça ne ne me suffisait pas. Ça ne me suffit toujours pas. On n'est pas partis pour tuer une famille. On était tous contre les faits contre-nature qu'on a commis. Et pourtant, on les a commis. Il y avait un conditionnement.

- Je n'arrive pas à comprendre.

- On nous a mis en situation de nous méfier les uns des autres. Chacun a voulu jouer un rôle en se cachant derrière l'espionnite, la manipulation. Mais, c'est vrai, entre le pathologique et le dramatique comme ça s'est passé, il y avait la place pour autre chose.

- Au procès, on aurait dit des vedettes. Le seul qui avait du remords, c'était vous. Je vous ai traité de tout pourtant. Vous vous souvenez ?

- Vous m'avez lancé: ordure! Assassin! Tu avais des enfants!

- Je ne me serais jamais dérobé. - J'ai toujours la même haine. Je ne vous pardonnerai jamais. Mais c'est incroyable, vous répondez à toutes mes questions. Vous êtes bourré de remords et ça apaise quand même ma haine.

- Je l'accepterai toujours, votre haine. Elle me désarme. Mais on peut vivre avec de la haine, vous savez, comme avec des amours manqués. Vous savez pourquoi je suis rentré là-dedans (au Sac)? Parce que ma première femme avait été agressée au Merlan. Après, c'est un parent d'élève qui m'a parrainé… 

- Comment vous avez pu passer à l'acte (elle revient à la charge)?

- Tout ce qui s'est fait s'est fait en groupe et la nuit. La nuit, les choses ne sont pas pareilles. La cible, c'était Massié. Il fallait le prendre vivant. (Lionel) Collard devait s'occuper de tout. On devait le confier (Massié) à quelqu'un qui devait l'interroger sur ses documents. Il y avait un tel fantasme, une telle mythomanie autour des personnages. Collard a parlé de raison d'État. J'y ai cru. On a fonctionné comme dans les films.

- Et le petit ? (Alexandre)

- Je ne peux plus voir un enfant sans penser à Alexandre (il pleure).

- Mon compagnon, "Jo" (Georges Ferrarini, une autre des victimes), il n'avait rien fait, c'est un homme qui m'avait rendue heureuse. À quel moment vous avez pris conscience de tout cela ?

- Je n'ai toujours pas atterri. Vous, vous avez perdu tous les vôtres. Moi, je suis resté là-bas. Je suis un peu mort à la bastide… Quand je l'ai poignardé (Jacques Massié), je vous promets, je lui ai dit: tu ne sauras pas ce qui est arrivé aux tiens ! Il m'a dit: pourquoi toi ? Je vis avec ça, je vis avec ça, je vivrais toujours avec ça.

- Vous m'expliquez tout ça comme si j'étais quelqu'un d'autre, comme si j'étais étrangère à l'affaire. Ça ne vous apaise pas de m'avoir vue ?

- Oui, beaucoup. Il y a quelque chose d'important, vous savez, Marina, vous êtes la mémoire du passé. Vous êtes irréprochable. Tout ce que vous avez fait était dicté par un geste de désespoir et d'amour.

- Mon frère doit me maudire de là-haut !

- Je ne suis là que pour vous. Je vous ai tellement vu souffrir.

Tuerie d'Auriol : 26 ans après, l'incroyable confrontation

Publié le lundi 13 août 2007

Dialogue retranscrit par D.T.

Par Denis Trossero ( dtrossero@laprovence-presse.fr )

 

 

Auriol, La grande tuerie -
Auriol, La grande tuerie -

Auriol, La grande tuerie -

Publiée le 24 déc. 2013

La tuerie d'Auriol a scandalisé la France et précipité la fin du Service d'Action civique, le service d'ordre et de renseignement du RPR. C'est au nom de ce mouvement que six hommes, en 1981, ont massacré toute une famille, à Auriol, dans les Bouches-du-Rhône. Le dimanche 19 juillet 1981, Marina Massie alerte les gendarmes : tous les membres de sa famille, qu'elle devait rejoindre chez son frère Jacques, ont disparu. Jacques Massie s'avère être le patron départemental du SAC, soupçonné de vouloir rejoindre, documents compromettants sous le coude, les rangs de la gauche. Jean-Joseph Maria, l'adjoint de Massie au SAC, l'ancien légionnaire Lionel Collard et Jean-Bruno Finochietti, un instituteur qui avait donné des cours au fils de Massie, sont soupçonnés du meurtre. Finochietti finit par avouer. Christophe Hondelatte revient sur ce drame.

Faites Entrer L'accusé - Auriol, La grande tuerie - YouTube

 

18 juillet 1981 : six personnes d'une même famille, dont un enfant de huit ans, sont massacrées dans une bastide proche de Marseille. Effroyable fait divers, la " tuerie d'Auriol " tourne rapidement à l'affaire politique lorsque l'enquête révèle qu'elles ont été victimes d'un commando du SAC (Service d'action civique), le service de sécurité controversé du parti gaulliste. Un homme était visé : Jacques Massie, inspecteur de police stagiaire et responsable départemental de cette organisation. En voulant l'atteindre, les hommes du SAC ont exécuté de sang-froid toute sa famille. Marina, la s¿ur de Jacques, aurait dû se trouver elle aussi à la bastide cette nuit-là. Rescapée de cette tuerie, elle l'est à double titre : le sort a voulu qu'elle ne se rende pas à Auriol le 18 juillet; sa force de caractère a fait qu'elle a continué à vivre malgré tout. Malgré la disparition des siens dans des conditions épouvantables. Malgré le cauchemar des années de lutte contre la toxicomanie de son fils aîné, traumatisé par ce drame, qui finira par se suicider en 1990. Vingt-cinq ans après la terrible nuit du 18 juillet 1981, Marina Massie nous replonge dans les faits par son témoignage de femme et de mère, très loin du point de vue des médias. Elle nous dit comment l'horreur s'empare d'une vie ordinaire. Comment l'on y survit.

"Tuerie D'auriol, La Vie D'une Rescapée de Marina Massie

 

Voici l’histoire d’un fait-divers tragique (dont l’enquête montra qu’il n’était pas si divers), plus connu sous le simple nom de tuerie d’Auriol mais que j’ai préféré rebaptiser « carnage d’Auriol ». Comprenez-moi, ici je n’ai pas de musique qui fait peur, pas de grosse voix grave comme dans « Faites entrer l’accusé », bref il fallait bien trouver quelque chose pour vous scotcher à l’écran !

 

Nous sommes le 19 juillet 1981, à Auriol, dans une coquette bastide provençale appartenant à Jacques Massié, policier de son état. Le maçon qui y effectue des travaux à cette période aperçoit de la fumée, comme si quelque chose brûlait. Lorsqu’il y pénètre avec la soeur du propriétaire, venue fêter un anniversaire, tout est renversé et personne n’est sur place alors que cinq personnes devraient s’y trouver : Jacques Massié, ses parents, son épouse Dominique, leur fils Alexandre âgé de huit ans, et enfin le beau-frère de Massié. Des tâches suspectes ainsi que des indices troublants comme des cordelettes, ou encore la chevalière gravée des initiales J.M, orientent rapidement vers la piste criminelle. Alors que la police est encore sur place à la recherche d’empreintes Jean-Claude Emery, un ami venu rendre visite, affirme aux enquêteurs que Massié est certainement la cible première. Il cite deux suspects : un instituteur habitant Rue de la République et un homme à l’oreille coupée travaillant à l’usine Chambourcy de Mazargues...

Carnage d'Auriol en 1981 : L'affaire est dans le « SAC » - AgoraVox ...

La tuerie d'Auriol - dossier réactualisé le 19 juin 2015
La tuerie d'Auriol - dossier réactualisé le 19 juin 2015
La tuerie d'Auriol - dossier réactualisé le 19 juin 2015

 

 

Archives de presse - La commission d'enquête parlementaire a remis son rapport sur le Service d'action civique. Michel Labro raconte une aventure ensanglantée par la tuerie d'Auriol, et qui avait commencé en 1960...

Le Service d'action civique. Le Sac! Combien de fois l'aura t-on lu dans les journaux, Ce sigle de trois lettres, sec et mystérieux, à l'occasion d'une de ces trop fameuses "affaires" qui ont marqué la vie de la Ve République. Combien de fois sera-t-on resté sur sa faim lorsque, la raison d'Etat se mêlant a des motifs moins avouables, on ne parvenait pas, à son sujet, à faire la part de la réalité et celle de la légende.

Il aura fallu toute l'horreur de l'affaire d'Auriol - l'histoire d'un inspecteur de police marseillais, ancien responsable départemental de cette organisation, assassiné, l'été dernier, avec toute sa famille, par ses propres compagnons d'armes - il aura surtout fallu que le pouvoir change en France pour qu'on s'efforce, enfin, de faire la lumière. Ironie du sort, c'est le 17 juin - la veille du jour anniversaire de l'Appel du général de Gaulle - que la Commission d'enquête parlementaire sur les activités du Sac, créée il y a six mois, remettra son rapport entre les mains du président de l'Assemblée nationale. Un rapport qui, avant d'être rendu public, est controversé. Comme si l'on s'attendait, dès maintenant, qu'il fera resurgir bien des affaires épineuses liées à la chronique de ces dernières années.

Cette saga du Sac, elle commence officiellement le 4 janvier 1960, lorsque l'acte de naissance de l'association est enregistré par la préfecture de Paris. Mais il faut remonter aux lendemains de la Libération pour comprendre l'origine de cette garde prétorienne du gaullisme. En 1947, le fondateur de la France libre crée le R.p.f. (Rassemblement du peuple français). A l'époque, les empoignades sont parfois violentes avec les communistes. Les partisans du Général se dotent d'un puissant service d'ordre qui recrute ses gros bras parmi les anciens de la Résistance. Au siège de la rue Taitbout, dans le IXe arrondissement de Paris, un des responsables de ce S.o. est reconnaissable à sa taille imposante et à ses sourcils broussailleux. On sait qu'il est entré dans la Résistance à 19 ans, après l'invasion allemande, avant de faire partie des réseaux de renseignement de la France libre, à Londres. Cet homme, que ses compagnons continuent à appeler de son nom de guerre, "Debarge", parfois encore "le Colonel " ou - plus familièrement - "Gros Sourcils", c'est Pierre Debizet. Au S.o. du R.p.f., il a retrouvé d'autres gaullistes de la première heure, comme Jacques Foccart, qui deviendra, plus tard, chargé des Affaires africaines et malgaches àl'Elysée, ou Christian Fouchet, futur ministre du général de Gaulle. Ces solidarités continueront bien au-delà de la disparition du R.p.f.

Ainsi, en 1953, à la mort de Staline, on voit Debizet et quelques anciens du S.o. monter une garde symbolique devant le tombeau du Soldat inconnu. «Nous voulions protester, explique-t-il aujourd'hui, contre l'attitude du gouvernement français, qui avait fait mettre les drapeaux des édifices publics en berne pour honorer la mémoire du dictateur soviétique.»

En 1958, lorsque de Gaulle revient aux affaires, ces anciens combattants du gaullisme sont là, prêts, s'il le faut, à le défendre les armes à la main. Ensemble, ils vont constituer le Sac; c'est Debizet qui en prendra la tête. C'est lui qui a suggéré que cette association ait une existence indépendante du parti gaulliste (l'U.n.r). «Pourquoi adhérez-vous à ce moment-là au Sac et pas à l'U.n.r.?» demandera la commission d'enquête parlementaire à un des militants de l'époque:

Réponse: «Parce que le Sac, c'était le Bon Dieu sans les curés.» On ne saurait mieux dire que, pour ces hommes, le Sac, c'était de Gaulle, et de Gaulle tout seul, sans l'intermédiaire des partis et de la "politique". On les verra donc escorter partout le Général, coller des affiches à son image, faire applaudir les foules à son nom et ferrailler contre ses adversaires.

Cette période va prendre fin avec le changement de politique du Général dans l'affaire algérienne. De sentiments "Algérie française", Debizet démissionne. Le soir des événements de la rue d'Isly - le 26 mars 1962, une unité de tirailleurs, affolée, ouvre le feu sur la foule; il y a 46 morts et 200 blessés - le fondateur du Sac demandera même à sa femme de jeter toutes ses cravates. Il n'en conservera que deux, toutes les deux noires. Et ne portera plus jamais de cravate que de cette couleur, en signe de deuil de l'Algérie française.

C'est le chef des "gorilles" du Général, Paul Comiti, qui est alors choisi pour lui succéder à la présidence du Sac. Mais le virage de la politique gaullienne multiplie les départs. Aujourd'hui encore, lorsqu'on affirme que le Sac a participé, aux côtés des fameuses barbouzes, à la lutte contre l'O.a.s., Debizet hausse les épaules: «Vous savez, dit-il, beaucoup étaient, comme moi, favorables à l'Algérie française.» Le rôle du Sac sera, à cette période, bien moins important qu'on ne le dira par la suite. En revanche, les défections auxquelles doit faire face le "service" vont avoir des conséquences redoutables pour la suite des événements. On entre alors dans une période troublée, difficile. Les responsables du mouvement se montrent moins sourcilleux sur la qualité du recrutement. Aux militants d'hier, vieux grognards du gaullisme, se mêlent de nouveaux venus peu regardants sur les méthodes. Ceux-là sont attirés, avant tout, par la fameuse petite carte tricolore de l'organisation, dont ils se servent pour intimider la police. Commence la longue série des "bavures", des "affaires" à l'occasion desquelles apparaît le nom du Sac. La plus retentissante étant l'enlèvement du leader de l'opposition marocaine, Mehdi ben Barka, le 29 octobre 1965, en plein Paris. Une affaire où les hommes du Sac, d'ailleurs, ne prennent sans doute qu'une part relativement modeste. Mais les incidents sont tellement fréquents qu'à l'Elysée on commence à s'impatienter.

Les événements de Mai 68 vont donner au Service d'action civique l'occasion d'entamer une troisième page de son histoire. «C'est en mai 1968 que j'ai adhéré au Sac, explique un artisan de la Côte d'Azur. Jusque-là, je militais à l'U.n.r. Le Sac, je savais juste que c'était le truc à de Gaulle. Lors de la première réunion à laquelle j'ai assisté, à Saint-Raphael, un type était descendu de Paris. Il nous a expliqué que c'était vraiment la bagarre avec les gauchistes et que le Général avait besoin de nous. C'est comme ça qu'on a démantelé un piquet de grève dans une entreprise de Grasse, par exemple. Mais le grand jour, c'est celui où on est tous montés à Paris, le 30 mai, à l'appel du Général. Il paraît que certains ministres avaient déjà quitté leur ministère et que des gens de chez nous ont dû les ramener à coups de pied dans les fesses...»

L'ancien patron du Sac, Pierre Debizet, est présent lui aussi dans la foule qui remonte ce jour-là les Champs-Elysées, il achève sa traversée du désert, après deux années passées en Afrique, où les amitiés nouées autrefois dans les alentours du pouvoir lui ont permis d'obtenir un poste au titre de la coopération, d'abord au Tchad, puis au Gabon. De retour à Paris, cet homme d'ordre, viscéralement anticommuniste, a le sentiment d'être un Martien. «La chienlit, dit-il, le Général avait trouvé le mot juste pour qualifier tout cela.» Aussi ne se fait-il pas trop prier lorsqu'on lui demande de reprendre du service.

Meurtre d'un caïd lyonnais

Il va pourtant se trouver confronté à une mission délicate: celle d'assainir le Sac de ses éléments douteux, de tous ceux qui ont gonflé les rangs de l'association au moment de l'Algérie ou de Mai 68. Pour cela, il remplace la fameuse carte tricolore par une simple carte de plastique, style carte de crédit, et réclame aux nouveaux adhérents un extrait de casier judiciaire. Précautions sans doute insuffisantes puisque, au cours des dix dernières années, on recensera plus de 200 membres du Sac cités dans des rapports de police concernant des trafics d'armes, de drogue, d'alcool, de faux papiers. Dans plus d'un grand scandale, du meurtre d'un caïd lyonnais à celui d'un gréviste à Rennes, d'une officine de trafic d'influence aux raids anti-autonomistes en Corse, on retrouve de nouveau la marque du Sac. A chaque fois que son organisation se trouve ainsi impliquée, Debizet proteste et réclame une mise au point.

Tout cela dure jusqu'à l'été dernier, où éclate l'affaire d'Auriol, dans laquelle lui-même est inculpé de complicité de meurtre. Tous ceux qui le connaissent - ou qui ont connu Debarge dans la Résistance - se récrient alors: pas lui et pas ça. Ce combattant n'est pas homme à se rendre complice de l'assassinat d'un enfant et de sa famille. Et rien dans l'état actuel de l'instruction ne permet de soutenir le contraire. Mais les tueurs marseillais ont enclenché, sans le vouloir, une redoutable mécanique. Les regards se tournent désormais vers le Sac, avec d'autant plus d'acuité que celui-ci ne bénéficie plus de ses protecteurs naturels. Et en dépit de ses états de service, Debizet, le baroudeur des ombres noires du gaullisme, doit aujourd'hui rendre compte.

Comme un boxeur sonné avant le gong final, il ironise sur les Fouquier-Tinville de cette commission d'enquête, constituée, rappelle-t-il, à la demande du Parti communiste, l'ennemi de toujours. Il proteste contre les "fuites" qui ont porté sur la place publique ce qui n'aurait pas dû sortir du secret des débats. L'homme est toujours aussi impressionnant, avec sa haute taille, ses sourcils qui enténèbrent son visage, son faux air d'Anthony Quinn. Et si l'on sent chez lui quelque lassitude, il se reprend bien vite pour défendre son organisation, «injustement poursuivie [selon lui] pour un fait divers crapuleux où le Sac, en tant que tel, n'est pas impliqué».

Il a pourtant du mal à convaincre, Debizet, lorsqu'il voudrait faire croire que le Sac n'a jamais fait qu'assurer de banals services d'ordre et que les liens qu'on lui prête avec le pouvoir d'hier sont monstrueusement exagérés. Les documents, les témoignages sur lesquels a travaillé la commission sont là pour prouver le contraire. Témoin ces messages des Renseignements généraux demandant à leurs correspondants de province d'apporter leur aide à une éminence grise du Sac de passage dans leur ville. " C'est vrai, reconnaît aujourd'hui un responsable des R.g., il y avait des échanges d'informations entre la police et le Sac. Officiellement, ce dernier nous avait demandé de l'aider à identifier les brebis galeuses qui se trouvaient dans ses rangs. En échange, il nous renseignait sur les gauchistes. Mais, si j'avais voulu fourrer mon nez dans ses activités, on m'aurait dit: «Occupe-toi de tes fesses». Et que dire de cette lettre du futur président Georges Pompidou assurant le Sac de sa confiance, peu avant de se porter publiquement candidat à la succession du général de Gaulle... Pompidou qui, par la suite, sera un des premiers à réclamer l'épuration du Service d'action civique!

Les temps, aujourd'hui, ont changé. Au R.p.r. - l'héritier de la famille gaulliste - on continue d'assurer que le Sac n'est qu'un "service d'ordre comme beaucoup d'autres", mais les liens se sont distendus. Dans certaines régions, des militants à l'idéologie incertaine ont proposé leurs services à d'autres formations de l'opposition. Au point qu'on s'est demandé si le Sac ne préparait pas sa reconversion, s'il n'allait pas devenir une sorte d'officine de gros bras prête à louer ses services aux plus offrants. Il est bien difficile, aujourd'hui, de savoir où il en est exactement. Il compterait, à en croire Debizet, pas loin de 10 000 militants. Mais celui-ci a soustrait aux investigations de la police le fichier de l'organisation. Non pas, comme on l'a dit, après l'affaire d'Auriol, mais quinze jours avant la dernière élection présidentielle, comme il le faisait d'ailleurs - par précaution - avant chaque échéance électorale. Depuis un an, il a cessé de délivrer des cartes ou d'envoyer à ses militants son bulletin, "L'Action civique". Le Sac, aujourd'hui, attend. «Tant que les choses se déroulent à peu près normalement dans le pays, explique un de ses responsables régionaux, nous n'avons pas à intervenir. Mais si la situation s'aggrave, comme semblent le montrer certaines grèves récentes, chez Talbot ou chez Citroën, ou si l'on condamne notre "patron", nous sortirons de l'ombre.»

« Au moins, on sait où ils sont »

Le rapport de la commission parlementaire remis au président de l'Assemblée nationale le 17juin ne réclame pas la dissolution du Sac. Cette question n'était pas de son ressort. Tel est bien, cependant, le souhait des parlementaires de la majorité. «Dissoudre le Sac ne changera pas le cours de l'Histoire, explique le socialiste Pierre Bourguignon, mais cela mettra au moins un terme à une aventure dont personne ne pourra plus se réclamer positivement.»

Le procédé n'est pourtant pas sans risques. Lorsque, en mai 1968, la Sorbonne était occupée par les gauchistes, le préfet de police de l'époque n'était pas favorable à son évacuation. «Au moins, expliquait-il à un de Gaulle agacé, tant qu'ils sont à la Sorbonne, on sait où ils sont.» Ce préfet de police, c'était Maurice Grimaud, aujourd'hui directeur de cabinet du ministre de l'Intérieur.

Bref, même si l'opinion publique est friande de symboles et d'exorcisme, la dissolution du Sac pourrait avoir, aujourd'hui, un résultat paradoxal: celui de le faire renaître de ses cendres. Il faudrait alors ajouter une nouvelle page à la saga de cette phalange du gaullisme trop souvent reconvertie dans des combats douteux.

La saga du Sac

Par Labro Michel, publié le 18/06/1982

http://www.lexpress.fr/outils/imprimer.asp?id=590968&k=23

 

Fondé en 1959 après le retour au pouvoir des gaullistes et en pleine guerre d'Algérie, le Service d'action civique a défrayé la chronique judiciaire jusqu'à sa dissolution en 1982, après la sanglante tuerie d'Auriol. Son nom a été associé aux grands scandales des vingt premières années de la Ve République.

Certes le SAC, fondé par Paul Comiti, Pierre Debizet et Charles Pasqua, avait de quoi nourrir tous les fantasmes. Dirigée à distance par le mystérieux et puissant Jacques Foccart, abritant des malfrats jouissant d'une étonnante impunité policière et judiciaire, fonctionnant dans l'opacité la plus totale, cette organisation paramilitaire alimentait bien des rumeurs. Vingt ans après la dissolution du SAC, il est temps de faire la lumière sur cette légende noire. Première étude fondée sur l'exploitation de sources ouvertes (le dossier de presse, les périodiques du SAC, le rapport de la commission parlementaire de 1982...) Le SAC permet de redéfinir la véritable nature de cette formation : structure politique à part entière, le SAC constitua la principale force militante du gaullisme jusqu'à la création du RPR en 1977. Véritable machine à gagner les élections, îlot de résistance en cas de coup dur, cette organisation de la fidélité entretenait avec le Général un rapport exclusif. Avec en contrepartie, une dimension de violence, une logique de compagnonnage et un souci d'efficacité qui tirent leurs origines des premiers temps du gaullisme, celui de la Résistance et du RPF anticommuniste de la Guerre froide. .

Histoire du SAC  

François Audigier

Etude (broché). Paru en 10/2003

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